Britten – Le Songe d’une nuit d’été –Munoz/Huffman –Montpellier –05/2019

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jeantoulouse
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Britten – Le Songe d’une nuit d’été –Munoz/Huffman –Montpellier –05/2019

Message par jeantoulouse » 08 mai 2019, 10:47

Le Songe d’une nuit d’été
Benjamin Britten (1913-1976)

Montpellier Opéra Comédie 8/10/12 /05 / 2019

Tito Muñoz direction musicale
Ted Huffman mise en scène
Marsha Ginsberg décors
D.M. Wood lumières
Annemarie Woods costumes
Sam Pinkelton chorégraphe
Perrine Villemur assistante aux décors
Devin Petersen maquettiste
Ran Arthur Braun régisseur vol


James Hall Obéron
Florie Valiquette Tytania
Richard Wiegold Theseus
Polly Leech Hippolyta
Thomas Atkins Lysander
Matthew Durkan Demetrius
Roxana Constantinescu Hermia
Marie-Adeline Henry Helena
Dominic Barberi Bottom
Nicholas Crawley Quince
Nicholas Bruder Puck
Paul Curievici Flute
Daniel Grice Snug
Colin Judson Snout
Nicholas Merryweather Starveling

Vincent Recolin chef de chœur
Chœur Opéra Junior - Classe Opéra
Orchestre national Montpellier Occitanie




Le chef d’orchestre américain Tito Munoz (né en 1983) est bien connu en France pour avoir été Directeur musical de l’Opéra national de Lorraine et de l’Orchestre Symphonique et lyrique de Nancy. Il dirige aujourd’hui l’Orchestre symphonique de Phoenix.

Nominé récemment pour un Olivier Award et un Music Award pour « la meilleure production d’opéra » avec 4.48 Psychosis au Royal Opera House de Covent Garden ( repris en septembre 2019 à l'Opéra National du Rhin), le jeune américain Ted Huffman a composé de nombreuses mises en scène dont les critiques ont souligné les qualités : Madame Butterfly, Rinaldo, Le premier meurtre d’Arthur Lavandier à Lille, Les Mamelles de Tirésias à Aix et Bruxelles, Orphée aux Enfers pour Nantes-Angers Opéra, Montpellier et Nancy…Cette production d'un des chefs d’œuvre de Britten sera présentée en janvier-février 2020 au Deutsche Oper Berlin.

Compte rendu après la dernière représentation du 12 mai.

jeantoulouse
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Re: Britten – Le Songe d’une nuit d’été – Munoz/Huffman – Montpellier – 05/19

Message par jeantoulouse » 13 mai 2019, 14:23

Benjamin Britten a chanté adolescent la musique de scène composée par Mendelssohn pour la comédie de Shakespeare, Le Sonde d’une nuit d’été. Et le charme a agi longtemps, longtemps infusé, avant qu’il ne se lance dans l’écriture de son opéra dont il compose le livret avec son compagnon Peter Pears, auquel sera confié le double rôle de Flute et donc de Thisbé. On ampute le texte nécessairement pour concentrer l’action, tenir l’œuvre dans des dimensions représentables, et dire en musique ce que les mots taisent. Mais on ne modifie pas les dialogues du grand Will qu’on respecte à la lettre. Et l’essentiel demeure : l’esprit d’une œuvre hybride, composite, irréelle et loufoque, inventive et baroque, l’étagement des trois niveaux de personnages et des registres qui les représentent : le merveilleux, l’imbroglio amoureux, le burlesque. A chacun de ces groupes et de ces plans, Britten attribue des procédés musicaux et des couleurs instrumentales différents, aisément repérables, sans que ce procédé tourne au système. La musique et le livret avec ses rebondissements et ses imbrications restent fluides, lisibles, et font de cette nuit estivale d’amour et de théâtre où chacun se perd, se retrouve, s’endort et songe, un temps suspendu de mystère, de beauté et de rêve. Et le facétieux Puck auquel Britten et Pears confient un rôle non chanté parcourt toujours le monde de sa fantaisie désordonnée et libératrice, faisant « le tour de la terre en quarante minutes » pour épandre sa joyeuseté et son espièglerie.
Robert Carsen (et pour la pièce originelle Laurent Pelly) avaient pleinement réussi la représentation scénique de cette fantasmagorie heureuse et le défi était grand pour le jeune américain Ted Huffman que le succès de ses mises en scène antérieures, par leur élégance, leur dépouillement et leur cocasserie parfois, qualifiait pleinement pour l’entreprise. Le résultat, séduisant, laisse une impression un peu mitigée, faute, semble-t-il, d’avoir poussé plus loin la liberté d’invention ou en raison d’une lecture trop bridée de l’opéra de Britten.

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Crédit Marc Ginot

Une des difficultés dramaturgiques est la création de l’aire scénique. Comment imaginer le décor unique d’une forêt où s’endort Tytania, où s’égarent les couples amoureux, où les « rustics » répètent la pièce de Pyrame et Thisbé, et que charme de leurs chants le chœur des enfants dévoués à la Reine des Fées ? Ted Huffman choisit la simplicité, l’épure, la nudité, celles d’un plateau de théâtre. Aucun décor, aucun praticable, un nombre réduit d’accessoires : un nuage rose suspendu, tout comme un croissant de lune, une échelle pour les atteindre, le personnage volant de Puck accroché à des filins, ponctuent un univers à la fois moderne et intemporel qui emprunte au cirque, au film d’animation, et au surréalisme plein de mystère d’un Magritte. Les êtres y seraient doux et drôles, gentils et décalés, simples et maladroits. Puck, superbe idée, volerait tel un funambule qui s’accrocherait aux cornes de la lune, les amoureux joueraient une comédie musicale, Oberon se voudrait M Loyal, les lutins auraient vu les films de Tim Burton, Tytania s’éprendrait d’un âne de M Perrault et les artisans athéniens auraient construit deux grandes marionnettes pour figurer les héros tragiques. Et dans cette poétique et tendre vision, chacun, le temps d’une nuit d’été, se serait amusé à s’égarer et à se retrouver. Il s’agit bien là de l’évocation d’un songe où le temps s’abolit, où les repères s’effacent, où les fragments de la réalité recomposent les couples et les sentiments, les images et les émotions. Que manque-t-il à notre plaisir pour que l’émotion soit totale ? Un surcroit d’inventivité, d’audace créatrice, de couleurs. L’ensemble in fine s’avère bien tristounet. Assurément le surgissement du chœur d’enfants – costumes gris perles, nœud papillon, souliers et coiffures gominés noirs – produit un bel effet . Mais sur fond de scène noir et plateau gris, avec un couple Oberon/Tytania identiquement vêtus ,le monde féérique manque de pimpant. Elégant, discret, mais trop uniforme. La troupe des artisans, le quatuor d’amoureux ne brillent pas par plus de fantaisie vestimentaire. Sur le papier, faire représenter par des grandes marionnettes manipulées les héros tragiques du drame grotesque joué par les « rustics » peut sembler une belle idée et sa réalisation scénique s’avère techniquement réussie. Mais elle met à distance la cocasserie burlesque de la scène et en détourne le comique. Ainsi se dévoile l’intention dramaturgique de l’ensemble de la production : la distanciation. Ted Huffman est à coup sûr un magnifique metteur en scène qui sait créer des images et animer des situations. Mais ici il édulcore Britten et Shakespeare, leur ôte de la sève, du peps. Sans les anémier, il les rend plus froids, moins colorés, moins jouissifs. A l’opposé des créateurs qui en font trop, il purifie, il épure. C’est intelligent, souvent beau. Mais un peu gris et austère.

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Crédit Marc Ginot

Tout en, admirant le travail, on regrette d’autant plus cette option qu’elle semble s’opposer au parti pris de l’interprétation musicale. Tito Munoz offre délibérément un Britten plein de saveur, d’inventivité sonore, de liberté musicale, de créativité joyeuse. Les bois, les cuivres et les percussions notamment font miroiter, scintiller, danser, s’ébattre, danser une partition protéiforme qui garde constamment ce que je nommerais l’esprit de Puck, trublion joyeux, farfelu et inconvenant. Bravo à la petite formation voulue par Britten et à son chef d’avoir fait de ce Songe un opéra de fantaisie. Bravo encore au beau Chœur Opéra Junior, magnifiquement préparé par Vincent Recolin que l’on aurait dû associer plus étroitement aux saluts, pour sa cohérence, son engagement scénique et vocal, la précision de ses attaques, et bravo encore à l’équipe des maquilleurs pour leur travail. Dans une distribution vocale impeccable, je distinguerai Marie-Adeline Henry (Helena) dont la puissance et le jeu scénique m’ont séduit, Roxana Constantinescu ( Hermia ) qui à ses côtés reforme avec beaucoup d’allure le duo des belles entendues à Toulouse dans Cosi fan tutte en 2011, la très virtuose Tytania de Florie Valiquette (dont le costume unisexe n’aide guère par ailleurs à composer le personnage de la Reine des fées), James Hall en Obéron élégant, le truculent Bottom de Dominic Barberi, et le Puck idéalement enlevé du comédien Nicholas Bruder. Aucun des autres chanteurs ne démérite et tous contribuent à la réussite musicale d’une production subtile, mais qui m’a laissé… songeur.

Jean Jordy

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