Isouard-Cendrillon-Chauvin/Paquien-St Etienne 05/2019

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petitchoeur
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Isouard-Cendrillon-Chauvin/Paquien-St Etienne 05/2019

Message par petitchoeur » 07 mai 2019, 14:19

Nicolas Isouard dit Nicolo (1773-1818) : Cendrillon

Opéra-féerie en trois actes
créé à Paris, Opéra-Comique, salle Feydau le 22 février 1810
Livret de Charles-Guillaume Etienne d'après le conte Cendrillon de Charles Perrault
Version de 1845 réorchestrée et complétée par Adolphe Adam

Direction musicale : Julien Chauvin
Mise en scène : Marc Paquien
Décors : Emmanuel Clolus
Costumes : Claire Risterucci
Lumières: Dominique Bruguière
Effets Spéciaux : Abdul Alafrez
Maquillages et coiffure : Nathy Polak


Cendrillon : Anaïs Constans
Clorinde: Jeanne Crousaud
Tisbé: Mercedes Arcuri
Le Prince Ramir : Riccardo Romeo
Le précepteur Alidor : Jérôme Boutillier
Lécuyer Dandini: Christophe Vandevelde, comédien
Le Baron de Montefiascone : Jean-Paul Muel, comédien

Académie d'Orchestre du Conservatoire à Rayonnement Régional de Saint-Etienne et du Conservatoire à Rayonnement Départemental du Puy-en-Velay
Encadrée par les solistes de l'Orchestre Symphonique de Saint-Etienne Loire
Préparation : Eric Varion


Coproduction : Opéra de Saint-Etienne, Bru Zane France
Sur une idée du Palazzetto Bru Zane-Centre de Musique Romantique Française à Venise

Grand Théâtre Massenet à Saint-Etienne le 5 mai 2019,

Après la résurrection réussie de Dante de Benjamin Godard en mars dernier, Eric Blanc de la Naulte, le directeur de l'Opéra de Saint-Etienne, fait un nouveau pari : monter la Cendrillon de Nicolas Isouard, disparue depuis longtemps des scènes lyriques, avec, en plus, un orchestre regroupant des élèves des conservatoires du Puy-en-Velay et de Saint-Etienne . C'est réussi !
La Cendrillon d'Isouard mérite d'être exhumée : le livret est plein d'humour, le rythme ne faiblit tout au long de l'ouvrage et on ne s'ennuie pas une seconde, la musique est pleine de charme, les rôles de Clorinde et Tisbé, par leurs savantes vocalises, préfigurent la Cenerentola de Rossini (première à Paris en 1822), les ensembles à trois et à cinq sont très originaux, particulièrement celui du 1er acte : Cendrillon entonnant la chanson traditionnelle il était un p'tit homme... tandis que ses demi-soeurs se querellent sur leurs toilettes arrangeons ces fleurs, ces dentelles et veulent faire taire l'héroïne. Cette féerie connaît un très grand succès à sa création : elle est rapidement reprise dans toute l'Europe. Mais la Cenerentola de Rossini, utilisant le même livret, éclipsa celle d'Isouard. En revanche l'oeuvre d'Isouard est reprise à Favart en janvier 1845 « rentoilée », comme le dit joliment un critique de l'époque, par Adolphe Adam qui réorchestre et même complète la partition originale. Hector Berlioz, dans le Journal des Débats du 1er février 1845, est très favorable à ce « rajeunissement », lui qui n'est habituellement pas tendre pour Adolphe Adam :
« Le droit de retoucher les vieux maîtres, de les rajeunir, d’effacer leurs rides, étant décidément acquis aux musiciens modernes, cette question ayant été résolue affirmativement par la majorité, nous n’avons plus qu’à constater la réserve et le goût dont M. Adam a fait preuve en renforçant l’orchestre de Nicolo, tant soit peu terne et délabré, il faut en convenir. Telle qu’elle est maintenant, la partition de Cendrillon est l’une des plus jolies du répertoire. » Soixante-deux représentations en 1845 et un maintien au répertoire jusqu'en 1848. En 1877 une troisième production est proposée à Favart. Et depuis : une reprise à...Moscou en 1998 (qui a fait l'objet d'un enregistrement, label Olympia) et une à La Valette en 2018 pour le bicentenaire de la mort d'Isouard (né à Malte de parents d'origine marseillaise). Dans la version stéphanoise, les choeurs et quelques airs on été supprimés.

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Joli décor d'Emmanuel Clolus, au dessin simplifié à la manière d'une illustration de livre d'enfant, sur un plateau tournant, tantôt palais du Prince, tantôt maison du Baron, tantôt cheminée de Cendrillon. Très belles robes, dessinées par Claire Resterucci, des deux sœurs et de Cendrillon au bal du Prince. La mise en scène de Marc Paquien joue de manière astucieuse avec les escaliers de la maison/château, tourne au ridicule le baron infatué (Jean-Paul Muel, comédien) et l'écuyer/Prince (Christophe Vandevelde, comédien), rend insupportables les deux sœurs, émouvante Cendrillon et mystérieusement féerique Alidor, le précepteur.

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Excellent plateau  vocal. Anaïs Constans est Cendrillon : voix puissante à la belle projection, au timbre chaleureux. Jeanne Crousaud, Clorinde, domine avec beaucoup de talent ce rôle difficile grâce à ses vocalises et ses aigus parfaitement maîtrisés. Mercedes Arcuri, Tisbé, possède un timbre chatoyant qu'elle utilise avec bonheur. Riccardo Romeo séduit en Prince Ramir de sa voix tout en finesse et en douceur. Jérôme Boutillier joue et chante le rôle d'Alidor avec grande autorité de sa voix puissante aux graves profonds . Tous sont d'excellents comédiens et tous les dialogues parlés parfaitement compréhensibles.
Dans la fosse d'orchestre les élèves des Conservatoires du Puy et de Saint-Etienne n'ont, pour certains, que 13 ans ! Il est vrai qu'ils sont encadrés par les chefs de pupitre de l'Orchestre Symphonique de Saint-Etienne Loire. On ne peut être qu'admiratif devant la qualité de l'ensemble remarquablement préparé par Eric Varion; et devant ces musiciens en herbe qui jouent pendant 1h3/4 sans interruption. Julien Chauvin, chef et fondateur en 2015 du Concert de la Loge, réussit la fusion entre ces deux générations d'instrumentistes faisant vite oublier au public la singularité de cet orchestre. Il en obtient toute la vivacité et la violence dans les scènes de jalousie et toute la simplicité et la tendresse lors des moments entre Cendrillon et le Prince.
Pour l'Opéra de Saint-Etienne  et son directeur, un pari doublement réussi : une découverte et un grand moment dans ce week-end de Tous à l'Opéra. Salles pleines pour les deux matinées scolaires et pour les deux représentations publiques avec une œuvre quasiment inconnue !

Pierre Tricou.
crédit photos: Cyril Cauvet et Opéra de Saint-Etienne

PS : 1) je vous recommande la présentation très intéressante de cette Cendrillon par Sabine Teulon Lardic, musicologue et enseignante au Conservatoire de Nîmes, dans le programme de salle. Voici le lien pour le consulter :
http://www.opera.saint-etienne.fr/otse/ ... rillon.pdf
2) le livret intégral de l'ouvrage est disponible sur bruzanemediabase.com

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