Benjamin - Lessons in Love and Violence - Bloch / Mitchell - Lyon 05 / 2019

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Benjamin - Lessons in Love and Violence - Bloch / Mitchell - Lyon 05 / 2019

Message par dge » 13 mai 2019, 11:20

George Benjamin – Lessons in love and violence
Opéra sur un livret de Martin Crimp crée le 10 mai 2018 au Royal Opera House de Londres

Opéra de Lyon – mai 2019


Direction musicale : Alexandre Bloch
Mise en scène : Katie Mitchell
Décors et costumes : Vicki Mortimer
Lumières : James Farncomb
Chorégraphies : Joseph Alford

Le Roi : Stéphane Degout
Isabelle : Georgia Jarman
Gavetson, L’Etranger : Gyula Orendt
Mortimer : Peter Hoare
Le Garçon, Le Jeune Roi : Samuel Boden
Témoin 1, Chanteuse 1, Femme 1 : Hannah Sawle
Témoin 2, Chanteuse 2, Femme 2 : Katherine Aitken
Témoin3, Fou : Andri Björn Robertsson
La Fille : Ocean Barrington-Cook


Orchestre de l’Opéra de Lyon


Représentation du 18 mai


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©Stofleth

Né en 1960, élève d’Olivier Messiaen, le compositeur britannique George Benjamin n’est venu que très tardivement à l’écriture d’un opéra. « Comment écrire un opéra dans un idiome post-tonal, intégrer la voix dans un environnement harmonique post-tonal ? » déclare t-il dans un entretien reproduit dans le programme de salle. Pour lui la technique sérielle n’est pas un bon vecteur pour la scène, et « pour réussir au théâtre il faut un langage harmonique plus simple ». Il pense par ailleurs qu’ « au théâtre il faut être ému » et l’opéra doit jouer un rôle de catharsis. Pour développer sa propre voie musicale, encore lui fallait-il trouver des livrets qui l’incitent à se lancer dans l’aventure, ce qu’il n’a pas réussi à faire pendant de longues années malgré des échanges avec plusieurs écrivains. C’est la rencontre en 2005 avec Martin Crimp, auteur dramatique mais aussi pianiste et claveciniste amateur qui va être déterminante. Une alchimie se crée rapidement entre eux. Les mots de Martin Crimp « ne dictent jamais la musique, mais ils l’inspirent et la déclenchent » avoue le compositeur.
Leur première collaboration sera un conte lyrique Into the Hill de dimensions plutôt modestes crée à Paris en 2006. Leur deuxième collaboration Written on skin, crée au Festival d’Aix en Provence le 7 juillet 2012 reçoit un accueil triomphal. Repris sur une vingtaine de scènes de par le monde il est considéré comme une des œuvres lyriques majeures des vingt dernières années.
Suite à ce succès, plusieurs maisons d’opéras font au même tandem une commande d’un nouvel opus. Ce sera Lessons in Love and Violence crée au ROH de Londres le 10 mai 2018 avant d’être repris sur ses scènes coproductrices : Amsterdam en juin 2018, Hambourg en avril 2019 (viewtopic.php?f=6&t=21595) , Lyon en mai 2019. Viendront ensuite Chicago, Barcelone et Madrid.

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©Stofleth


Le livret (le texte comme préfère le définir Martin Crimp) s’inspire de sources multiples dont la pièce de Marlowe, Edouard II, mais le nombre de scènes et de personnages en a été considérablement réduit. L’histoire est celle du roi Edouard II d’Angleterre, peu doué pour la pratique du pouvoir et qui entretient une relation homosexuelle avec un de ses proches Piers Gaveston ( bien que la réalité historique fasse encore l’objet de débats entre historiens). Son épouse la reine Isabelle se lie avec Mortimer le ministre des armées pour faire assassiner son époux et transmettre le pouvoir à son jeune fils en espérant le manipuler pour régner à sa place. Mais le jeune roi, le futur Edouard III, ne tarde pas à prendre son indépendance et fera assassiner Mortimer.

Sur cette trame Martin Crimp écrit un texte concis (l’œuvre dure environ une heure et demie) avec un puissant ressort dramatique où le pouvoir, l’amour et la mort, ces trois ingrédients constitutifs de nombre de livrets sont bien présents. Il abandonne par ailleurs le procédé d’ « auto-narration » par lequel chaque personnage récite les didascalies qui l’accompagnent comme c’était le cas dans Written on Skin. L’homosexualité n’est pas le sujet principal de l’opéra. Pour Martin Crimp « la transgression est au cœur de la pièce, l’amour conduit les gens à prendre des décisions malavisées ».
Le découpage de l’action en deux parties qui s’enchainent sans entracte, l’une de quatre scènes et l’autre de trois, chaque scène étant reliée à la suivante par un interlude orchestral pendant le précipité, n’est pas sans rappeler celui de Wozzeck et confère une réelle urgence dramatique à l’action. La musique de George Benjamin est une longue conversation en musique respectueuse des voix contrairement à beaucoup d’autres créations contemporaines. L’orchestration est raffinée, jouant beaucoup sur la recherche de timbres nouveaux venant surtout des pupitres de percussions par l’utilisation d’instruments qu’on ne trouve pas habituellement dans un orchestre : tombak iranien, tambour parlant (ou tama)…

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©Stofleth


La metteure en scène Katie Mitchell transpose l’intrigue à notre époque comme l’attestent les très beaux costumes et la scénographie élégante et glacée de Vicki Mortimer. Tout se passe dans un décor unique, une pièce dont les murs sont dressés de panneaux de bois. Le mobilier est réagencé à chaque scène pour matérialiser les changements de lieu : chambre, théâtre, prison…Particulièrement signifiante est la présence d’un aquarium géant, au début luxuriant par la richesse de ses poissons exotiques puis dépeuplé de ses occupants et finalement vide mimant ainsi la lente dégradation de la situation du Roi. Tout concourt à créer une ambiance délétère et d’enfermement. Les deux enfants du Roi sont constamment présents sur scène : une fille qui restera muette tout au long du drame et un fils qui ne prendra la parole que dans la dernière scène lorsqu’il sera devenu roi. Ils assistent ainsi aux étreintes amoureuses de leur père avec son favori, mais aussi au mépris de leur mère pour les villageois miséreux venus supplier qu’on leur donne les moyens de survivre à la famine qui frappe le peuple à cause de l’incurie de son souverain. C’est à eux que s’adressent ces leçons d’amour et de violence. Tout en étant spectateurs ils se déplacent sur scène dans des démarches lentes, quasiment chorégraphiées. La direction d’acteurs est d’une très grande précision et d’une très grande justesse sans jamais céder aux excès que certaines situations pourraient susciter et illustre à la perfection l’atmosphère oppressante du livret. Il est évident que la fréquentation déjà grande de leurs rôles par la plupart des protagonistes concourt à une perfection théâtrale dont le spectateur ressent l’impact.

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©Stofleth


Le rôle du Roi a été écrit pour Stéphane Degout. Il en fait une interprétation magistrale mettant la perfection de son phrasé que l’on connaît dans d’autres répertoires au service d’une composition qui traduit bien toute l’ambiguïté du personnage, ses faiblesses mais aussi sa fragilité. C’est une prise de rôle majeure dans une carrière déjà riche et qui fait attendre avec intérêt son futur Wozzeck.
C’est au personnage de Gaveston que Benjamin réserve sans doute les moments les plus lyriques de la partition. Gyula Orendt s’en acquitte parfaitement de sa voix souple et au timbre légèrement différencié de celui du Roi. Il sait aussi traduire la duplicité du personnage qui fait penser que l’affection qu’il a pour le Roi n’est en fait qu’un prétexte à servir ses intérêts et compose aussi un Etranger cynique qui va tuer son amant.
Georgia Jarman est Isabel. Elle a la mission difficile de remplacer la créatrice du rôle Barbara Hannigan qui qualifiait ce rôle de « plus noir qu’elle ait jamais interprété ». Mission parfaitement réussie qui ne peut que favoriser une plus grande diffusion de l’œuvre puisqu’on dispose d’au moins deux titulaires remarquables. Sa présence et son élégance scéniques impressionnent et lui permettent d’être tantôt une amoureuse, tantôt une femme hautaine et méprisante faisant preuve d’un certain sadisme lorsqu’elle dissout une perle dans un verre de vinaigre pour humilier les paysans affamés. Le timbre est fruité et la ligne de chant bien maitrisée dans une tessiture parfois tendue.

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©Stofleth



Peter Hoare compose un Mortimer pour lequel on a bien peu d’empathie. La voix est bien projetée et l’incarnation, difficile à rendre, de ce personnage sans grande envergure, bourreau puis victime est très réussie. Samuel Boden excelle en Jeune Roi d’une voix claire et bien timbrée et traduit bien scéniquement son passage de l’enfance innocente à l’adulte conscient de son pouvoir. Dans le rôle muet de La Fille, Ocean Barrington-Cook fait une composition scénique remarquable. Les signes d’affection qu’elle manifeste à son père sont bien les seuls moments d’humanité désintéressée de ce drame. Hannah Sawle (Témoin 1, Chanteuse 1, Femme 1), Katherine Aitken (Témoin 2, Chanteuse 2, Femme 2) et Andri Björn Robertsson (Témoin3, Fou) dans des rôles épisodiques se montrent à la hauteur de leurs partenaires.

Soutenant parfaitement les chanteurs, et à la tête d’un Orchestre de l’Opéra de Lyon très appliqué, Alexandre Bloch, qui a pu travailler quelques jours avec le compositeur, sert cette partition avec engagement et met très bien en valeur la richesse des coloris orchestraux.

Au rideau final le public applaudit longuement et chaleureusement, signe sans doute que comme Written on skin, Lessons in love and violence survivra à sa création.


Gérard Ferrand

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Re: Benjamin - Lessons in Love and Violence - Bloch / Mitchell - Lyon 05 / 2019

Message par dge » 22 mai 2019, 22:56

Mon compte-rendu en tête de fil.

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HELENE ADAM
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Re: Benjamin - Lessons in Love and Violence - Bloch / Mitchell - Lyon 05 / 2019

Message par HELENE ADAM » 22 mai 2019, 23:10

dge a écrit :
13 mai 2019, 11:20
Au rideau final le public applaudit longuement et chaleureusement, signe sans doute que comme Written on skin, Lessons in love and violence survivra à sa création.
Merci. :wink:
J'ai vu l'opéra deux fois (Londres puis Hambourg) et je trouve qu'on en découvre des trésor cachés à chaque fois tant sur le plan du livret, de l'intrigue que de la musique et des différents rôles.
C'est une oeuvre contemporaine facile d'accès qui remporte finalement un grand succès public partout.
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

Mon blog :
https://passionoperaheleneadam.blogspot.fr

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