Giordano – Andrea Chénier – Oren / McVicar – ROH – 05-06/2019

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Efemere
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Giordano – Andrea Chénier – Oren / McVicar – ROH – 05-06/2019

Message par Efemere » 21 mai 2019, 10:21

ANDREA CHÉNIER

Opéra en quatre actes d'Umberto Giordano (1867-1948) sur un livret en italien de Luigi Illica (1857-1919), créé à La Scala de Milan le 28 mars 1896


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Sept représentations au Royal Opera House (20 mai-9 juin 2019)

Reprise de la coproduction ROH – San Francisco Opera – China National Centre for the Performing Arts de Beijing

Production créée au ROH (20 jan.-6 fév. 2015) [cf. ici sur ODB], puis donnée au San Francisco Opera (9 sept.-30 sept. 2016) et au Liceu de Barcelone (9 mars-28 mars 2018) [cf. ici sur ODB]


• Mise en scène : David McVicar
• Décors : Robert Jones
• Costumes : Jenny Tiramani
• Lumières : Adam Silverman
• Chorégraphie : Andrew George
• Reprise de la mise en scène : Marie Lambert
• Reprise de la chorégraphie : Colm Seery

▪Direction musicale : Daniel Oren
▪Andrea Chénier : Roberto Alagna
▪Maddalena di Coigny : Sondra Radvanovsky, Saioa Hernández [3 juin]
▪Carlo Gérard : Dimitri Platanias
▪Bersi : Christine Rice
▪La contessa di Coigny : Rosalind Plowright
▪Il maestro di casa : John Cunningham
▪Pietro Fléville : Stephen Gadd
▪L'abate poeta : Aled Hall
▪Mathieu : Adrian Clarke
▪Un Incredibile : Carlo Bosi
▪Roucher : David Stout
▪Madelon : Elena Zilio
▪Dumas : Germán E. Alcántara
▪Schmidt : Jeremy White
▪Chef des Chœurs : William Spaulding
▪Chœur : Royal Opera Chorus
▪Premier violon : Vasko Vassilev
▪Orchestre : Orchestra of the Royal Opera House


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Joli succès de la première du 20 mai :)

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paco
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Re: Giordano – Andrea Chénier – Oren / McVicar – ROH – 05-06/2019

Message par paco » 21 mai 2019, 19:11

Retour sur la première de la reprise londonienne de la production de Mc VIcar, après sa création in loco il y a maintenant 4 ans. Depuis, les représentations d’Andrea Chenier furent nombreuses en Europe, dans cette production et d’autres (la plus réussie, à mon sens, étant celle de Munich), principalement en raison des « tournées » de Jonas Kaufmann dans ce rôle, Chenier quasiment incontournable des grandes scènes européennes depuis 2015, sans oublier la prise de rôle de Gregory Kunde. Rien ne justifiait a priori de revoir une énième représentation de cet opéra en si peu de temps, si ce n’était l’excitation et la curiosité de découvrir l’interprétation de Roberto Alagna, et de se pâmer une fois de plus avec la Maddalena de Sondra Radvanovsky. Le résultat a largement dépassé les attentes. Pour ceux qui vivent près de Londres ou ont le budget pour s’y rendre, je recommande très vivement de ne pas manquer cette reprise, pour trois raisons : l’osmose émouvante qui s’établit tout au long de la représentation entre Alagna et Radvanovsky ; la Maddalena superlative de Radvanovsky ; et, « last but not least », le Chenier éblouissant d’Alagna !

Depuis son Calaf remarquable ici même en 2017, je me doutais qu’Alagna possédait désormais les moyens de chanter Chenier sans se forcer, surtout avec l’acoustique naturellement porteuse du ROH et en présence d’un public qui est quasiment sa seconde famille depuis qu’il a débuté sa carrière. Comme d’habitude, Alagna n’est jamais aussi bon, détendu, et frais vocalement que quand il chante au ROH (et pourtant c’est la saison des pollens…).

Et effectivement il nous a délivré une prestation musicalement superlative. Dramatiquement encore un peu vert, mais c’était la première et nul doute qu’au fur et à mesure de la série de représentations il va se détendre et affiner le jeu théâtral, surtout en présence d’une artiste aussi communicative que Radvanovsky.

Ce que je retiens de sa prestation, c’est tout d’abord une projection sidérante, comme pour son Calaf en 2017, mais cette fois-ci avec une voix encore plus fraiche, pure, franche, lumineuse. Dès ses premières phrases, pourtant chantées mezzo forte, on est scotché au fauteuil : « ah oui, d’accord, on avait oublié que cela existait encore des voix aussi puissantes… ». Puis, passé un « Un di’ all’azzuro spazio» un peu tendu mais globalement bien mené, il livre un 2e acte d’une beauté qui fait littéralement fondre sur place : élégance des phrasés, nuances, variété des couleurs … Jusqu’à son premier duo avec Radvanovsky, au cours duquel tous les deux sont tellement en osmose, tant vocalement que dramatiquement, que l’on se surprend à verser une petite larme (le duo donna lieu, d’ailleurs, à une longue ovation du public). Vient ensuite un 3e acte un peu trop cabotin à mon goût (il va jusqu’à terminer, inutilement, son « fui soldato » par un aigu qui n’est pas écrit dans la partition), et enfin un 4e acte stupéfiant de facilité : on ne sent aucune fatigue, il déchaîne avec Radvanovsky un flot de chant puissant, enthousiaste, énergique, avec le « squillo » requis à cet instant, lançant les aigus avec une insolence renversante « tiens, tu le veux celui-là ? Ecoute … !». Dommage que, pour l’avant-dernier aigu, il choisisse comme Carreras la version alternative avec le fa medium au lieu du do bémol aigu, mais peu importe tant le reste est stupéfiant. Quand je repense à sa traversée du désert, vocalement s’entend, des années 2010, jamais à l’époque je ne l’aurais imaginé aussi à l’aise et surtout aussi vocalement adéquat pour ce 4e acte d’Andrea Chenier. C’est tout simplement remarquable !

Au-delà de ce déchaînement d’aigus « de pétoire » qui aurait envoyé Placido directement aux urgences cardio (Placido, prends tes pilules pour vendredi…), ce qui entraîne l’adhésion dans ce 4e acte est le charisme irrésistible qui se dégage de sa prestation : la performance vocale est réellement au service de ce qu’il se passe à cet instant précis dans le livret. Pour le reste, son Chenier sait aussi être touchant, poétique, les nuances sont là, le legato impeccable, la voix souvent très belle. Je n’ai pas cité, par exemple, son « come un bel di’ di maggio », magnifique de délicatesse évidemment (mais à vrai dire, dans cet air je n’ai jamais entendu de ténor hors sujet : que ce soit Cura, Carreras, Alagna, Kaufmann, ils y sont tous sublimes).

A ses côtés, Sondra Radvanovsky est elle aussi dans une forme éblouissante, avec juste ce petit chouia de fragilité que l’on sent pendant la 1ère partie, tellement nécessaire dans ce rôle pour rendre le personnage crédible. Que dire de sa prestation superlative là encore, avec une maîtrise technique renversante, capable elle aussi d’enchaîner les aigus sans fatigue et de dessiner ailleurs, notamment dans « la mamma morta », des phrases d’une beauté, d’une variété de couleurs et de nuances, d’un chatoiement, qui font dresser les poils sur la peau des bras, frissonner d’émotion et de fièvre. Sa Maddalena est tout simplement sublime, probablement la plus émouvante que j’aie jamais entendue (Caballé était très bien mais, dans ce rôle, touchait moins). Harteros à Munich était elle aussi très émouvante, mais je trouve Radvanovsky plus touchante, avec sa spontanéité, sa conception d’une Maddalena plus « naïve », plus fragile, moins cérébrale.

Comme d’habitude au ROH, c’est Carlo Gérard qui remporte le triomphe à l’applaudimètre (voilà encore un rôle « qui paie » …), pourtant Platanias n’a rien délivré de bien mémorable vocalement. Il fait bien le job, sans plus. Il est très en-deçà de Salsi à Munich, en revanche bien meilleur que ne le fut Lucic ici même en 2015, notamment en termes de présence théâtrale : il faut reconnaître que son personnage, notamment au 3e acte, a une certaine présence et fait mouche.

Les autres rôles sont tous excellents : Zillo (Madelon), Rice (luxueuse Bersi), Plowright, … Daniel Oren plutôt meilleur que d’habitude et l’orchestre a plutôt bien joué. La production a été revue au niveau des éclairages des 2e et 4e actes (moins criards), en revanche le tribunal du III reste très Ikea et c’est dommage. A l’inverse le 1er acte est bien travaillé, avec notamment un jeu détaillé de chaque petit rôle.

Globalement une excellente représentation, saluée par un public enthousiaste, ne ménageant pas les ovations aux trois rôles principaux. Et Alagna est désormais un Chenier qui compte !

Bernard C
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Re: Giordano – Andrea Chénier – Oren / McVicar – ROH – 05-06/2019

Message par Bernard C » 21 mai 2019, 19:21

Merci pour ce compte rendu remarquable de précision

Bernard
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juste pour vous :
https://youtu.be/BWBFzDENf08

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Re: Giordano – Andrea Chénier – Oren / McVicar – ROH – 05-06/2019

Message par Bernard C » 22 mai 2019, 08:15

C'était vraiment une alchimie rare, manifestement.

Je regrette de ne pas avoir pu me rendre à Londres.
Le couple Radvanovsky-Kaufmann dans la même production à Barcelone n'avait pas été aussi fulgurant, très différent de toute évidence ( même si Radva avait connu un triomphe spectaculaire qui l'avait conduite à bisser, comme on sait).

Bernard
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Re: Giordano – Andrea Chénier – Oren / McVicar – ROH – 05-06/2019

Message par paco » 22 mai 2019, 09:02

C'est vrai que l'on a hâte de revoir ce tandem dans d'autres oeuvres, tant ils sont bien assortis !

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Re: Giordano – Andrea Chénier – Oren / McVicar – ROH – 05-06/2019

Message par Stella Orion » 22 mai 2019, 19:10

Bonjour Paco, j’ai lu votre compte rendu avec intérêt et je vous remercie pour le partage fort détaillé de votre ressenti à l’issue de cette représentation. Une chose cependant m’a étonnée et m’amène à apporter bien amicalement une petite précision (il serait dommage qu’une rumeur infondée ne circule) : vous évoquez dans votre chronique un prompteur qui serait là pour l’usage de Roberto et qui vous a paru particulièrement gênant pour les spectateurs des premiers rangs d’orchestre. Je ne sais pas quel objet a pu ainsi vous cacher la vue, mais il ne s’agissait pas d’un prompteur. Roberto n’en utilise pas sur la scène du ROH (ni dans d’autres théâtres d’ailleurs). Par curiosité, je tenterai d’identifier le dit objet vendredi... Également vous avez noté que Roberto a inutilement pour vous choisi de chanter l’aigu (non écrit dans la partition) à l’acte III, mais regrettez à l’inverse à la fin de l’acte IV qu’il ait respecté l’harmonie dans le duo et n’ait pas chanté de Si naturel (pas une alternative, cet aigu n’est lui non plus pas écrit pour le ténor dans la partition). Je voulais vous dire qu’à la Générale il n’a pas chanté l’aigu du III, et que cela changera peut-être encore lors des prochaines représentations qui sait ? C’est vrai qu’il est rare de le voir faire un choix immuable d’interprétation (Verdi disait qu’elle naît de l’instant) et de s’y tenir, on le sait désireux d’explorer sans cesse une partition au fil des représentations. Voyons ce qu’il en sera vendredi et par la suite ;) merci pour l’avis

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PlacidoCarrerotti
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Re: Giordano – Andrea Chénier – Oren / McVicar – ROH – 05-06/2019

Message par PlacidoCarrerotti » 22 mai 2019, 20:18

Les suraigus ne sont jamais inutiles : ils ravissent les amateurs et les auditeurs attentifs (même novices), et laissent les sourds indifférents. Seules quelques têtes à claques un peu snobs vont pleurnicher :lol:

Kraus (qui en avait rajouté un dans la Favorita à un âge avancé) m’avait que c’était pour continuer à surprendre. Il disait aussi que c’était comme un cadeau pour les amis.
"À force de tout voir on finit par tout supporter… À force de tout supporter on finit par tout tolérer… À force de tout tolérer on finit par tout accepter… À force de tout accepter on finit par tout approuver !" (Saint Augustin)

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Re: Giordano – Andrea Chénier – Oren / McVicar – ROH – 05-06/2019

Message par paco » 22 mai 2019, 23:11

Stella Orion a écrit :
22 mai 2019, 19:10
Je ne sais pas quel objet a pu ainsi vous cacher la vue, mais il ne s’agissait pas d’un prompteur.
Il s'agit d'une sorte de gondole, reliée par des câbles de part et d'autre, qui occupe environ 90% de la largeur de la scène, juste au bord (= là où jadis se trouvait l'emplacement du souffleur dans les théâtres). Elle est tellement haute que, jusqu'au 10e rang, elle masque pieds, chevilles, et quasiment jusqu'au genou des acteurs selon qu'ils se tiennent plus ou moins éloignés de la rampe, qui semblent du coup tous sans jambes !
Autour de moi tout le monde s'en est plaint à l'entracte.

Cet engin n'existe pas dans les autres productions (j'en sais quelque chose car j'assiste à énormément de représentations du Royal Ballet dans les premiers rangs de parterre, et des pieds invisibles au ballet ce serait insupportable ;-) )

En tous cas merci de la précision et effectivement, coupons court à une fausse rumeur :D

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Re: Giordano – Andrea Chénier – Oren / McVicar – ROH – 05-06/2019

Message par Efemere » 23 mai 2019, 00:16

paco a écrit :
22 mai 2019, 23:11
Stella Orion a écrit :
22 mai 2019, 19:10
Je ne sais pas quel objet a pu ainsi vous cacher la vue, mais il ne s’agissait pas d’un prompteur.
Il s'agit d'une sorte de gondole, reliée par des câbles de part et d'autre, qui occupe environ 90% de la largeur de la scène, juste au bord (= là où jadis se trouvait l'emplacement du souffleur dans les théâtres).
(...)
Depuis l'Amphi, je n'ai évidemment pas été gênée.
Serait-ce la bande noire au bord de la scène qu'on devine plus ou moins sur la photo suivante (dont j'ai un changé un peu la luminosité, mais restant peu claire) ?

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Re: Giordano – Andrea Chénier – Oren / McVicar – ROH – 05-06/2019

Message par paco » 23 mai 2019, 09:04

Oui, c'est tout à fait ça. Elle fait, je dirai, entre 20 et 30 cm de hauteur, et comme le parterre n'a aucune déclivité dans les premiers rangs, au final elle "coupe" pieds et mollets des acteurs. Autour de moi tout le monde était gêné.

Soit elle a toujours existé, mais si les autres productions ont un plateau en pente, du coup on ne s'en rend pas compte elle ne gêne pas.
Soit elle n'existe pas d'habitude, elle a sans doute un rôle dans cette production mais elle gêne la visibilité des premiers rangs.

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