Concert Deshayes-Boudeville-Plancade -Gordes 10/08/2019

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Concert Deshayes-Boudeville-Plancade -Gordes 10/08/2019

Message par Loïs » 10 août 2019, 23:27

Concert donné au profit de la restauration de l'abbaye de Senanque.

Karine Deshayes, mezzo-soprano
Angélique Boudeville, soprano
Dominique Plancade, piano

Gioacchino Rossini:
Regata veneziana
La pesca
Beltà crudele

Henri Duparc:

L'invitation au voyage
Chanson triste

Léo Delibes:
Les filles de Cadix

Charles Gounod:

D'un coeur qui t'aime

Camille Saint Saens:
El desdichado

Vincenzo Bellini:
"Sorgi o padre" (Bianca e Fernando)

Gioacchino Rossini:
"Bel raggio lunsinghier" (Semiramide)

Vincenzo Bellini:
"Ah non credea" (Sonnambula)

Grigory Ginzburg:
Fantaisie pour piano sur un thème du Barbiere di Siviglia

Jacques Offenbach:
"Elle a fui la tourterelle" (Les contes d'Hoffmann)

Giacomo Meyerbeer:
"Nobles seigneurs, salut!" (Les Huguenots)

Vincenzo Bellini:
"Si fuggire" (I Capuletti e I Montecchi)

Bis : duo de Lakmé

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Re: Concert Deshayes-Boudeville-Plancade -Gordes 10/08/2019

Message par muriel » 11 août 2019, 08:54

Hâte de te lire

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Re: Concert Deshayes-Boudeville-Plancade -Gordes 10/08/2019

Message par Loïs » 11 août 2019, 10:27

Image

La générosité des artistes (et techniciens) contribuent à sauver ce joyau roman provençal (coût estimé 800.000 à 1.2 millions d'Euros).
Beaucoup a été fait depuis un an notamment grâce à certains artistes et personnalités (en premier lieu Elie Semoun) mais la prise en charge par le loto du patrimoine de Stéphane Bern semble avoir détourné l'Abbaye d'une mort programmée. Les travaux vont pouvoir commencer à l'automne.

Deux petits rappels rapides :

Des talus qui étayaient l'abbatiale furent remplacés par la chapelle des Dames qui servit ainsi de contrefort. Brillante idée architecturale en 1974 (ou 1977?), guidés "dans une vision où on voulait revenir à quelque chose de très puriste au niveau architectural , on a détruit la chapelle des dames qui contrebutait le collatéral.". Moralité la voûte n'est plus soutenue et menace de s'effondrer.

Ce qu'ont vécu il y a encore peu les bénévoles et les frères:

"Nous vous livrons ci-après l’enchainement d’une de nos journées.
Une journée parmi tant d’autres. Une journée de moins dans le décompte morbide engagé. Une journée de plus pour tenter de sauver, dans l’indifférence, une église quasi millénaire.

6h30 : Point sur les demandes en cours.
Il reste encore à trouver 397 308 euros pour engager les travaux et sauver l’église de Sénanque

8h30 : Médiation sur la page FB de l’abbaye afin de canaliser le flot d’insultes et le déversement de haine suscités par notre appel aux dons

9h : Rdv téléphonique avec une fondation privé afin de tenter d’obtenir des fonds en urgence. Nouveau refus : il ne s’agit pas d’un dossier de mobilité ni d’art contemporain

9h30 : Relance des collectivité territoriales concernant leur accompagnement. Revoir à Mars pour l’une, toujours pas de réponse pour l’autre

10h : Communiqué de presse sur la situation évolutive des désordres structurels de l’église

10h30-12h : Complétude des dossiers transmis à 23 fondations dans le but de lever de nouveaux fonds. 7 refus immédiats : la sauvegarde du patrimoine ne correspond pas à leur objet

13h30 : Rappel d’un mécène potentiel. Envoi d’un dossier

14h : Rdv avec l’architecte en charge des travaux à réaliser.
Complétude des demandes d’autorisation. Un délai de deux mois est à considérer avant d’obtenir une réponse administrative.

16h15 : Interview avec les médias afin de relayer auprès du plus grand nombre l’urgence de la situation

17h : Règlement de la facture de l’échafaudage qui empêche actuellement l’église de s’effondrer : 6 674,40 euros à payer tous les mois … un gouffre financier pour nous

17h15 : Visite de contrôle dans la nef de l’église. L’humidité et le gel oeuvrent sournoisement. Les parements de l’église souffrent, se délitent. Témoins silencieux de ce combat, des éclats de la voûte jonchent le sol et les bancs désertés

17h45 : Mail du mécène contacté plus tôt et qui ne donnera pas suite : l’incertitude quant à un éventuel rétablissement de l’ISF l’incite à mettre en suspens ses actions de défiscalisation

17h50 : Mail d’une fondation nous informant qu’elle est contrainte de revoir sa promesse de dons : les 100 000,00 euros promis sont ramenés à 30 000,00 euros. Un nouveau comité pourrait décider de doubler cette somme. Il faut représenter un dossier.

18h : Travail pour trouver des contacts auprès de fondations et de mécènes d’entreprises.
En l’absence de réseau nous ne parvenons pas à exister auprès des donateurs. Nous ne comprenons pas ce refus d’accompagnement.
Comment convaincre, comment mobiliser autour de cette urgence ?

19h : Rédaction de nouveaux dossiers. Remerciements des donateurs pour les fonds qui nous parviennent grâce aux particuliers

20h30 : Rédaction d’une lettre adressée à la Présidence de la République afin d’alerter sur le drame qui se joue à Sénanque

21h : Réponse aux demandes des fondations sollicitées : Enlevez les plans, faites un reportage photos sur la lavande. Quantifiez l’objectif à atteindre. Mettez en place une politique qualitative du projet. Quel impact auront les travaux sur l’environnement ? En quoi votre projet mérite t’il notre intérêt …

Aujourd’hui nous avons recueilli 142 euros de dons.
Aucun accord de fondation. Aucun contact avec un mécénat d’entreprise.
Afin de sauver l’église il nous reste encore à trouver 397 166 euros.
Dans un mois, une nouvelle facture de l’échafaudage de 6 674,40 euros sera à payer.

Une journée parmi tant d’autres.
Une journée de plus. Une journée de moins.
Mais que pouvons-nous faire de plus ?"

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Re: Concert Deshayes-Boudeville-Plancade -Gordes 10/08/2019

Message par Loïs » 11 août 2019, 13:48

muriel a écrit :
11 août 2019, 08:54
Hâte de te lire
Pendant une décennie, j'ai assisté à de nombreuses représentations avec Karine Deshayes avec toujours le même constat: c'est bien fait, c'est propre sur soi et je ne vibre pas. Depuis quelques années, ses performances ont formidablement évolué. On parle régulièrement de changement de tessiture, certes mais j'ai le sentiment qu'il s'agit avant tout d'une évolution personnelle (et forcément intime donc il ne m'appartient pas d'en chercher n'y même d'en demander l'origine). Il n'y a qu'à observer cette assurance et cet épanouissement, cette fusion avec ses rôles sur scène, pour en être convaincu. Aussi depuis sa prise de rôle en Adalgisa à Madrid, chaque nouvelle rencontre devient un moment précieux.
J'avais découvert Angélique Boudeville à Bastille, quand elle était membre de l'Académie, dans Reigen, et l'impression fut suffisamment forte pour que je ne doutasse pas de la retrouver bientôt sur scène.


Après une introduction de Raymond Duffaut, patron maintenant des Saisons de la Voix de Gordes, nous débutons par les Péchés de vieillesse de Rossini qui annoncent la couleur: nous sommes venus pour une agréable soirée d'été avec des interprètes délicieuses dans un cadre magnifique et nous l'aurons; il n'y eut qu'à écouter certains soupirs d'aise dans le public. Le duo mezzo-soprano par la proximité des timbres et tessitures est tout de suite un duo de voix sœurs (l'aînée et la cadette) et cette impression perdurera tout au long du concert.
La mélodie que composa Rossini pour Colbran révèle ce que Deshayes maitrise le mieux actuellement: l'assurance technique et la précision du mot. Mais comme dirait Pâris la beauté n'est rien sans un peu d'abandon. Cela elle le sait et l'a compris récemment d'où cette sensualité, ce moelleux, cette féminité, cette classe.
Par contre Boudeville ne l'a pas encore acquis et ses mélodies de Duparc, irréprochables par le phrasé et la diction, servent une voix qui veut trop en montrer (péché de jeunesse et surtout soif légitime de reconnaissance d'une soprano qui se lance dans la carrière et qui chante aux côtés d'une gloire reconnue dans un récital conséquent). Trop d'éclat aujourd'hui mais on attend demain car la rondeur de l'attaque de certains aigus et une réelle interprétation à laquelle elle ne veut pas s'abandonner promettent beaucoup.
J'ouvre une parenthèse à ce moment pour la révélation de la soirée (et je ne fus pas le seul dans le public): le toucher incroyable du pianiste avec une phénoménale palette de couleurs et de transmission d'émotions: un choc dans l'invitation au voyage où je n'écoutais plus la chanteuse.
Puis retour de Deshayes : les Filles de Cadix dans une tessiture inhabituelle seront d'autant plus sensuelles.
La mélodie de Gounod est comme toutes les mélodies de Gounod: jolie, facile d'écoute et sans aucune prétention. Nous l'écouterons donc ainsi et ce fut certainement le moment de la soirée où nous fûmes le plus convaincus d'entendre deux sœurs.
Quelle idée de conclure la première partie par cette bouse hispanisante de Saint-Saëns, aussi molle que de la flanelle? Je ne sais pas ce que ce brave parnassien pensait quand il la composa mais un épisode des Feux de l'amour est mieux écrit, une photo d'Eric Ciotti plus séduisante et la procrastination hollandaise plus ferme.

La deuxième partie dédiée à l'opéra, en grande partie au Bel canto, débute en réveillant l'enchantement que nous avions connu avec la mélodie de Gounod ou lors de la regata venziana puis enchaîne avec le morceau de résistance de Semiramide (Deshayes). Tout ce que l'on pouvait y attendre y fut: précision de la vocalise, clarté de la diction, justesse de l'interprétation, variété des couleurs et aigu souverain avec en plus une dimension de confidentialité et de proximité due à la configuration du lieu. Ce ne fut pas l'exécution magistrale qui met une salle à ses pieds mais une prestation irréprochable pour un cercle choisi.
Même commentaire pour la Sonnambula de Boudeville que précédemment : trop d'éclat, voix trop droite et pas assez variée dans les coloris. C'est une Amina qui pète un peu trop la forme.
Son Antonia par contre révèle son vrai répertoire; d'ailleurs elle se produit surtout en ce moment en Micaela et Leila. La diction fait merveille, les moyens et le style sont idoines et la technique impeccable.
Cerise sur le gâteau : le triomphe de Bastille avec l'air d'Urbain. Plus rien à dire; on a atteint la perfection (et cette assurance, cet aplomb dont je ne reviens toujours pas).
Un dernier Bellini pour la route avec une Deshayes qui retrouve un Roméo murissant et se tanin(isant) comme le corps velouté d'un Bordeaux et une Boudeville qui se lâche enfin (avec un peu de fatigue?). La longueur de la scène (avec des répétitions et des remplissages, ce'st normal c'est du Bellini) permet d'exposer les différents sentiments et mettre en lumière la maîtrise du phrasé et de la ligne mélodique où Bellini savait être souverain.
Juste avant, Plancade aura enthousiasmé dans de brillantes variations sur le "largo al factotum" et aura pu recueillir, seul, une ovation méritée.

On retrouve les mêmes gloussements de plaisir et soupirs d'aise du public dans l'écourté duo des fleurs de Lakmé sous un dôme vespéral étoilé "dans l'air tiède du soir"

Objectif : passer une agréable soirée d'été
Objectif atteint

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Re: Concert Deshayes-Boudeville-Plancade -Gordes 10/08/2019

Message par muriel » 11 août 2019, 17:26

Loïs a écrit :
11 août 2019, 13:48
muriel a écrit :
11 août 2019, 08:54
Hâte de te lire

Après une introduction de Raymond Duffaut, patron maintenant des Saisons de la Voix de Gordes, nous débutons par les Péchés de vieillesse de Rossini qui annoncent la couleur: nous sommes venus pour une agréable soirée d'été avec des interprètes délicieuses dans un cadre ..
cet homme est partout, notamment le dimanche matin sur France Musique et c'est passionnant.

J'ai entendu le plus grand bien du pianiste Dominique Blancade.

Merci pour le compte rendu !

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Re: Concert Deshayes-Boudeville-Plancade -Gordes 10/08/2019

Message par valery » 11 août 2019, 18:51

Loïs a écrit :
11 août 2019, 13:48
et l'impression fut suffisamment forte pour que je ne doutasse pas de la retrouver bientôt sur scène.
Ah ! Un subjonctif imparfait : je me pâme !

Merci pour cette délectable critique.

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Re: Concert Deshayes-Boudeville-Plancade -Gordes 10/08/2019

Message par Loïs » 11 août 2019, 20:51

valery a écrit :
11 août 2019, 18:51
Loïs a écrit :
11 août 2019, 13:48
et l'impression fut suffisamment forte pour que je ne doutasse pas de la retrouver bientôt sur scène.
Ah ! Un subjonctif imparfait : je me pâme !
c'était pour épater Placido qui pensait qu'il n'y avait que le verbe savoir que je sache conjuguer à l'imparfait du subjonctif :lol:

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Re: Concert Deshayes-Boudeville-Plancade -Gordes 10/08/2019

Message par altini » 12 août 2019, 08:02

muriel a écrit :
11 août 2019, 17:26
Après une introduction de Raymond Duffaut, patron maintenant des Saisons de la Voix de Gordes

cet homme est partout, notamment le dimanche matin sur France Musique et c'est passionnant.
Et dimanche prochain, Raymond Duffaut parlera de sa direction aux Chorégies d'Orange . ( France Musique à 11h).

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Re: Concert Deshayes-Boudeville-Plancade -Gordes 10/08/2019

Message par HELENE ADAM » 12 août 2019, 08:55

Loïs a écrit :
11 août 2019, 13:48
Pendant une décennie, j'ai assisté à de nombreuses représentations avec Karine Deshayes avec toujours le même constat: c'est bien fait, c'est propre sur soi et je ne vibre pas. Depuis quelques années, ses performances ont formidablement évolué. On parle régulièrement de changement de tessiture, certes mais j'ai le sentiment qu'il s'agit avant tout d'une évolution personnelle (et forcément intime donc il ne m'appartient pas d'en chercher n'y même d'en demander l'origine). Il n'y a qu'à observer cette assurance et cet épanouissement, cette fusion avec ses rôles sur scène, pour en être convaincu. Aussi depuis sa prise de rôle en Adalgisa à Madrid, chaque nouvelle rencontre devient un moment précieux.
Oui j'ai fait exactement le même constat en souhaitant qu'un jour Karine Deshayes ose se déboutonner sur scène (te connaissant, je suis sûre que tu me pardonneras l'expression) et sortir d'elle-même. J'avais d'ailleurs le même problème avec Ludovic Tézier (qui s'est vraiment décoincé à Munich fin 2013 en Don Carlo) et je me souviens de Noces (dans la superbe mise en scène de Strehler) où il était Almaviva et elle, Cherubino. Magnifiquement chanté et pourtant, il manquait un petit quelque chose aux deux. La bonne surprise est venue tardivement pour Karine Deshayes (que j'appréciais néanmoins énormément) puisqu'il a fallu attendre sa Donna Elvira à Bastille où elle a littéralement, enfin, totalement habité son rôle (et quel rôle !). Et depuis... tu as raison, l'évolution est constante et totale (son "Urbain" était magnifique de tous les points de vue en effet).
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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