Verdi - Un Ballo in maschera - Steinberg / del Monaco - Genève 06 / 2019

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Verdi - Un Ballo in maschera - Steinberg / del Monaco - Genève 06 / 2019

Message par dge » 03 juin 2019, 17:54

Giuseppe Verdi : Un Ballo in maschera
(Version Gustavo III)

Mélodrame en trois actes sur un livret d’Antonio Somma inspiré de Gustave III
ou Le bal masqué d’Eugène Scribe.
Crée le 17 février 1859 au Teatro Apollo de Rome.

Grand Théâtre de Genève – Juin 2019

Direction musicale : Pinchas Steinberg
Mise en scène : Giancarlo del Monaco
Décors : Richard Peduzzi
Costumes : Gian Maurizio Fercioni
Lumières : Caroline Champetier

Gustavo III : Ramón Vargas
Comte Anckarström : Franco Vassallo
Amelia : Irina Churilova
Ulrica : Judit Kutasi
Oscar : Kerstin Avemo
Comte Ribbing : Günes Gürle
Comte Horn : Grigory Shkarupa
Cristiano : Nicolas Carré
Un serviteur d'Amelia : Georgi Sredkov
Le Ministre de la Justice : Nauzet Valerón

Chœur du Grand Théâtre de Genève
Direction : Alan Woodbridge

Orchestre de la Suisse Romande



Représentation du 7 juin

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© Carole Parodi


Tobias Richter avait inauguré son mandat à la tête du Grand Théâtre de Genève avec le Simon Boccanegra de Verdi. C’est encore avec Verdi et cette nouvelle production de Un Ballo in maschera qu’il quitte son poste dix ans plus tard après avoir dû faire face à beaucoup de contraintes budgétaires et techniques. La délocalisation des saisons à l’Opéra des Nations pour cause de travaux de rénovation au Grand Théâtre et qui se sont avérés plus complexes et longs qu’attendu en est l’illustration la plus marquante.

Après Simon Boccanegra, Verdi envisage de composer un Roi Lear pour le San Carlo de Naples mais le projet est abandonné, la cause évoquée étant une distribution inadéquate. A la recherche d’un sujet de substitution, Verdi s’intéresse à un livret de Scribe écrit pour Auber, Gustave III ou le Bal masqué et charge son librettiste Somma de le réécrire en le simplifiant. Mais la censure napolitaine n’accepte pas que l’on montre un régicide sur une scène de théâtre et exige de nombreuses modifications. L’œuvre doit changer de nom (ce sera Una vendetta in domino, puis Adelia degli Adimari) et le lieu de l’action se déplace de Suède à Stettin. Mais les discussions avec la censure napolitaine s’enlisent et Verdi négocie avec le théâtre une sortie honorable. L’œuvre sera crée à Rome où la censure se montre moins sévère : le livret est accepté à la condition que l’action se situe hors de l’Europe – ce sera à Boston. Gustavo III devient Riccardo comte de Warwick et Anckarstöm devient Renato. Un ballo in maschera sera le titre définitif de l’œuvre.

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© Carole Parodi


La version choisie pour cette production est la version « originale » conçue par Verdi et son librettiste. L’action est censée se dérouler en Suède. Censée parce que rien dans la mise en scène et la proposition de Giancarlo del Monaco et les décors de Richard Peduzzi ne rappelle les lieux de l’action. Dans ces conditions ce retour à l’original perd sa signification et il n’en reste qu’un effet d’annonce. Le décor consiste en de hautes et austères façades en bois qui peuvent glisser ou pivoter sur elles mêmes pour faire place à un grand escalier. Quant à Ulrica, c’est sur un immense rocher qu’elle officie. Heureusement les très beaux éclairages de Caroline Champetier créent les ambiances et les lieux que la scénographie trop anonyme ne suscite pas. La direction d’acteurs est minimaliste et les protagonistes sont trop souvent statiques et livrés à eux-mêmes. Il y a quand même deux moments plus intenses au troisième acte. A la fin du duo entre Amelia et son époux leur petit garçon apparaît, un ours en peluche à la main pour chercher sa mère. Lors de la dernière scène, celle du bal, les hommes portent une même tenue noire, les femmes les mêmes robes blanches, et tous ont le visage caché par masque identique et sans expression. Jusqu’au meurtre final leur danse n’est qu’un défilé serpentant à pas lents sur la scène, ne dégageant aucune joie et, telle une danse sacrificielle, annonciatrice du drame final. Cette scène à l’esthétisme marqué et très bien mise en valeur par les éclairages, laissera le meilleur souvenir d’une mise en scène qui n’a pas su choisir entre austérité et illustration des magnificences de la cour de Gustave III et qui ne fait qu’esquisser les caractères des personnages.

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© Carole Parodi


La partie musicale est d’un meilleur calibre. On dit souvent qu’ Un Ballo in maschera est un opéra de chef. L’écriture orchestrale est celle de la maturité du compositeur, mais surtout l’œuvre alterne les ambiances tragiques et comiques qui sont ici intriquées comme nulle part ailleurs dans son œuvre. C’est dans cet opéra qu’il a le mieux réussi cette synthèse qu’il admirait tant dans le théâtre de Shakespeare et qu’il voulait retrouver. Verdi semble aussi s’être souvenu de ce qu’il doit à Auber et il paie son tribut à l’opéra français en particulier à travers le rôle d’Oscar. A la tête d’un excellent Orchestre de la Suisse Romande, Pinchas Steinberg met bien évidence les subtilités harmoniques de la partition et fait un remarquable travail sur les couleurs permettant de bien caractériser chaque situation. L’orchestre ne sonne jamais épais, il y a une parfaite aération entre les pupitres et l’attention aux chanteurs est constante. On reprochera simplement à cette lecture très « symphonique » et respectueuse d’être parfois un peu trop sage. Elle mériterait une once de passion supplémentaire.

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© Carole Parodi

Le rôle de Gustavo III est difficile à distribuer, lyrique au premier acte, plus dramatique par la suite. Ramon Vargas n’est pas tout à fait à l’aise dans son air « E sherzo od è folia… » . La tessiture des deuxième et troisième actes, beaucoup plus dans ses moyens lui permettent de composer un roi de noble allure dont on admire l’intelligence musicale.
L’Amelia d’ Irina Churilova est une belle révélation. L’aigu sûr, la qualité du legato lui permettent de donner beaucoup de relief à son air « Ecco l’orrido campo » et il y a beaucoup d’émotion dans « Morrò, ma prima in grazia… ». Les quelques approximations d’intonation n’obèrent pas trop sa belle interprétation. En Comte Anckarström, Franco Vassallo, un habitué des rôles verdiens à Genève, séduit par son engagement et sa voix souple. L’aigu est insolent mais mériterait d’être un peu plus nuancé.
Malgré un vibrato un peu large,Judit Kutasi fait une belle composition d’Ulrica grâce à une belle ampleur de voix, un timbre sombre et une sensibilité musicale qui lui permet d'éviter tout excès caricatural.
Avec une silhouette gracile Kerstin Avemo compose un Oscar séduisant sur le plan scénique mais la voix manque d’ampleur. Günes Gürle (Comte Ribbing) et Grigory Shkarupa (Comte Horn) sont deux conspirateurs à la voix sonore.
Le Chœur du Grand Théâtre de Genève est remarquable et confère une belle émotion à la scène finale.



Gérard Ferrand

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Re: Verdi - Un Ballo in maschera - Steinberg / del Monaco - Genève 06 / 2019

Message par dge » 13 juin 2019, 10:36

Je viens de publier mon CR

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