Rossini - Guillaume Tell - Capuano/Grinda - Orange -12/07/2019

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valery
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Rossini - Guillaume Tell - Capuano/Grinda - Orange -12/07/2019

Message par valery » 10 juil. 2019, 13:14

Rossini Guillaume Tell (1829)
Livret d’Etienne de Jouy et Florent Bis, d’après Schiller

Direction musicale : Gianluca Capuano
Mise en scène et costumes : Jean-Louis Grinda
Décors : Eric Chevalier
Costumes : Françoise Raybaud
Lumières : Laurent Castaingt
Chorégraphie : Eugénie Andrin
Vidéos : Arnaud Pottier et Etienne Guiol

Guillaume Tell : Nicola Alaimo
Mathilde : Annick Massis
Arnold : Celso Albelo
Jemmy : Jodie Devos
Hedwige : Nora Gubisch
Walter Furst : Nicolas Cavallier
Gessler : Nicolas Courjal
Ruodi : Cyrille Dubois
Melchtal : Philippe Kahn
Rodolphe : Philippe Do
Leuthold : Julien Veronese

Chœurs de l’Opéra de Monte-Carlo et du Théâtre du Capitole de Toulouse
(coordination chorale : Stefano Visconti)
Ballet de l’Opéra Grand Avignon
Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo

Orange, Théâtre antique, 12 juillet 2019


Pour fêter leurs 150 ans, les Chorégies ont eu la judicieuse idée de proposer un titre inédit au Théâtre Antique et rarement à l'affiche sur nos scènes, alors que de son vivant, Rossini a pu assister à la 500e représentation. Réjouissons-nous donc de cette opportunité de voir et d'entendre Guillaume Tell.
Jean-Louis Grinda, directeur des Chorégies et metteur en scène, a monté cet opéra à Monte-Carlo en 2015, le Théâtre des Champs-Elysées l'ayant accueilli dans la foulée en version de concert avec une partie de la distribution réunie à Orange.
Dès l'ouverture, le vent fait des siennes et, au bout de quelques mesures, un monsieur rejoint la "fosse" d'orchestre, s'assoit au bord de l'estrade du chef, juste à ses pieds, tient les pages de la partition et les tournera jusqu'à la fin, soit plus de trois heures de musique. Etant donné la longueur de l'oeuvre et l'inconfort de la position, cet assistant aurait mérité de venir saluer avec les artistes à la fin de l'opéra ! Hormis les allées et venues des pompiers dans la pénombre pendant le premier acte (des spectateurs indisposés ?), la représentation se déroulera sans autre anicroche visible.
Le mur romain se prête aux projections d'images de montagne (actes I et IV), de forêt (acte II) ou de symboles du pouvoir des Habsbourg à l'acte III. Les costumes ressortissent à l'époque de la création de l'opéra de Rossini et les ballets sont davantage joués et intégrés à l'action que dansés. Cette mise en scène traditionnelle se justifie : pourquoi proposer une relecture décapante d'une oeuvre que le public a rarement eu l'occasion d'applaudir ces dernières années ?
Saluons d'abord la performance de l'orchestre philharmonique de Monte-Carlo et des choeurs du Théâtre du Capitole et de l'Opéra de Monte-Carlo très sollicités et parfois poussés dans leurs retranchements par la direction du chef; nous y reviendrons.
A l'exception des rôles de Guillaume et d'Arnold, la distribution est intégralement francophone. Julien Véronèse, Philippe Do, Nora Gubisch et Philippe Kahn constituent un socle solide de comprimarii. La partition permet davantage aux deux Nicolas, Cavallier et Courjal, de briller, le premier comme conjuré suisse convaincant et le second comme l'odieux Gesler. On est d'ailleurs déçu que ce dernier n'ouvre la bouche qu'une fois minuit passé car il incarne avec talent ces méchants qu'on adore détester. Cyrille Dubois et Jodie Devos tirent leur épingle du jeu : le premier a l'occasion de faire valoir la suavité de sa voix dans la barcarolle d'entrée, et la seconde, son timbre juvénile, même si nous n'entendrons pas son air alternatif.
S'il n'est pas de Grand Opéra sans les forces instrumentales et chorales évoquées ni une solide équipe de seconds rôles, le mélomane attend beaucoup des rôles principaux, que nous avions déjà entendus en 2015. Nicola Alaimo nous émeut dans son air "Sois immobile", mais un déficit de volume dans les passages héroïques amoindrit parfois l'impact de ses interventions. La remarque vaut également pour Annick Massis : elle cisèle la romance "Sombre forêt" avec la musicalité qu'on lui connaît. Dans les passages plus véhéments (son air au début de l'acte III) ou lors desquels la voix doit surnager au dessus des tutti (par exemple au final du même acte), on peut éventuellement préférer des voix plus corsées. La voix de Celso Albelo, elle, passe constamment la rampe, sans sacrifier le style aux décibels. A ce titre, un des moments les plus émouvants est sans conteste le trio avec Guillaume et Furst, notamment le motif "Mon père, comme tu m'as dû maudire".
Gianluca Capuano saisit la partition à bras le corps et bouscule parfois ses troupes dans les passages dramatiques. Nous avouons préférer ce type de direction fiévreuse et enflammée à une direction plus sage et scolaire car Guillaume Tell autorise ces élans passionnés. Cerise sur le gâteau, le chef réussit parfaitement l'étape ultime de la partition ("Tout change et grandit en ces lieux") : il ménage habilement le crescendo final au long des trois dernières minutes de l'oeuvre, débouchant sur l'éclatant hymne à la liberté. Nous partageons alors l'enthousiasme de Berlioz qui, dans son compte rendu du 26 octobre 1834, s'exclame : "Ah! c'est sublime. Respirons."

P.S. Pour les mordus de Guillaume Tell, signalons que les coupures ont été opérées dans les reprises de certains airs, choeurs ou ballets (qui n'ont pas été supprimés mais parfois écourtés). Le duo Mathilde-Arnold au début du III se transforme en solo puisqu'Arnold quitte curieusement la scène. En revanche, Arnold exécute sa cabalette "Amis, secondez ma vengeance" sans coupure et donne toutes les répliques au choeur.

Valéry Fleurquin

operakohler
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Re: Rossini - Guillaume Tell - Capuano/Grinda - Orange -12/07/2019

Message par operakohler » 13 juil. 2019, 23:36

Personne n'a vu la représentation ? J'aimerais savoir comment s'est passé la soirée. Merci

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Re: Rossini - Guillaume Tell - Capuano/Grinda - Orange -12/07/2019

Message par JdeB » 14 juil. 2019, 07:26

J'ai envoyé Valéry...Patience !
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
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Re: Rossini - Guillaume Tell - Capuano/Grinda - Orange -12/07/2019

Message par HELENE ADAM » 14 juil. 2019, 10:18

Le site FB des Chorégies d'Orange a mis en ligne un petit résumé "visuel" qui montre une mise en scène manifestement très télégénique. Ceci pour remettre cent sous dans la machine : pourquoi on n'a pas eu de transmission TV ? :cry: :ablow:
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Rossini - Guillaume Tell - Capuano/Grinda - Orange -12/07/2019

Message par perrine » 14 juil. 2019, 12:36

La soirée était assez agréable. Même s'il m'a manqué un petit plus. Peut être plus d'audace à l'orchestre. Peut être plus de mordant quelque part.
Pas de décor superflu. Des projections qui rendaient parfaitement bien.
Très bonne coordination fosse plateau. Pas de décalage.
Plateau homogène avec certains chanteurs qui ont laissé une bonne empreinte.
C'était mon premier Guillaume tell.
Peut être que le petit plus manquant est que l'Opéra est finalement assez intimiste et se perd de fait dans l'immensité du plateau.

Soirée très très agréable malgré mes chipotements ! et en attente de la version lyonnaise pour avoir un élément de comparaison
Le problème quand on trouve une solution, c\'est qu\'on perd une question.

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Re: Rossini - Guillaume Tell - Capuano/Grinda - Orange -12/07/2019

Message par valery » 14 juil. 2019, 15:46

JdeB a écrit :
14 juil. 2019, 07:26
J'ai envoyé Valéry...Patience !
Les désirs de membres d'ODB sont des ordres. :D Le compte rendu est publié en tête de fil.

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Re: Rossini - Guillaume Tell - Capuano/Grinda - Orange -12/07/2019

Message par micaela » 14 juil. 2019, 16:55

Merci pour ce compte-rendu qui fait regretter que cette œuvre devenue rare sur nos scènes (même l'ouverture est un "tube") n'ait pas été diffusée, ne serait-ce qu'en différé ou sur internet.
Pour le problème de partition, on ne peut pas avoir un système façon tablette, sans pages à tourner ? (à moins que le chef n'aime pas ça). Ou alors il dirige sans partition (dans le film Toscanini, on voit ce dernier, alors débutant, diriger sans ouvrir la partition : ça serait authentique).
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Pensée shadok

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Re: Rossini - Guillaume Tell - Capuano/Grinda - Orange -12/07/2019

Message par Loïs » 14 juil. 2019, 17:04

valery a écrit :
14 juil. 2019, 15:46
JdeB a écrit :
14 juil. 2019, 07:26
J'ai envoyé Valéry...Patience !
Les désirs de membres d'ODB sont des ordres. :D Le compte rendu est publié en tête de fil.
Merci pour ce CR subtil qui me conforte a posteriori de ne pas être descendu de mon rocher hier soir, avec une affiche conforme au résultat

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Re: Rossini - Guillaume Tell - Capuano/Grinda - Orange -12/07/2019

Message par valery » 14 juil. 2019, 17:59

micaela a écrit :
14 juil. 2019, 16:55
Pour le problème de partition, on ne peut pas avoir un système façon tablette, sans pages à tourner ? (à moins que le chef n'aime pas ça).
C'est ce que je me suis dit. Et puis les chefs annotent souvent leurs partitions au crayon...

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Re: Rossini - Guillaume Tell - Capuano/Grinda - Orange -12/07/2019

Message par Loïs » 14 juil. 2019, 18:08

valery a écrit :
14 juil. 2019, 17:59
micaela a écrit :
14 juil. 2019, 16:55
Pour le problème de partition, on ne peut pas avoir un système façon tablette, sans pages à tourner ? (à moins que le chef n'aime pas ça).
C'est ce que je me suis dit. Et puis les chefs annotent souvent leurs partitions au crayon...
Il y avait eu une représentation dans les années 80 à Orange qui fut interrompue le temps que tout le monde récupère ses partitions envolées

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