Verdi- Simon Boccanegra- Schønwandt/Hermann- Montpellier- 06/2019

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Re: Verdi- Simon Boccanegra- Schønwandt/Hermann- Montpellier- 06/2019

Message par jeantoulouse » 17 juin 2019, 16:29

Sans être en désaccord avec Jérôme sur l’ensemble de cette production, je me montrerai plus circonspect sur quelques aspects, plus explicite sur d’autres et surtout plus nuancés sur telle ou telle prestation vocale .

Mare/ Maria / Virginal/ Vierge Marie / Beaucoup d’aspects visuels de la mise en scène découlent de ces relations sémantiques ou symboliques. Si, et on peut comme Jérôme le regretter, la mer (ou son évocation visuelle) consubstantielle au livret, à la musique et au personnage de Simon est la grande absente de la mise en scène, en revanche le personnage de Maria , mère de l’héroïne, est la figure récurrente, fantôme venant saisir Simon dans son agonie pour l’accompagner par-delà les vivants. Leur fille Amélia, dont on évoque maintes fois la virginité, devient dans la scène désormais fameuse de cette production à la fin du I, la vierge Marie, telle l’apparition de Lourdes, à la fois intercesseur et porte-parole du message de paix de son père. Que cette apparition ait pu surprendre, amuser ou choquer, c’est l’évidence. Elle n’en a pas moins tout son sens dans cet hymne à l’amour et à la concorde, à la communion des âmes et des cœurs que veut lire David Hermann dans l’opéra de Verdi et dans le message de son héros. Faire de Simon un Christ, de la scène du trône la Cène de Vinci et du pauvre Gabriele Adorno un centurion romain rutilant est sans doute pousser la lecture un peu loin, mais cette perception et cette dramaturgie ne sont pas ceux d’un tiède, d’un timoré, mais bien d’un homme de théâtre audacieux qui affirme la cohérence de son propos et son habileté à la rendre lisible et somme toute assez convaincante. La façon dont on glisse visuellement de l’époque du livret au récit évangélique s’avère assez époustouflante. La seconde partie du spectacle (acte II et III) sont bien plus sages, même si la grande confrontation entre Fiesco et Simon autour d’un autel d’église rappelle à la fois celle entre Don Giovanni et le Commandeur (mêmes tessitures, même tête à tête décisif, même imminence de la Mort) et la dimension religieuse de la conception d’ensemble.
Un autre élément est prédominant : la présence initiale, récurrente, finale du bureau du Doge en son palais. Symbole de puissance, d’autorité, et de responsabilité, on le retrouve très intelligemment à la dernière scène où Gabrielle remplace Simon, entouré des mêmes conseillers, preuve bien pessimiste d’une triste continuité du pouvoir, servi par les mêmes pernicieux acolytes. L’inquiétude ou la lassitude d’Amélia en cet instant renchérit sur le pessimisme de la vision du pouvoir absolu. Ces détails permettent de se féliciter de la rigueur de la direction d’acteurs et de l’intelligence des situations évoquées.
Ma hiérarchie dans la distribution ne sera pas identique à celle de Jérôme. Le meilleur à mon sens se révèle Jean Teitgen, qui manque sans doute d’italianita, mais quelle autorité, quelle prestance, quelle voix de basse superbe, puissante, noble, profonde ! Giovanni Meoni est un Simon Boccanegra probe, touchant, sans histrionisme, nuancé. On connait des voix plus sonores, plus souples, mais il assume avec beaucoup de métier et de sincérité un rôle qu’il sait rendre complexe et humain. Myrto Papatanasiu, familière du rôle, ne se trouve guère à l’aide dans l’admirable air d’entrée dont elle ne rend pas le rubato, le moelleux, la tendresse, l’élégance. Malgré quelques duretés ici ou là, elle convainc davantage dans les autres scènes, et singulièrement dans le duo avec Simon et le grand trio. Je suis loin de partager l’avis de Jérôme sur la prestation de Vincenso Costanzo. Le jeune ténor italien n’est pas gâté, il est vrai, par les partis pris de mise en scène et de costumes. Trivial, et quasi grotesque en centurion sanguinolent, débraillé dans son accoutrement moderne (jean, blouson de cuir, chemise au vent), il dépare les ensembles par des coups de glotte intempestifs, des notes prises par en dessous ou au petit bonheur la chance. Seul son air du II laisse entendre ses possibilités expressives et une tenue de ligne. Leon Klim, Paolo Battaglia et les choeurs méritent des éloges.
Un bon Simon Boccanegra, dont on se souviendra, intelligent, puissant, abouti à quelque excès près,dont on suit le cours avec un intérêt constamment renouvelé, une distribution de qualité et un orchestre vraiment impressionnant, capable d’infimes subtilités comme de forte surpuissants, déchainant des houles et distillant des finesses, sous la houlette passionnée et rigoureuse à la fois de Michael Schonwandt, chef principal de l’Opéra Orchestre de Montpellier jusqu’en 2021, une durée qui est gage de constance dans la qualité.

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Re: Verdi- Simon Boccanegra- Schønwandt/Hermann- Montpellier- 06/2019

Message par JdeB » 17 juin 2019, 17:53

je ne crois pas avoir établi la moindre hiérarchie dans ma critique.

Sur le ténor, comme il est bien jeune n'ayant débuté sa carrière qu'il y a 6 ans, je me suis abstenu de détailler ses nombreux défauts ce que j'aurais fait sans nul doute si on avait eu un artiste aguerri a fortiori une star. Je me suis donc contenter d'une allusif "après un début fort hésitant" car je trouve qu'il s'est sensiblement amélioré au cours de la représentation et que je ne voulais pas lui causer du tort.

Pour ce qui est de la lecture biblique et mariale de David Hermann je suis encore plus convaincu après t'avoir lu de son manque de pertinence, désolé.
Je ne crois vraiment pas que ni Verdi ni Boito n'ait éprouvé ce sentiment religieux-là ni voulu le transmette dans cet ouvrage et que cela éclaire quoi que ce soit du livret.

oui, bien sûr que Teitgen possède un très beau timbre de basse noble mais je l'entends si souvent que je n'ai pas cru qu'il fallait encore y revenir et que mon "excellent comme toujours" suffisait pour un public averti odbien.

Moi je crois qu'il faut avoir l'élégance de faire court, toi tu adores détailler. et c'est très bien ainsi.
La majorité des autres rédacteurs en chef imposent une ligne éditoriale aux forceps en réécrivant ou coupant sans leur accord les textes de leurs correspondants, ici, chacun sa sensibilité, sa méthode, son optique.
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Re: Verdi- Simon Boccanegra- Schønwandt/Hermann- Montpellier- 06/2019

Message par jeantoulouse » 17 juin 2019, 20:04

Chacun sa méthode et son style en effet, tantôt élégant, tantôt plus lourdement insistant
Ce qui fait l’intérêt des comptes rendus différenciés
Et la richesse du forum,

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Re: Verdi- Simon Boccanegra- Schønwandt/Hermann- Montpellier- 06/2019

Message par JdeB » 17 juin 2019, 21:02

ah non, je ne pense pas du tout que ce que tu fais est "lourdement insistant"; loin de moi cette idée !

Si c'était le cas, je ne t'accréditerais pas.

oui, bien sûr que la pluralité des styles, des approches et des sensibilités est le fondement même de ce forum.
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