Verdi - la Forza del destino - Luisotti/Auvray - ONP- 06-07/2019

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Verdi - la Forza del destino - Luisotti/Auvray - ONP- 06-07/2019

Message par Loïs » 04 juin 2019, 00:27

Direction musicale : Nicola Luisotti
Mise en scène : Jean-Claude Auvray

Il Marchese di Calatrava : Carlo Cigni
Donna Leonora : Anja Harteros / Elena Stikhina
Don Carlo di Vargas : Želijko Lučić
Don Alvaro : Brian Jagde
Preziosilla : Varduhi Abrahamyan
Padre Guardiano : Rafal Siwek
Fra Melitone : Gabriele Viviani
Curra : Majdouline Zerari
Mastro Trabuco : Rodolphe Briand
Un Alcade : Lucio Prete
Un Chirurgo : Laurent Laberdesque

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Re: Verdi - la Forza del destino - Luisotti/Auvray - ONP juin 2019

Message par Loïs » 04 juin 2019, 00:27

Les demandes se poursuivant et ayant renoncé pour cause de travail trop envahissant à un cadeau de Noël (Hansel et Gretel pour les Nuls), je vous propose en préambule avant les représentations parisiennes un autre opéra gratiné : la force du destin pour les Nuls.

Je ne crois pas qu’un néophyte sensé accepterait d’aller voir cet opéra pour la première fois si on lui raconte l’histoire avant. Même Santa Barbara ou les Feux de l’amour offrent un travail d’écriture remarquablement supérieur à une histoire aussi con et soyons clair, quand on relatera dans le futur la vie sentimentale de François Hollande, cela paraitra toujours plus vraisemblable que cette histoire à dormir debout.
Bon vous êtes accrochés, on y va et ce sera trop tard après pour jouer à Petit Gibus.

Premier Acte, l’action se déroule à Séville dans le château du Marquis de Calatrava
Leonora di Vargas, fille dudit marquis, se prend pour une princesse monégasque et aime Alvaro à priori totalement dénué de quartiers (de noblesse , pas d’arrondissement , je précise pour les incultes). Devant le refus de son père elle a décidé de se faire enlever par le beau brun (d’une folle originalité comme histoire mais Verdi n’est pas à ce genre de facilité près, il a déjà commis I masniaderi à cette époque) et au moment où les amoureux s’apprêtent à sauter par le balcon (moi je préfère Montand et la reine d’Espagne dans le Folie des grandeurs) surgit le Marquis façon Grand Commandeur. Alvaro pour montrer sa bonne fois jette au loin son pistolet mais le coup part quand ce dernier touche le sol (c’est un ténor donc quelqu’un dépourvu du minimum de neurones pour actionner la sécurité) et je vous le donne Emile, le Marquis tombe mortellement blessé (c’est aussi vraisemblable qu’un suicide marseillais) non sans avoir maudis sa fille (la maledizzione revenant chez Verdi aussi fatidiquement que mars en Carême ou JK dans un post d'Hélène). Exit le Marquis, rôle dévolu à une veille basse bêlante sortie d’un placard et qui en général n’a même pas fait carrière.
Cela s’appelle un acte ou une scène de présentation. Dans Télé-Phoche on appelait cela « si vous avez manqué le début ». Pour le reste rien à voir. Verdi a rarement composé autant de pages aussi dépourvues du moindre intérêt. Le pire c’est que rassemblées, il ait pu en faire un acte complet. D’un autre côté Verdi est souvent casé dans la succession de Bellini. Je me suis souvent demandé pourquoi alors que la filiation avec Donizetti est évidente. Maintenant je sais :il a réussi à condenser les deux scènes d’Oroveso, les 130 minutes qui précèdent la scène finale de Beatrice di Tenda et l’intégralité de la Straniera en un seul tableau.


Deuxième Acte / premier tableau : une auberge à Hornachuelos (ne sortez pas le Guide Vert, c’est toujours en Espagne mais version trou du culo del lobo).
Parmi une foule de muletiers et autres paysans qui puent des pieds, on identifie Don Carlo (rien à voir avec l’autre avec ou sans « s »), le baryton-frère de Leonora, déguisé en étudiant tout à fait crédible quand on connait l’âge moyen des barytons qui abordent un tel rôle, lancé à la poursuite des fugitifs afin de les occire avant qu’ils aient pu copuler (moi aussi je peux parler le Hiero) et surtout noyer dans le sang l’outrage subi par la famille, grande activité traditionnelle hispanique qui occupait la noblesse quand elle ne partait pas massacrer de prétendus indiens sur une terre trouvée par hasard car Colomb comme mon mari (Dieu merci le GPS a été inventé) tenait ses cartes à l’envers.
Survient alors une Bohémienne, Preziosilla (on a vraiment l’impression que Verdi nous refile les invendus du Trouvère) qui racole tout ce beau monde pour aller faire la guerre en Italie, comme quoi l’opération Condor avait eu une genèse dans l’autre sens.

Ma préconisation est d’arriver à l’opéra en retard à ce moment là. Tout ce qui vient de se passer étant aussi réussi musicalement qu’une double album de Biolay, les cheveux gras en moins, jouez là Castro Alberti à Orange pendant la Gioconda de Caballé ou surtout Milanov pour la Norma de Callas : faites une entrée décalée et remarquée (si vous empruntez une chemise à Bernard on ne vous remarquera que de mieux mais on vous prendra peut être pour Eyvazov ce que je laisse à votre appréciation).
Pendant cette perte de temps où vous auriez mieux fait d'avaler des éclairs de chez Pradier au foyer, on se sera farci quelques airs : « me pellegrina ed orfana » au premier acte, seul aria de soprano qu’aucune chanteuse n’ait jamais osé chanter en récital de peur de faire fuir le public et l’air à boire de Don Carlo ("Perreda son ricco d'amore ou d'onore"), parfait pour se déplacer la voix et souvent grand concours de beuglements


Deuxième tableau : le couvent de la Madone des anges (toujours chez les Espingouins)
Leonora, qui avait reconnu son frère au tableau précédent, a détalé comme un lapin exempt de myxomatose pour se planquer dans le couvent et le tableau débute par sa prière à la Vierge : « Madre pietosa Vergine », le summum du mauvais goût et qui annonce franchement Gioconda.
Bon ok j’avoue : ayant un goût absolument dépravé pour la décadence et l’outrance hérité d’une adolescence qui se manifeste parfois encore, j’attends ce moment avec l’excitation d’une pucelle devant le tapis rouge de Cannes avant l’arrivée de Brad Pitt et di Caprio.
Cet air vous transforme la rombière qui vous faisait chier au premier acte en un sidérant instrument à vent qui relègue les défuntes-pas défuntes orgues de Notre Dame au niveau d’un vulgaire harmonica. Si la chanteuse surmonte l’épreuve, la suite s’annonce merveilleuse, sinon retournez vous coucher.
Revers de la médaille, les formats qui chantent de telles hérésies vocales ont rarement l’âge et le physique d’une frêle jeune fille mais si l’opéra était un art de vraisemblances cela se saurait (et nous aurait évité Gruberova en « vergine vezzosa »).
Accueilli par le Père supérieur, Guardiano, elle le supplie de la laisser mener une vie d’ermite dans une grotte des environs. Guardiano qui a compris qu’il faut pas discuter avec les timbrées accepte et convoque les moines pour leur présenter Leonora (déguisée en homme ce qui donne en règle générale d’incoercibles fous rires devant Caballé et je n’ose imaginer Cerquetti en pantalon) et leur fait jurer de respecter la retraite de la jeune femme qu’ils prennent pour un jeune homme (mais je vous rappelle que la principale activité des moines est de confectionner des boissons alcoolisées) au milieu des montagnes.
L’acte s’achève par la prière avec chœur : « la Vergine delli angeli », un des sommets absolus de l’opéra et si vous étiez à Milan ou à Orange, vous savez que Dieu existe.

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Re: Verdi - la Forza del destino - Luisotti/Auvray - ONP juin 2019

Message par muriel » 04 juin 2019, 09:23

la suite, la suite !

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Re: Verdi - la Forza del destino - Luisotti/Auvray - ONP- 06-07/2019

Message par Martine » 04 juin 2019, 09:49

Relater ainsi, c'est bien plus clair :lol: :lol: :lol:

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Re: Verdi - la Forza del destino - Luisotti/Auvray - ONP- 06-07/2019

Message par jerome » 04 juin 2019, 10:19

:lol: :lol: :lol:
J'adore! Même si c'est très excessivement sévère ...

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Re: Verdi - la Forza del destino - Luisotti/Auvray - ONP- 06-07/2019

Message par micaela » 04 juin 2019, 10:33

Pareil : j'ai bien ri , même (et surtout ?) quand c'était un peu méchant. Et j'attends la suite avec impatience .
PS Ca mériterait bien un fil à part, façon "la Forza pour les nuls", pour que ça ne se perde pas parmi les avis sur cette production.
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Pensée shadok

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Re: Verdi - la Forza del destino - Luisotti/Auvray - ONP- 06-07/2019

Message par fomalhaut » 04 juin 2019, 11:49

Très pertinent !
La Forza del Destino est bien l'un des plus mauvais opéras de Verdi.
Ou a-t-il été cet argument, pourquoi l'a-t-il mis en musique et pourquoi a-t-il persisté ?

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Re: Verdi - la Forza del destino - Luisotti/Auvray - ONP- 06-07/2019

Message par micaela » 04 juin 2019, 12:00

D'une tragédie espagnole (comme pour le Trouvère). C'est vrai que le livret est assez abradabrantesque, mais ce n'est pas le seul opéra (Verdi ou pas) dans ce cas. Et "pire opéra de Verdi ou "mauvais" opéra, c'est peut-être un peu exagéré.
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Pensée shadok

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Re: Verdi - la Forza del destino - Luisotti/Auvray - ONP- 06-07/2019

Message par zigfrid » 04 juin 2019, 12:07

L'arie de Leonore à l'acte 1 est très beau; quant au deuxième tableau de l'acte 2, c'est une merveille, qui commence avec "pieta madre vergine" qui continue avec ce formidable duo, et qui se termine par "la vergine degli angeli".
Les scènes avec Préziosilla sont moches, ne parlons pas de la scène au début du 4 avec Melitone et les gueux: c'est un purge insupportable.
Le reste de l'acte 4 est somptueux musicalement; on s'en fout du sujet.

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Re: Verdi - la Forza del destino - Luisotti/Auvray - ONP- 06-07/2019

Message par raph13 » 04 juin 2019, 12:17

zigfrid a écrit :
04 juin 2019, 12:07
L'arie de Leonore à l'acte 1 est très beau; quant au deuxième tableau de l'acte 2, c'est une merveille, qui commence avec "pieta madre vergine" qui continue avec ce formidable duo, et qui se termine par "la vergine degli angeli".
Les scènes avec Préziosilla sont moches, ne parlons pas de la scène au début du 4 avec Melitone et les gueux: c'est un purge insupportable.
Le reste de l'acte 4 est somptueux musicalement; on s'en fout du sujet.
Dans mes bras !
Je suis d'accord pour tout et rajoute l'air d'Alvaro, la scène de Carlo, leurs duos, le trio final...
le livret est certes très bancal mais la musique somptueuse
« L’opéra est comme l’amour : on s’y ennuie mais on y retourne » (Flaubert)

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