De Arriaga - La princesse arabe - Cravero/De Leersnyder - ONR -05/06 - 2019

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Piero1809
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De Arriaga - La princesse arabe - Cravero/De Leersnyder - ONR -05/06 - 2019

Message par Piero1809 » 07 juin 2019, 19:21

La princese arabe
Juan Crisostomo de Arriaga

Opéra fabuleux en deux actes d'après les musiques de Juan Crisostomo de Arriaga
Création française (en coproduction avec Saarländisches Staatstheater, Sarrebruck)
Anna-Sophie Brüning, Conception et dispositif musical
Paula Fünfeck, livret, d'après un conte arabe
Créé le 14 juillet2009 au Cultural Palace à Ramallah

Alexandra Cravero, Direction musicale
Benoit de Leersnyder, Mise en scène
Emilie Lauwers, Décors, costumes
Ace McCarron, Lumières

Martà Bauzà*, Amirah, une princesse
Tristan Blanchet*, Jamil, vendeur de poisson
Claire Péron*, Safah, servante d'Amirah/La grand-mère
Grégory Morin, L'étranger/Le prince flamboyant de l'oubli
Mohammad-Ali Hefiane**, Salahdine Mouakkit**, Marwane Zedkader**, Ali, un enfant
*Artistes de l'Opéra Stdio de l'ONR
**Elèves des classes théâtre du Collège Hans Arp de Strasbourg

Les petits chanteurs de Strasbourg-Maîtrise de l'Opéra National du Rhin
Orchestre symphonique de Mulhouse

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Jamil et Amirah, photo Klara Beck

Le conte que lit tante Safah à Ali s'arrête brusquement car Safah s'est endormie. Un étranger qui passait par là, reprend le fil de l'histoire. Cette dernière met en jeu les personnages de Jamil et Amirah et la fiction prend la place de la réalité. Jamil, vendeur de poisson est un jeune homme inculte mais il chante divinement. La princesse Amirah est subjuguée par sa voix et à la surprise générale décide de l'épouser. Jamil pose comme condition qu'elle ne fasse jamais allusion à sa condition modeste. A la première remarque, il s'en ira. Le mariage conclu, suite à un propos anodin d'Amirah, Jamil s'en va pour ne plus revenir. Amirah et sa suivante entreprennent un long voyage qui l'amèneront dans le pays du prince flamboyant de l'oubli, un monstre aux dents de requin où elles retrouvent Jamil. Ce dernier a perdu la parole. Désespérée, Amirah est sur le point d'être dévorée par le prince et sa suite de piranhas. Les conteurs, c'est-à-dire, l'étranger et Safah comprennent que le conte est en fait leur propre histoire, ils brisent le mur de silence qui les séparait et ainsi Ali retrouve les parents qu'il avait perdus. A partir de là les deux amants de l'histoire ne sont plus condamnés à mort, le temps est rembobiné et Jamil et Amirah ont droit à une deuxième chance. A la grande joie d'Amirah, Jamil retrouve l'usage de la parole, les deux amoureux vivront heureux ensemble.

A partir d'un conte arabe, la dramaturge Paula Fünfeck a élaboré un livret tandis que la compositrice Anna-Sophie Brüning a arrangé diverses œuvres de Juan Crisostomo de Arriaga en utilisant la trame du livret comme support. Le résultat de cette collaboration est un opéra-pasticcio. Ce dernier vise à démontrer que pour vivre pleinement une histoire d'amour, il faut dépasser les obstacles physiques ou psychologiques c'est-à-dire faire preuve de résilience. Parmi les composantes de cette résilience, il en est une très importante qui est la capacité de passer sur les offenses réelles ou supposées ce qui ne veut pas dire les oublier mais les pardonner en donnant à ce vocable son sens littéral.

La musique est un patchwork d'oeuvres diverses (symphonies, quatuors à cordes, choeurs) de Juan Crisostomo d'Arriaga, jeune compositeur espagnol (1807-1826), décédé à 19 ans, un an avant Beethoven et deux ans avant Schubert. Cette musique exécutée par un petit orchestre plus les trois solistes et un choeur d'enfant, sonne merveilleusement . Très originale, cette partition ne renie pas ses origines mozartiennes ou haydniennes mais en même temps, affirme son caractère romantique plus proche de Carl Maria von Weber que de tout autre contemporain.

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Amirah dans le pays du prince flamboyant de l'oubli, photo Klara Beck

La mise en scène (Benoit de Leersnyder) met l'accent sur la distinction entre la réalité et la fiction entre l'histoire réelle et l'histoire rêvée. Ainsi Ali, Safah et l'étranger font partie du monde réel et dans cette mesure, s'intègrent dans le public tandis que Jamil, Amirah et sa servante sont sur la scène. C'est bien à une mise en abyme à laquelle on assiste, la scène reproduisant à l'identique ce qui se passe dans la vie qui est le sujet du spectacle. A la fin réalité et fiction se rejoignent.
Le décor (Emilie Lauwers) représente un grand livre ouvert sur lequel évoluent les protagonistes et dans lequel le conte de la princesse arabe prendra forme. En toile de fond successivement un port, des bateaux, un phare, ensuite un palais oriental, enfin le repaire du monstre, le prince flamboyant de l'oubli. Les costumes d'Emilie Lauwers illustrent bien cette distinction entre le monde réel avec des tenues modernes et la fiction avec des tenues fantastiques, basées sur de superbes découpages : robes, éventails, parasols, voiles, avirons, le tout en blanc. Le monstre et sa suite de piranhas sont en noir, contrastes que les éclairages savants de Ace McCarron mettent bien en valeur.

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Ali, photo Klara Beck

Marta Bauzà était souveraine dans son rôle de princesse gâtée qui s'amourache d'un simple vendeur de poisson. La voix est opulente et ductile, le timbre est savoureux, l'intonation excellente, les suraigus superbes émis avec facilité. Elle possède d'autre part un talent de comédienne indéniable quand elle quitte ses habits de princesse gâtée pour partir à la recherche de l'amour de sa vie. Sa voix peut alors devenir dramatique et émouvante quand elle se retrouve seule au pays du prince flamboyant.
Tristan Blanchet (ténor) m'a impressionné par sa voix corpulente à la magnifique projection, aux beaux aigus (pouvant à certaines occasions rivaliser avec ceux d'un contre-ténor) et sa diction impeccable. Excellent acteur, il a donné une image très sympathique de son personnage et manifesté une présence remarquable.
Claire Péron (mezzo-soprano) dans le rôle de la suivante de la princesse, a fait valoir une belle voix au timbre très séduisant. Moins puissante que celle des deux artistes précités, sa voix faisait merveille dans les duettos. Elle a aussi fait vibrer le public au deuxième acte, avec sa complainte sur une mélopée orientale où elle dévoila de superbes graves. A noter que ces trois artistes appartiennent à l'Opéra-Studio de l'ONR.

Les autres rôles n'étaient pas chantés, Grégory Morin jouait avec beaucoup d'aisance et une belle diction le rôle de l'étranger et celui du prince flamboyant, l'enfant Ali (un des trois noms cités dans la distribution) et les autres enfants étaient interprétés avec beaucoup d'aisance et de naturel. Ces petits comédiens sont des élèves des classes théâtre du Collège Hans Arp de Strasbourg.

Le quatuor vocal des suivantes de la princesse et les choeurs, assurés par la maîtrise de l'ONR et les Petits Chanteurs de Strasbourg, ont plongé le public dans le ravissement par la pureté des voix, la beauté de l'intonation et la musicalité de l'interprétation.

L'orchestre composé de solistes de l'orchestre symphonique de Mulhouse était placé sous la houlette experte d'Alessandra Cravero. Cordes et bois rivalisèrent de virtuosité et de charme dans l'exécution de ravissantes mélodies. On remarqua tout particulièrement la participation de cet orchestre aux deux finales d'actes où il fit résonner sa voix puissante. A la fin, la marche à rebours du temps fut illustrée ingénieusement par des glissandi des cordes mimant un gramophone que l'on fait tourner à l'envers.

Un spectacle féérique, de très beaux moments de théâtre et d'opéra qui enchantèrent petits et grands !

Pierre Benveniste

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