Massenet - Manon - Minkowski/Py- OC - 05/2019

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Massenet - Manon - Minkowski/Py- OC - 05/2019

Message par Asvo » 07 mai 2019, 14:09

Direction musicale Marc Minkowski
Mise en scène Olivier Py
Scénographie, décors et costumes Pierre-André Weitz
Lumières Bertrand Killy

Manon Lescaut Patricia Petibon
Le chevalier Des Grieux Frédéric Antoun
Lescaut Jean-Sébastien Bou
Guillot de Morfontaine Damien Bigourdan
Monsieur de Brétigny Philippe Estèphe
Le comte Des Grieux Laurent Alvaro
Poussette Olivia Doray
Javotte Adèle Charvet
Rosette Marion Lebègue
Les deux gardes Pierre Guillon et Loïck Cassin (7, 13, 19 mai) / David Ortega et Simon Solas (10, 16, 21 mai)
L’Hôtelier Antoine Foulon

Chœur Chœur de l’Opéra National de Bordeaux
Orchestre Les Musiciens du Louvre - L'Académie des Musiciens du Louvre, en partenariat avec le Jeune Orchestre de l'Abbaye (Saintes)
Coproduction Opéra Comique, Grand Théâtre de Genève

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Re: Massenet - Manon - Minkowski/Py- OC - 05/2019

Message par Asvo » 08 mai 2019, 00:36

Près de 30 ans que l’Opéra Comique n’avait pas joué Manon, pourtant deuxième œuvre la plus jouée de l’institution (après Carmen) ! Après le fiasco de la production de l’Opéra de Paris en 2012, il était temps que cette ville accueille une production de Manon digne de ce nom ! C’est le cas, et l’on espère déjà que la production est vouée à être reprise.

Au sujet de la mise en scène, loin d’en faire une exégèse, on peut dire qu’elle respecte et met en valeurs de nombreux aspects importants de l’oeuvre. Pour d’autres précisions et interprétations, on ne saurais que conseiller de se référer aux sujets des représentations de Genève (http://www.odb-opera.com/viewtopic.php?f=6&t=17818) et de Bordeaux (http://www.odb-opera.com/viewtopic.php?f=6&t=21544).

Car, si l’on peut reprocher à Olivier Py des tics de langage (insistant sur les corps dénudés, voire nus, utilisant abondamment l’univers du cabaret et faisant sans cesse référence à la prostitution), on ne peut lui retirer de nombreuses qualités majeures qui font de cette production une réussite : une direction d’acteurs remarquable, poussant les chanteuses et les chanteurs à se métamorphoser sous nos yeux, une violence de l’oeuvre mise en exergue dès le début, une grande poésie quant au traitement de Manon, étoile perdue au milieu des néons, et un sens du rythme et de l’esthétique qui font de cette mise en scène une belle mise en scène.

Comme nous l’avons dit, pour Py, Manon est une étoile (elle apparaît sur un fond étoilé qui n’est pas sans rappeler le fond étoilé de la fin des Dialogues des Carmélites mis en scène par le même Olivier Py), une étoile qui se perd (dans le tableau du Cours-la-Reine, où les étoiles du fond se mettent à clignoter, lumières naturelles devenant artificielles) dans les éclairages volontairement violents des bas-fonds parisiens. D’où nombre d’images extrêmement poétiques : la rencontre entre Manon et Des Grieux, le « Adieu, note petite table ! » où Manon serre une boule à facettes dans ses mains, la scène finale…

Cette étoile est, dès le début, exposée à la violence d’un monde la condamnant dès le début de l’oeuvre : dès le premier acte, tout est sombre, Lescaut est plus inquiétant que drôle, de même que Poussette, Javotte et Rosette. Ce travail sur les ombres, les lumières « naturelles » des étoiles et de la lune et celles, artificielles, du monde de la luxure et du music-hall est une clef de cette mise en scène.

Décidément, les portraits de femmes au destin noir et extrême inspirent Olivier Py : Lulu, Blanche de la Force, et Manon. Mais si ces productions furent des réussites, ce n’est pas uniquement grâce au talent du metteur en scène mais grâce à la partenaire privilégiée de Py, à savoir Patricia Petibon. La chanteuse excelle dans le rôle de Manon, notamment dans sa manière de rendre visible l’évolution de l’héroïne. Sa résignation progressive du premier acte, lorsqu’elle voit ce monde auquel elle est confrontée, puis son abandon à l’amour ; surtout, sa transformation au milieu de la scène de Saint-Suplice, où elle passe en un instant de suppliante à suppliée, pour, après l’arrestation, quitter ce masque de séductrice et confronter son destin. C’est bouleversant, et l’incarnation est autant scénique que vocale. Car, si l’on peut trouver l’aigu un petit peu moins naturel et plus vibré qu’il y a quelques années, on ne saurait en tenir quelque rigueur tant la chanteuse nous donne à voir une Manon bouleversante.

Son partenaire, Frédéric Antoun, surprend : s’il montre une certaine froideur dans la première partie, même dans les scènes d’amour, il se déchaîne à Saint-Sulpice et finit par vraiment convaincre en Des Grieux. Le chant est toujours maîtrisé, le timbre assez sombre sait pourtant laisser l’aigu se déployer, et le rôle est bien plus assuré qu’il pouvait y paraître (sa prudence du premier acte pouvait inquiéter pour son air de Saint-Sulpice, dont il vient pourtant très bien à bout). Pour finir avec un dernière scène très émouvante : finalement, c’est par l’évolution de son personnage que l’on reconnaît ici une vraie incarnation.

En Lescaut, Jean-Sébastien Bou frise la perfection. Chant racé, diction exemplaire, il dote Lescaut d’une inquiétante malveillance, rapprochant la noirceur faussement comique du cousin de Manon à celle des diables des Contes d’Hoffmann, paternité naturelle étant donné que les deux rôles ont tous deux été créés par Émile-Alexandre Taskin. (Il me semble d’ailleurs que le chanteur français n’a jamais abordé ce rôle des quatre diables… il y ferait des merveilles!)

Le Guillot drôle, parfois un histrionique et au chant très affirmé de Damien Bigourdan convainc cependant, de même que le Brétigny de Philippe Estèphe, un peu plus effacé face à son trucculent partenaire. Laurent Alvaro campe un Comte Des Grieux à la stature naturellement autoritaire, impressionne et apporte une vraie violence dans la relation père-fils.

Les trois femmes d’Olivia Doray, Adèle Charvet et Marion Lebègue font montre de cohésion et de belles lignes vocales individuelles.

Bon choeur de l’opéra National de Bordeaux et superbes musiciens du Louvre, magnifiquement dirigés par Marc Minkowski : le chef défend avec corps la partition, sans lourdeur ou vérisme comme on peut parfois malheureusement vouloir interpréter Massenet. Sans lourdeur, mais avec noirceur, son interprétation étant au diapason de celle de tous les autres interprètes.

Nicolas Laillet

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Re: Massenet - Manon - Minkowski/Py- OC - 05/2019

Message par dongio » 09 mai 2019, 22:42

Tout aura sans doute été dit sur la mise en scène d'Olivier Py puisque déjà présentée à Genève et Bordeaux récemment. L'idée de faire dès le départ de Manon une prostituée maquée par son cousin Lescaut et qui finira détruite par son désir de splendeurs et sa coquetterie tient la route et Py trace le grand arc dramatique auquel il croit, sans faillir, sans baisse de tension. On ne pourra reprocher au metteur en scène de ne pas croire en son propos et de ne pas tenter de nous emmener dans sa vision, forte, dérangeante, iconoclaste.
Mais...
En faisant ainsi il m'a fait manquer l'évolution psychologique du personnage, qui passe d'une innocence (perverse sans doute, mais innocence quand même, d'une gamine provinciale fascinée par l'intérêt que peuvent lui porter les hommes ) à la décadence finale: en gommant le côté oie blanche qu'elle a au premier acte pour la montrer d'emblée pute partagée par de mauvais clients, il fait de Manon d'emblée une figure triste. Le "couvent" où on la destinait est donc le bordel qui nous est dévoilé et où elle passe de mains en mains: son "je suis encore tout étourdie" l'est car son vertige vient sans doute alors de la tournante à laquelle elle aura été soumise. Il m'aura manqué cette évolution, de l'amour pur pour Des Grieux à son utilisation cynique à l'Hôtel de Transsylvanie avant la rédemption par la mort. Manon chez Py ne verra en des Grieux qu'une opportunité de sortir du glauque dans lequel son statut de courtisane de bas étage la place, avant de replonger rattrapée par ses démons. Le propos se tient, mais chute à certains moments notamment au Cours la Reine façon Folies Bergères qui ne convainc pas avec cette descente du grand escalier accompagnée de boys se trémoussant. C'est donc pour cela que Manon aura suivi son séducteur et aura abandonné des Grieux? Certes passée de la fange au brillant, mais encore manipulée et utilisée par les hommes. Piètre évolution, gourgandine elle fut, gourgandine elle reste même si reine de music-hall . Image quelque peu incomplète même si toujours emprunte de cynisme. Le travail de Py est pour moi en deçà de la splendeur de ses Carmélites, de la qualité de son Alceste, mais au delà de la misère de son Aida ridicule.
De fortes images de fortes scènes impressionnent, celle qui accompagne le songe de des Grieux au cours duquel Manon enfile ce masque de tête de mort laissant ainsi prévoir le destin à venir (on aura parlé de Félicien Rops, on pourra penser à Paul Delvaux), celle qui habille l' "adieu à la petite table" avec cette boule à facettes manipulée par Manon comme autant de miroirs aux alouettes qui ont été sa vie, l'affrontement avec le père, la scène de St Sulpice (mais la femme se lovant sur la table de des Grieux en écartant les jambes n'est pas du meilleur goût, on a compris d'après le livret que ces femmes le trouvent bon orateur et charmant, mais quand même, la démonstration est ici un peu grosse), une très jolie scène finale, avec hélas un Hôtel de Transylvanie peu inquiétant (ce n'est pas en habillant le chevalier en femme à crinoline rouge et Manon en homme en pourpoint et juste au corps de la même couleur que l'on va mettre de la perversité dans le discours). C'est dommage car au delà du propos fort, on reste (je suis resté) bloqué sur la lancée par certaines images racoleuses et faciles. On est toutefois devant un travail intéressant et qui ne laisse pas indifférent, ce qui est de bonne facture malgré les réserves émises.
Musicalement on est sur des hauteurs plus élevées. Minkowski sait sa Manon et la pare de mille couleurs et intentions dramatiques, avec un orchestre qui lui répond parfaitement et qui peut alléger sa densité sonore dans les moments les plus tendres (le songe, la petite table) pour émouvoir profondément, étinceler dans les moments brillants (le Cours la Reine) et dresser des murs dramatiques dans les moments les plus prenants (St Sulpice). Bravo.
Vocalement peu ou pas de vraies déceptions. Excellentissime Lescaut de Jean Sébastien Bou, très bonnes Poussette, Javotte et Rosette de respectivement Mlles Doray, Charvet et Lebègue, parfait Comte des Grieux de Laurent Alvaro, et Brétigny idoine de Philippe Estèphe. Le Guillot de Morfontaine m'a laissé sur ma faim: bien chanté certes, sonore évidemment (trop peut être), peut être trop monolithique car manquant du fiel jaloux et sinueux , du brillant vocal que lui instillait génialement Michel Sénéchal dans la production (médiocre) de Deflo à Bastille précédemment. Rien à dire sur les autres protagonistes, tous de qualité.
Patricia Petitbon campe donc cette Manon d'emblée marquée par le destin, et on ne peut que s'incliner devant l'incarnation qu'elle présente de l'héroïne selon Py. Remarquable actrice épousant toutes les recommandations de son metteur en scène, jouant de toutes les souplesses de son corps et de son visage, elle fascine par le portrait qu'elle fait de cette Manon catin malgré elle. Vocalement brillante, si elle joue de toutes les diaprures du timbre et de sa ligne vocale (l'adieu à la petite table , la mort sont sans doute des sommets de legato piano et bouleversent d'émotion), St Sulpice la voit implorante et séductrice érectile mais le Cours la Reine la trouve quelque peu extérieure comme si elle ne ressentait pas la scène elle même . "Je suis encore tout étourdie" la montre quelque peu en difficulté car les aigus sur "die" sont émis en force et cassent la ligne mélodique. Dommage. Il n'en reste pas moins qu'il s'agit là d'une très belle prise de possession du personnage, plus complète que Fleming à Bastille malgré la splendeur vocale de cette dernière, moins étonnante qu'Alexia Cousin qui était sidérante dans la même mise en scène de Deflo à l'ONP, et moins enthousiasmante que Natalie Dessay à Barcelone qui avait le soir de la première à laquelle j'assistais renversé la salle du Liceu et suscité des ovations délirantes du fait de son incarnation et vocale et scénique (les représentations suivantes n'avaient apparemment pas été de la même eau, mais ce soir là reste un des plus forts moments d'opéra jamais vécus).
Je n'adresserai que des louanges par contre à Frédéric Antoun, splendide des Grieux scénique, musical, vocal. Son Songe est une merveille de legato, de douceur, de poésie, qui tire des larmes, et toute la scène comme décrite précédemment avec Manon au visage de squelette est hypnotique. Sa présence, sa rébellion, son effondrement à St Sulpice font rendre les armes, tout comme l'engagement total de l'artiste dans l'incarnation du personnage. Quelques aigus tendus ne disqualifient pas la performance. J'ai adoré ce qu'il a fait de son rôle. Merci. Bravo. Dommage (mais c'est Py le responsable) que la fin de St Sulpice voie les amants retrouvés courir vers le rideau de fond de scène et se jeter sur leur lit réapparu devant le poster des mers du Sud avec plage et palmier, ce qui n'est pas du goût dramatique et esthétique le meilleur.
Ovations pour certains, applaudissements nourris pour beaucoup, quelques huées pour Py (première parisienne oblige). Ces dernières n'étaient pas méritées car il y avait une vraie réflexion, une vraie prise de position, certes avec des images propres à l'univers du metteur en scène auxquelles il fallait s'attendre. On ne pourra nier le travail en profondeur de Py. Faut il plonger avec lui alors? Cela dépendra de chaque spectateur. Il n'en reste pas moins sinon une très bonne et mémorable soirée, du moins une représentation de qualité qui comptera dans le musée imaginaire de beaucoup.

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Re: Massenet - Manon - Minkowski/Py- OC - 05/2019

Message par Il prezzo » 11 mai 2019, 12:25

Sauvé par Saint Sulpice.

C’est en effet mon impression de cette soirée pour laquelle je suis resté sur ma faim. Les augures étaient pourtant favorables, après les critiques généralement bonnes de cette production à Bordeaux et de la première à Favart, et ce d’autant que j’apprécie plutôt les mises en scènes d’Olivier Py (avec un bémol pour son Aida clinquante et sans idées), toujours soutenues par l’esthétique sombre de Pierre-André Weitz à laquelle nous sommes maintenant bien habitués. Celui-ci s’est surpassé cette fois, par un jeu astucieux de décors coulissants permettant des changements à vue très efficaces, et qui passent magiquement de l’univers flamboyant du Cours de la reine (/ Casino de Paris !) à l’atmosphère austère de Saint Sulpice. Mais les obsessions d’Olivier Py dans la représentation systématique de l’inversion des genres finissent par lasser. Le prétexte des bals costumés fonctionne une fois mais pas deux (les hommes-femmes), et quand ce pauvre Des Grieux arrive affublé d’une extravagante robe rouge de courtisane, donnant une réplique sans rapport aucun avec cet état à une Manon revêtue d’une non moins inattendue redingote masculine, on se perd en conjectures : Manon en situation de virile dominance de son amoureux éperdu ? Les interprétations psychanalytiques ont leurs limites… De même, le « ballet » des trois danseurs à tout faire de la soirée, travestis de collants rouges et faisant semblant de ne pas savoir danser, était assez insupportable. J’adore Miss Knife (vraiment !), mais pourquoi la mettre à toutes les sauces et partout ?

Mais c’est sur le plan musical que m’a particulièrement gêné le Chevalier de Frédéric Antoun, seule vraie faiblesse de la distribution, tant la subtile direction de Marc Minkowski révèle les véritables pépites de cette partition, et que tout le reste du cast, à commencer par Patricia Petibon, ne démérite pas. Je les avais d’ailleurs entendu expliquer de façon convaincante et passionnée leur conception de Manon lors d’une rencontre in loco avec les artistes (Petibon, Minkowski, ainsi que son très jeune assistant, Marc Leroy-Catalayud, parlant avec une éloquence et une érudition musicale confondantes…).

Monsieur Antoun, malgré une implication et un jeu à la mesure de la fièvre qu’impose le rôle, n’a pas la projection ni la ligne de chant de Des Grieux. Son émission est instable, parfois blanche, à des années-lumière du solaire Florez entendu dernièrement dans le rôle au TCE. Et, ayant eu plusieurs fois l’occasion d’entendre Benjamin Berheim, je me dis que les bordelais ont dû être beaucoup mieux gâtés avec leur distribution.

Mais, comme je l’écris en en-tête, l’acte de Saint Sulpice a permis néanmoins aux deux protagonistes de faire passer toute l’émotion dramatique que le génie de Massenet a mis dans ce passage. Pour Frédéric Antoun, la rédemption était bien présente à Saint Sulpice…

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Re: Massenet - Manon - Minkowski/Py- OC - 05/2019

Message par zigfrid » 11 mai 2019, 12:37

je suis entièrement d'accord avec toi concernant la mise en scène et Antoun. Je l'entendais pour la première fois et je suis très perplexe; quasi inaudible au départ, avec un médium cotonneux et une projection inexistante; puis par moment ca projette davantage (mais nous ne sommes qu'à Favart), avec de beaux moments qui rappellent presque le timbre d'Araiza ; mais c'est peu; subsiste une réelle musicalité. Je suis resté sur ma faim. Je pense que Manon est désormais un rôle tardif pour Petibon; fâchée avec la justesse dans de nombreux aigus (forte et arrachés au forceps pour la plupart). Et ca manque de luminosité, et de souplesse par moments. Reste l'incarnation, émouvante. mais nous sommes à l'opéra, et une incarnation ne suffit pas.
Mais c'était une belle soirée.

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Re: Massenet - Manon - Minkowski/Py- OC - 05/2019

Message par JdeB » 11 mai 2019, 13:22

Mardi dernier au repas de presse du GT de Genève, R. Martet célébrait les splendeurs de F. Antoun, encore ébloui par son Requiem de Berlioz à la Phila, tout excité de l'entendre le soir-même salle Favart...
Moi j'ai découvert ce ténor il y a plus de 10 ans dans le Midi et malgré ses belles qualités il ne m'a jamais vraiment enthousiasmé.
et comme je viens juste d'entendre Des Grieux par Florez et Bernheim en avril...

Je n'ai pas eu envie de revoir Petibon en Manon car je préféré rester sur le souvenir de Genève.

Oui, il est très probable que la distribution de Bordeaux, enfin les distributions (Sierra / Edris) aient surpassé celle du Comique mais très peu ont fait le voyage finalement...Une représentation de routine dans une "grande maison" (sic) étant toujours plus attractive pour un certain public voyageur qu'un événement dans nos provinces...

Cette Manon est une production fort intéressante mais pas du grand Py non plus
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Re: Massenet - Manon - Minkowski/Py- OC - 05/2019

Message par faustin » 12 mai 2019, 11:46

Manon de Jules Massenet d'après le roman de l'Abbé Prévôt est un opéra qui, sur un sujet sulfureux est plein de grâce d'élégance et de finesse. Je me demande pourquoi cette œuvre n'aurait pas droit à une mise en scène élégante gracieuse sensuelle qui s'inspirerait, par exemple, de Fragonard.

Le mise en scène commise par Olivier Py est une horreur. Elle est grossière bourrée de vulgarités et d'absurdités, une offense au bon goût et à l'oeuvre du compositeur le plus emblématique de la fin du XIXe siècle français.

Ca commence très mal. Des enseignes en néon à profusion qui indiquent des hôtels de passe comme si on était à Pigalle ou dans je ne sais quel quartier réservé de je ne sais quelle ville. Quel rapport entre la jeune Manon amoureuse d'un bel aristocrate et fascinée par l'éclat des belles actrices qui tournent autour des plus grands financiers de l'époque ? La prostitution bas de gamme, ça n'est pas pour elle.

En totale contradiction avec le livret sans qu'on comprenne pourquoi et comment la jeune fille destinée au couvent pénètre dans une maison de passe et y risque sa vertu. Et les grands financiers hauts en couleur du temps de la Régence sont remplacés dans cette version par des mafieux brutaux et sinistres . Comment ces brutes pourraient-elles avoir l'idée pour séduire une belle de louer les services de tous les artistes de l'Opéra ?

Quand Manon et son amant filent le plus parfait amour à dans un petit logis à Paris, les enseignes de maison de passe sont toujours là. Quel contre-sens !

L'épisode du Cours- la - Reine est ce qu'il y a de plus défendable dans ce spectacle. Certes les élégantes danses du XVIIIe siècle ne s'y trouvent pas mais le divertissement à la Casino de Paris imaginé par Py et le chorégraphe Daniel Izzo n'est pas sans qualités. D'un divertissement à l'ancienne ils ont fait un divertissement à leur idée qui n'est pas sans mérites.

L'épisode Saint Sulpice montre l'absurdité d'une transposition à notre époque . Tout ce que dit le Comte à son fils, l'évocation d'un bénéfice ecclésiastique , la renommée auprès des paroissiennes dévotes d'un prédicateur mondain comparé à Bossuet, tout cela n'a strictement aucun sens si on n'est pas en plein XVIIIe siècle ou du moins sous l'ancien régime.

Et quand on est dans l'Hôtel de Transsylvanie, ça ne s'arrange pas. Que de lourdeurs et de vulgarités dans ces scènes plus ou moins orgiaques qui ne sont que peccamineuses et qui auraient pu paraître transgressives il y a vingt ans.

J'ai bien noté que ce spectacle n'a guère été contesté et même bien accueilli aussi bien par la critique que par le public et aussi dans ce forum. Je vois que le public est maintenant habitué à des mises en scène qui contredisent frontalement aussi bien le texte la musique l'esprit et l'esthétique d'une œuvre ce à quoi je ne me fais pas.

Olivier Py est capable du meilleur comme du pire. Le meilleur c'est Dialogues de Carmélites, quand même bien plus fort et inspiré que la version plutôt plate de John Dexter que j'ai vue hier dans la retransmission du MET et aussi Rake's progress. Le pire c'est Aïda et cette détestable Manon.

Jusqu'à présent l'Opéra Comique était l'oasis de mises en scène élégantes et séduisantes parmi lesquelles je retiendrais tout particulièrement Le pré aux clercs mis en scène par Eric Ruff et l'admirable l'inoubliable Fortunio mis en scène par Denis Podalydes, sa première mise en scène pour l'opéra. Et aussi un certain nombre de mises en scène souvent simples et sans prétention qui sans être géniales étaient très acceptables. L'Opéra de Paris lancé à corps perdu dans un trip de pseudo modernité à retardement ne nous donne depuis quelques années pratiquement que des horreurs, Don Carlos de Warlikowski, Les Troyens de Tcherniakoff, Samson et Dalila de Michieletto, Parsifal de R. Jones, Tosca de P. Audi, la Bohème de C. Guth la Damnation de Faust de Hermanis, j'en passe et des pires.

Manon de Massenet c'est une histoire poignante, tirée d'un chef d'oeuvre de la littérature, qui se déroule au XVIIIe siècle, un XVIIIe siècle vu par le XIXe finissant . Visiblement Olivier Py qui ressasse ses transgressions dérisoires n'était pas l'homme qu'il fallait pour nous en donner une version poétique et sincère et c'est fort dommage.

Faustin

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Re: Massenet - Manon - Minkowski/Py- OC - 05/2019

Message par srourours » 12 mai 2019, 11:56

Manon poétique ? Non mais le roman de l'abbé Prévost est des plus sulfureux ! Il ne faut pas oublier qu'à sa parution il se distribuait sous le manteau enfin. Alors certes Massenet l'edulcore presque absolument, lui superposant une esthétique très bourgeoise, pétrie des moeurs hypocrites de l'époque, ce qui n'a rien à voir avec le roman originel. Bref Manon, ce n'est pas une amourette. Chez Prévost ça sent le souffre.

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Re: Massenet - Manon - Minkowski/Py- OC - 05/2019

Message par Bernard C » 12 mai 2019, 12:10

HS à Faustin

Je suis étonné que dans ta rigueur tu défendes comme l'immense majorité la version de Py des Dialogues.
Dans sa sobriété (austérité) , ne laissant pratiquement que le jeu des chanteurs , Dexter mets en scène textuellement l'œuvre de Poulenc. Celle de Py, comme nous en avons débattu à l'époque, en dépit de sa beauté esthétique et du talent de sa facture est , elle aussi truffée d'interprétations et de contre-sens.


Tu as dû t'accoutumer un peu aussi :wink:

Bernard
"nul être ne va au néant considérant la certitude de sa mort et l'incertitude de son heure" . Léonard au Clos-Lucé

juste pour vous :
https://youtu.be/BWBFzDENf08

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Re: Massenet - Manon - Minkowski/Py- OC - 05/2019

Message par Bernard C » 12 mai 2019, 12:12

srourours a écrit :
12 mai 2019, 11:56
Manon poétique ? Non mais le roman de l'abbé Prévost est des plus sulfureux ! Il ne faut pas oublier qu'à sa parution il se distribuait sous le manteau enfin. Alors certes Massenet l'edulcore presque absolument, lui superposant une esthétique très bourgeoise, pétrie des moeurs hypocrites de l'époque, ce qui n'a rien à voir avec le roman originel. Bref Manon, ce n'est pas une amourette. Chez Prévost ça sent le souffre.
Ceci dit c'est bien Manon de Massenet qui est le sujet de l'opéra.

( Et quand on en montre les rouages exacts , comme la mise en scène de Pelly y reussit assez bien , c'est une œuvre aux vertus politiques assez subversives.
C'est beaucoup plus efficace, pour dire des choses profondes sur l'aliénation, que les dérisoires provocations à la mode des fantasmes sexuels contemporains faites pour exciter la bourgeoisie de notre temps .)

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