Haendel-Rinaldo-vc/Spinosi-Lyon 6/04/2019

Représentations
Répondre
petitchoeur
Mezzo Soprano
Mezzo Soprano
Messages : 180
Enregistré le : 19 sept. 2009, 23:00

Haendel-Rinaldo-vc/Spinosi-Lyon 6/04/2019

Message par petitchoeur » 10 avr. 2019, 15:23

GEORG FRIEDRICH HAENDEL(1685-1759)
RINALDO (1ère version de 1711)


Opéra seria en 3 actes
Livret de Aaron Hill et Giacomo Rossi d'après La Jérusalem délivrée du Tasse.
Créé le 24 février 1711 à Londres au Queen's Theatre, Haymarket

Eric Jurenas : Rinaldo
Ekaterina Bakanova : Almirena
Emilie Rose Bry :Armida
Dara Savinova : Goffredo
Riccardo Novaro : Argante
Evann Loget-Raymond : Eustazio

Ensemble Matheus
Jean-Christophe Spinosi : direction


Opéra donné en version de concert.

Chapelle de La Trinité à Lyon le 6 avril 2019
En 1710 Haendel quitte l'Italie, où il est installé depuis 1706, pour occuper le poste de maître de chapelle de l'électeur de Hanovre Georg Ludwig. La même année il se rend en Angleterre pour la première fois. En 1711 il remporte un triomphe avec son premier opéra composé en deux semaines et en italien pour Londres: Rinaldo. Il retourne en Allemagne pour peu de temps : dès l'automne 1712 il traverse à nouveau la Manche et s'installe à Londres. Il ne sait pas encore que l'Angleterre va devenir sa seconde patrie.
Dans cette production : pas d'Argante arrivant sur scène avec char, chevaux et gardes. Pas de char d'Armide tiré par des dragons crachant du feu. Pas de mise en scène de la bataille finale. Pourtant, dans cette version de concert, c'est par la musique seule que Jean-Christophe Spinosi, son ensemble Matheus et les chanteurs arrivent à nous faire vivre, et en technicolor, toutes ces machineries de magie et de guerre qui séduisirent tant les Londoniens.
Musicalement, c'est une réussite ! Jean-Christophe Spinosi dirige avec un dynamisme, une générosité et un enthousiasme communicatif son ensemble Matheus qui partage avec son chef le même plaisir à offrir au public cette œuvre aux multiples rebondissements, aux situations dramatiques inattendues, aux personnages aux caractères trempés. Tous réussissent à servir magnifiquement cette partition de Haendel pleine de trouvailles et d'une richesse inouïe même si Haendel « recycle » de nombreux matériaux déjà utilisés auparavant.
Eric Jurenas remplace au pied levé Filippo Mineccia, souffrant, dans le rôle de Rinaldo. On ne peut être qu'admiratif devant la maîtrise de la partition par ce contre-ténor  car c'est pour lui une prise de rôle ! Il n'était prévu, dans cette distribution, que pour chanter le rôle, beaucoup moins lourd, d'Eustazio. Voix puissante bien projetée, timbre chatoyant, aigus très clairs, graves de belle rondeur, maîtrise technique remarquable dans les da capo aux fioritures acrobatiques. Son duo avec Almirena Scherzano sul tuo volto est une belle déclaration d'amour. Sa complainte amoureuse après l'enlèvement d'Almirena Cara sposa est émouvante. Il fulmine dans l'air guerrier qui achève l'acte I Venti Fulmini encouragé par les 4 trompettes impeccables ! Il est éclatant dans la dernière bataille Or la tromba. C'est une révélation. Ekatarina Bakanova est Almirena. Elle gazouille avec bonheur dans l'air Augelletti, che cantate accompagnée du flageolet de Malik Audidier, de l'alto, de la harpe et de la flûte (tenue par la hautboïste!) avant son duo avec Rinaldo. Elle résiste à Argante dans l'air le plus célèbre de l'opéra : Laschia ch'io pianga donné avec une tragique simplicité qui désarme le roi des Sarrazins. Elle éclate de bonheur dans son air de l'acte III : Bel piacere. Emilie Rose Bry, soprano franco-américaine, tient le périlleux rôle d'Armida. Son entrée, à l'appel de son amant Argante (Vieni, o cara) est fracassante de fureur et de violence: Furie terribili. Par ses cris et ses sons à l'ambitus immense, elle promet d'enlever Rinaldo pour assurer la victoire des Sarrazins. Mais la vue du beau Rinaldo la transforme en amoureuse éperdue retrouvant vite toute sa hargne face au refus obstiné du Croisé : Ah, Crudel ! accompagné par le basson d'Antoine Pecqueur et le hautbois de Magdalena Karolak. Une voix d'une grande clarté, d'une grande puissance, d'une technique sans faille aux aigus incisifs. Et quelle scène de ménage avec Argante ! Son air de vengeance contre son amant volage Vo far guerra est spectaculaire. Il est introduit par une longue cadence de clavecin magistralement improvisée par Marie van Rhijn. Riccardo Novaro, déjà remarqué en Figaro des Noces à Saint-Etienne en 2014, est un Argante de très belle tenue : dès sa première apparition dans le premier acte Sibillar angui d'Aletto son autorité, sa prestance, sa longueur de souffle, la précision de ses vocalises, le grain de sa voix impressionnent. Il est violemment vicieux dans son essai de conquête d'Almirena. Il sait se faire tendre avec Armida dans Vieni, o cara. Le rôle de Goffredo est tenu par la mezzo Dara Savinova d'une voix chaude et joliment timbrée qui se révèle pleine d'inquiétude dans son air de l'acte II: Mio cor, che mi sai dir ? Eustazio est pour Evann Loget-Raymond , membre de l'Académie Musicale Philippe Jarrousky, une prise de rôle, remplaçant Eric Jurenas primitivement prévu dans ce rôle. Voix claire et fruitée dont la puissance doit encore s'affirmer. L'oeuvre s'achève sur un très beau sextuor glorifiant Dieu et l'amour redonné en bis à la demande d'un public conquis.
Magnifique soirée : espérons une mise en scène avec la même équipe.
Pierre Tricou
PS : si mes informations sont bonnes, cette version de concert a été donnée le lendemain 7 avril 2019 à Versailles. Un Odbien y était-il ?

Répondre

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Google [Bot] et 37 invités