Verdi- Rigoletto- Rizzi-Brignoli/Roubaud- Marseille- 06/2019

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JdeB
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Verdi- Rigoletto- Rizzi-Brignoli/Roubaud- Marseille- 06/2019

Message par JdeB » 29 mai 2019, 07:35

Direction musicale Roberto RIZZI-BRIGNOLI
Mise en scène Charles ROUBAUD
Décors Emmanuelle FAVRE
Costumes Katia DUFLOT
Lumières Marc DELAMÉZIÈRE

Gilda Jessica NUCCIO
Maddalena Annunziata VESTRI
Giovanna Cécile GALOIS
La Comtesse Ceprano Laurence JANOT
Le Page Caroline GEA

Rigoletto Nicola ALAIMO
Le Duc de Mantoue Enea SCALA
Sparafucile Alexey TIKHOMIROV
Le Comte Monterone Julien VÉRONÈSE
Marullo Anas SÉGUIN
Matteo Borsa Christophe BERRY
Le Comte Ceprano Jean-Marie DELPAS
L'Officier Arnaud DELMOTTE

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille

Marseille, le 6 juin 2019


L'Opéra de Marseille clôturait sa saison avec Rigoletto dans une mise en scène de Charles Roubaud, pilier de cette maison depuis trente ans. Son travail s'est avéré extrêmement bien construit, aussi audacieux que profond. Malgré la transposition dans une Italie des années 30, à mi-chemin entre le fascisme et la mafia, l'esprit de l’œuvre fut respecté à la lettre et même poussé jusqu'à son paroxysme. Le metteur en scène y développa un parti pris psychologique et intellectuel hors normes. Niché dans l'ambiance années folles, la cour du Duc était dépeinte tel un antre où la débauche et l'abus d'alcool poussent les hommes dans leurs travers les plus sordides. Rigoletto selon Charles Roubaud, de noir vêtu à la ville et de strass lors des soirées du Duc, devait comme on l'a vu durant le court prélude, boire pour oublier les conditions malsaines dans lesquelles il est conduit à sourire pour amuser, même si le cœur n'y est pas. Les décors d'Emmanuelle Favre dépeignirent tour à tour le grand salon du Duc, la maison de Rigoletto, et la mansarde de Sparafucile en prenant pour base une marotte géante à l'effigie de Polichinelle qui tenait tout l'arrière scène et sur laquelle les personnages pouvaient danser, jouer, monter et descendre, avec des vidéos changeant habilement la nature du lieu. L'ambiance étant admirablement bien servie par les costumes de Katia Duflot. Étonnant aussi le très efficace jeu de lumières de Marc Delamézière.

L'orchestre de l'Opéra de Marseille fut impeccablement dirigé par Roberto Rizzi-Brignoli qui restitua notes à notes la musicalité à la fois dramatique et percutante de Giuseppe Verdi. Les musiciens et leur maître reçurent d'ailleurs des applaudissements nourris des spectateurs.

Ce Rigoletto était marqué par la prise de rôle du palermitain Nicola Alaimo .A l’issue de cette émouvante soirée, le baryton sicilien semblait lui-même surpris de sa performance et de son triomphe et rendit par des baisers d'une immense sincérité les applaudissements si amplement mérités qu'il venait de recevoir. Pour ce qui est du style verdien, du timbre, de l'état d'esprit, Alaimo chante comme il respire. Sa voix noire et puissante fait immédiatement resurgir l'intense drame que porte l'intrigue. C'est donc un bouffon, désillusionné par la race humaine et meurtri par l'angoisse que le Sicilien campa avec brio. Si, à la fin du deuxième acte, la fatigue, ou la peur, le conduisirent à être par moment légèrement plus haut que la partition, ce détail fut largement compensé par les magnifiques qualités scéniques d'Alaimo, alliées à un timbre complètement adapté à l’œuvre. Il y a dans la vie des chanteurs lyriques, des rencontres inoubliables entre un artiste et son rôle. A Marseille en ce mois de juin, Rigoletto venait de rencontrer son double.

La soprano Jessica Nuccio remplaçait Sabine Devieilhe qui après étude du rôle de Gilda, a pris la décision de se retirer de la production. Elle interpréta Gilda avec une voix puissante et souple et a su faire passer le caractère passionné et naïf de la jeune Gilda qui ne sait pas quelles horribles griffes se referment sur elle. Une certaine raideur était visible dans le jeu de scène de la soprano qui s'est un court instant décalée dans son air principal "Caro nome" qu'elle interpréta néanmoins avec toute l'émotion requise ce qui provoqua à juste titre de la part du public d'immenses applaudissements . Lors des deux duos, celui du premier acte avec le Duc de Mantoue "Addio speranza l'anima" et celui du troisième avec Rigoletto "Si una vendetta tremenda", Jessica Nuccio démontra une capacité incontestable à restituer les élans tragiques qu'imposent la partition par des aigus irréprochables.

Que dire du sicilien Enea Scala ? C'est le ténor lyrique dans toute splendeur, complètement adapté au personnage du Duc Mantoue dynamique voire fougueux, le timbre chaud, claironnant, souple mais aussi sensible. Le physique colle au personnage, apprêté, tel un dandy cheveux gominés et aux costumes élégants. Toutefois on peut craindre que Scala en fasse trop. Parfois les gestes sont emphatiques et les aigus sonores un tantinet exagérés. Néanmoins rien n'est à objecter, le public a bien vu le Duc de Mantoue se mouvoir dans les notes et la gestuelle d'Enea Scala. Il est juste regrettable que la cabalette de l'acte II "Possente amor mi chiama" ne fût pas chantée dans son intégralité car le jeune ténor en avait la capacité. L'interprétation du ténor sicilien fut donc louée avec beaucoup d'enthousiasme par les spectateurs.

Le Sparafucile d'Alexey Tikhomirov était à la hauteur de la situation. Dissimulé au sein des domestiques du Duc, il a su donner par sa voix profonde et noble toute la gravité du personnage. Inquiétant même de par son jeu de scène, donnant l'impression qu'à tout moment le bandit bourguignon peut tuer son interlocuteur.

Le tandem Sparafucile et Magdalena, qui était très bien interprétée par Annunziata Vestri, fut remarquable notamment dans le trio de l'acte III avec Gilda.

Les personnages plus modestes, mais indispensables à l'intrigue, ont été très bien rendus que ce soient Cécile Gallois (Giovanna) ou Julien Veronese qui, malgré son jeu de scène un peu timoré, sut prendre la voix accusatrice du Duc de Monterone avec efficacité. De leurs côtés les courtisans de Anas Séguin (Marullo), Christophe Berry (Matto Borsa) et Jean-Marie Delpas (Ceprano),tenaient aussi convenablement leur place. Constamment éméchés, immatures et sans scrupules, faisant entrer de plain-pied le bouffon Rigoletto dans le jeu morbide de la déchéance qu'induit la débauche .

Les chœurs de l'Opéra de Marseille n'ont pas manqué à l'appel. L'affaire est toujours redoutable, tant leur importance est immense dans un opéra de Verdi. Dans cette œuvre, les voix sont essentiellement masculines puisque censés représenter les courtisans. La prestation de l'ensemble vocal marseillais fut remarquable, notamment dans le fameux "scorrende unite " de l'acte II.

C'est un Rigoletto décoiffant, offrant un voyage au cœur de la détresse humaine, que nous offrit Charles Roubaud. De cette soirée on retiendra aussi le portrait si fort de Nicola Alaimo qui appartient sans nul doute au club très fermé des vraies voix verdiennes.

Alain Gabriel Ruggero
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Re: Verdi- Rigoletto- Rizzi-Brignoli/Roubaud- Marseille- 06/2019

Message par Loïs » 01 juin 2019, 18:44

Tiens on dirait qu' ils ont nettoyé les stucs du foyer

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Re: Verdi- Rigoletto- Rizzi-Brignoli/Roubaud- Marseille- 06/2019

Message par Markossipovitch » 01 juin 2019, 18:54

Mais toujours pas de rénovation pour les fauteuils?

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Re: Verdi- Rigoletto- Rizzi-Brignoli/Roubaud- Marseille- 06/2019

Message par Loïs » 01 juin 2019, 20:04

Je peux te dire que celui où je suis assis il en a vu des culs ...et plus format Gaudin que Demazis

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Re: Verdi- Rigoletto- Rizzi-Brignoli/Roubaud- Marseille- 06/2019

Message par Loïs » 01 juin 2019, 20:14

Pour l'instant Alaimo ne donne pas l'impression d'avoir recuperé toute sa voix même si pour sa prise de rôle il en a clairement compris et saisi l'humanité. Maintenant il faut quil trouve un vrai directeur d'acteur car on peut difficilement faire plus inexistant comme mise en scène. Gilda superbe qui donne une leçon de nuances avec un trille interminable ("eh beh" comme dirait ma voisine) a un partenaire qui se contente de gueuler de la manière la moins aristocratique possible. Faut il qu'elle soit une oiselle qui n'a jamais vu d'homme pour se laisser séduire par cette caricature. Orchestre à son meilleur jeune et dynamique
Suite au prochain acte...

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Re: Verdi- Rigoletto- Rizzi-Brignoli/Roubaud- Marseille- 06/2019

Message par Loïs » 01 juin 2019, 23:34

Pour la seconde partie, Alaimo montre des signes de plus en plus flagrants d'affaiblissement sur le registre supérieur mais la rage de "cortigiani" est là et va bien avec son interprétation jeune du personnage (orchestre superbe à ce moment) tout comme l'immense humanité qui l'habite dans "ebben piango" malgré des recours au parlando sur le médium supérieur. Preuve si'il était besoin de la force de son interprétation, l'assistance cacochymique stoppe tous ses bruits corporels les plus incongrus qu'elle nous offrait depuis une heure et dans un silence écrasant Alaimo à genou lance ses poignants "pieta signore" mais sur le dernier "pieta" , la voix le trahit (bien rattrapé) et le charme se brise. Pour autant l'artiste magnifique et l'homme sont là et après un "piangi fanciulla" aidé par une Nuccio qui en bonne copine a réduit la voilure, tous deux (l'homme et l"artiste ) mettent tout le paquet dans "si vendetta" pour sauver l'acte. Quand on sait que le mot le plus entendu de la soirée fut Nucci et qu'ici tout minot a d'abord entendu la voix du Maître avant celle de sa propre mère, l'exploit ne fut pas mince (au prix de quelques élagages) de faire exploser la salle. Le dernier acte après un quatuor inaudible (mais on s'en fout , ce n'est pas lui que l'on écoute dans ce passage) nous offre une scène finale magnifique et qui me fait d'ores et déjà chercher dans les saisons à venir son nom dans l'affiche d'un Rigoletto.
On attendait cette prise de rôle et on se doutait qu'Alaimo serait un beau Rigoletto. Ce soir on le sait et on attend la prochaine occasion pour le vérifier avec des moyens vocaux pleinement retrouvés.

On nous avait promis Devielhe mais elle a visiblement pressenti que sa voix n'aurait pas le format et les couleurs requis. On ne regrettera pas cette défection tant Nuccio fut une heureuse découverte. Le timbre n'est pas inoubliable mais la douceur des piani, la féminité du chant, l'éventail des nuances et les réussites techniques (contre notes et trille) ont conquis le public. Voix à suivre.

"Le Duc est séducteur". Quatre petits mots et pourtant Scala ne mérite ni le second (par un chant en forte permanent porté jusqu'à d'insupportables vibrations) ni le quatrième (timbre tout aussi rebutant). Son parcours initial belcantiste lui a incontestablement appris le phrasé et la propreté des vocalises mais il est impardonnable d'être passé à côté de la base du bel canto : la coloration et la nuance. Quant à cette posture unique de petit coq dressé sur ses ergots , vous pensez à cette chanson de Brel , "pour une heure seulement ....".

Parmi mes innombrables Rigoletto, je crois avoir toujours bénéficié de superbes Sparafucile et à deux ou trois matrones près d'autant de séduisantes Maddalena. Marseille ne faillira pas à la série.

Pour les utilités , la loi est dure, il faut marquer le public en quelques mesures, Monterone ne le comprendra que lors de sa sortie mais Marullo réussira brillamment son entrée.

La musique ce soir fut particulièrement jeune et nerveuse, sans auto-contemplation masturbatoire . Elle servait un drame et a parfaitement réussi avec deux moments où mes poils se dressèrent: le "cortigiani" déjà cité et la tempête.

La mise en scène créée pour Orange se réduisait sur la "petite" scène Marseille à un ectoplasme mort où les gestes caricaturaux se voulaient vus du haut des gradins. L'encéphalogramme de Ciotti ou le sex appeal de Hollande présentent certainement plus de vie et de mouvements que ce qui nous fut offert mais la musique et la voix suppléaient.

Au final, surement pas un Rigoletto qui modifiera mon panthéon mais un bon moment et de belles promesses de plaisirs pour l'avenir.

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Re: Verdi- Rigoletto- Rizzi-Brignoli/Roubaud- Marseille- 06/2019

Message par Bernard C » 01 juin 2019, 23:40

J'adore tes CR
J'adore aussi le quatuor du dernier acte , je m'en fous pas !

Bernard
"nul être ne va au néant considérant la certitude de sa mort et l'incertitude de son heure" . Léonard au Clos-Lucé

juste pour vous :
https://youtu.be/BWBFzDENf08

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Re: Verdi- Rigoletto- Rizzi-Brignoli/Roubaud- Marseille- 06/2019

Message par Loïs » 01 juin 2019, 23:57

Bernard C a écrit :
01 juin 2019, 23:40
J'adore tes CR
J'adore aussi le quatuor du dernier acte , je m'en fous pas !
Merci :oops:
Le quatuor qui est un sommet musical (et qui convertit définitivement Hugo) fut le point faible de la soirée : Alaimo était inaudible, Nuccio essayait de ne pas le couvrir, Maddalana essayait de montrer son beau mezzo mais tout le monde était éclipsé par la gueulade de Scala.
Pour moi sa justification à autant chanter à Marseille est liée à l'age du public qui peut débrancher ses sonotones

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Re: Verdi- Rigoletto- Rizzi-Brignoli/Roubaud- Marseille- 06/2019

Message par Bernard C » 02 juin 2019, 23:14

Loïs, je relis ta critique du ténor. tes qualificatifs sont pas un peu exagérés, voire désobligeants , il est bien possible que ce chanteur lise ces remarques
Tu pourrais certainement revenir sur ta mauvaise humeur et relativiser ?
Amicalement

Bernard
"nul être ne va au néant considérant la certitude de sa mort et l'incertitude de son heure" . Léonard au Clos-Lucé

juste pour vous :
https://youtu.be/BWBFzDENf08

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Re: Verdi- Rigoletto- Rizzi-Brignoli/Roubaud- Marseille- 06/2019

Message par Loïs » 03 juin 2019, 08:25

Bernard C a écrit :
02 juin 2019, 23:14
Loïs, je relis ta critique du ténor. tes qualificatifs sont pas un peu exagérés, voire désobligeants , il est bien possible que ce chanteur lise ces remarques
Tu pourrais certainement revenir sur ta mauvaise humeur et relativiser ?
Amicalement

Bernard
J'ai toujours écrit tres positivement sur Scala que ce soit lors de représentations marseillaises ou au TCE mais sa prestation me fut insupportable. Il a tout pour réussir comme je le précise mais il se laisse aller à la vanité la plus insupportable en ne cherchant que le volume. Et je n'ai pas parlé des coucous adressés au public après chaque aigu ou chaque note tenue.
je précise quelqueschose par rapport à mon poste de le veille pour mieux te répondre. Usuellement ce genre de reproche s'adresse à un chanteur gâté par la nature (j'entends un timbre ou un format flatteur) et qui gâche ses dons par la facilité. Avec Scala il n'en est rien : le timbre n'est pas séduisant et le format est limité. Tout ce qu'il fait est le fruit d'un travail énorme et obligatoirement intelligent (pour l'avoir suivi, j'entends l'évolution et je mesure le boulot) alors pourquoi cela? Ce n'est as cohérent.

Hier soir j'ai vu une tête à claque mais que quelqu'un de son entourage canalise son énergie..

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