d'après Bizet - Carmen reine du cirque - Cravero/Bernard - Rouen 02/2019

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pingpangpong
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d'après Bizet - Carmen reine du cirque - Cravero/Bernard - Rouen 02/2019

Message par pingpangpong » 03 mars 2019, 11:35

Carmen Reine du cirque
Opéra participatif, d’après Carmen de Georges Bizet

Direction musicale Alexandra Cravero
Mise en scène Andrea Bernard
Assistante mise en scène Tecla Gucci
Scénographie Andrea Bernard & Alberto Beltrame
Chorégraphie Marta Negrini
Costumes Elena Beccaro
Carmen, l’étoile du cirque Eléonore Pancrazi
Don José, le gardien du cirque Samy Camps
Escamillo, l’homme de fer Jean-Kristof Bouton
Micaela, l’assistante du lanceur de couteaux Hélène Carpentier
Mercedes, la trapéziste Marie Kalinine
Le Dancaïre, le lanceur de couteaux Mathieu Dubroca
Remendado, le fakir David Tricou
Zuniga, le propriétaire du cirque Bruno Bayeux Acrobates
Acrobates Marianna De Sanctis, Anne-Claire Gonnard, Alice Macchi, Marcel Zuluaga
Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie
Coproduction AsLiCo, Bregenz Festival, Opéra de Rouen Normandie, Théâtre des Champs Elysées


Le désormais traditionnel opéra participatif rouennais, le neuvième, est consacré au chef-d'œuvre de Georges Bizet.
Joué pas moins de douze fois, séances scolaires comprises, il s'adresse à un public élargi, ne fréquentant a-priori que rarement les temples de l'art lyrique, et notamment composé d'adolescents, de jeunes enfants, voire d'enfants de classe maternelle, accompagnés des parents ou grands-parents.
Chacun aura pu participer à la préparation chez soi en amont avec la bande playback disponible gratuitement, aux deux séances de deux heures d'apprentissage du dimanche, puis à la répétition des chants une heure avant le lever du rideau.
L'opéra participatif n'usurpe pas son nom.

Il est assez symptomatique de l'évolution de la représentation de l'opéra au XXIème siècle, que le spectateur découvre non pas une Espagne plus ou moins authentique, mais, en l'occurence, un chapiteau rouge et blanc, celui du “Circo Siviglia“, en italien donc ! Peut-être parce que le spectacle a déjà été présenté en Italie.
Pas de quoi perturber les jeunes spectateurs me direz-vous qui, sans doute, ne connaissent ni l'italien ni l'espagnol. L'essentiel n'est-il pas que ça fasse exotique ? Et puis “Carmen reine du cirque“ annonçait la couleur. Pas de mauvaise surprise donc. Le metteur en scène Andrea Bernard, lui-même italien, a d'ailleurs fait ce choix sciemment en tenant compte de l'aspect itinérant et indépendant du monde circassien.
Et tant pis si cela a de quoi faire perdre les repères que certains auront pris avant de venir, qui en prenant connaissance du synopsis original, qui en écoutant tout ou partie de l'œuvre, comme ferait tout mélomane un tant soi peu désireux de ne pas assister passivement au spectacle.
Car il paraît de plus en plus évident que potasser le livret n'est plus une condition préalable au spectacle d'opéra et devient franchement déconseillé si l'on ne veut pas aller de déconvenues en déconvenues. Une manière de préparer nos jeunes spectateurs à affronter les Tcherniakov, Marthaler et consorts ?

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crédit photos Marion Kerno

Les caractères des personnages sont en tout cas ici bien respectés, leurs liens également, liens amoureux bien sûr avec les couples qui se font et se défont, leurs liens avec la mort n'étant pas occultés non plus, trois personnages masqués, assez inquiétants pour de jeunes esprits, faisant leur apparition dès le trio des cartes.

Voici donc Carmen. Du cirque elle est la “reine“ par sa beauté, sa prestance, ses danses et l'opulence de ses tenues, un cirque dont le patron est Zuniga.
Escamillo en est l'homme d'acier, autrement dit monsieur muscles, et Micaëla la trapéziste.
José, embauché comme gardien, est l'élément étranger, perturbant cette grande famille qu'est le cirque, et dont les autres protagonistes sont aussi très présents, notamment par une direction d'acteurs qui ne les laisse jamais à l'écart et contribue au dynamisme scénique.

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crédit photos Marion Kerno

La “Garde montante“ permet d'introduire toute la troupe, le public accompagnant de la voix pour la première de ses sept interventions.
Comme dans l'œuvre de Bizet, Micaëla apporte à José une lettre de sa mère ; après une dispute avec Manuelita, Carmen est attachée et gardée par José qui la laisse s'enfuir après la habanera et la séguedille; lors de la représentation du soir, les numéros de Carmen et Escamillo, qui porte les attributs du matador, montera et coleta, permettent d'introduire leurs airs respectifs de l'acte II original, “Le cirque est plein du haut en bas“ ayant tout l'air d'avoir été écrit pour la circonstance d'autant que le théâtre est plein comme un œuf; le quintette “Quand il s'agit de tromperie“ est amené par le fait que le Dancaïre et le Remendado ont des caisses au contenu mystérieux à transporter dans les montagnes ; suivent logiquement les trio et air des cartes, l'air de la fleur et le chœur clamant la liberté est chanté drapeaux jaunes et rouges à la main, public debout dans un effet saisissant ; Escamillo a convié tout le monde à assister le lendemain à son nouveau numéro, intitulé fort judicieusement la Corrida, avec El Toro Mecanico; la dispute entre José et Carmen a lieu rideau fermé avant que la piste ne réaparaisse avec la boîte magique dans laquelle l'amoureux éconduit enferme la gitane ; ayant transpercé la boîte avec un sabre, José est emmené en prison tandis que les artistes revenus sur scène ouvrent la boîte qui est, habile conclusion, vide! La mort n'est pas totalement édulcorée, et c'est heureux, chacun pouvant imaginer ce qu'il veut.
Lors de saluts qui prennent l'aspect d'une parade finale, l'héroïne, bien vivante, revient saluer avec tous ses acolytes tandis qu'une explosion de papiers colorés venue du lustre de la salle vient ajouter à la liesse générale.

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crédit photos Marion Kerno

Le choix de transposition est donc fort pertinent et efficace, la réécriture et ses inévitables coupures et ajustements sont bluffants, les musiques des entr'actes III et IV apportant une respiration bienvenue en donnant lieu à des numéros de corde lisse et de danse.
Zuniga chauffe la salle avec efficacité, la dynamique chef d'orchestre Alexandra Cavero s'adressant malicieusement au public avant le début d'une représentation que l'on sent survoltée.
Sous la direction de Jeanne Dambreville, chef de chant charismatique, le public est investi à cent pour cent, et chante en mesure avec beaucoup d'énergie le chœur des contrebandiers ou de la foule attendant la Corrida, “en duo“ avec les personnages la Habanera, la chanson Bohème ou l'air du Toréador.

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crédit photos Marion Kerno

Malgré l'annonce d'un Samy Camps souffrant, José paraît jeune et ardent, l'élocution est impeccable, la voix suffisamment puissante pour passer l'orchestre, certes très réduit pour l'occasion, l'air de la fleur étant conclu sur une voix de tête de belle tenue.
Sa Carmen, en la personne d'Eléonore Pancrazi, lui oppose une voix qui, si elle manque de pulpe, est homogène de bout en bout.
Lui volant presque la vedette, Hélène Carpentier, à la voix colorée et bien timbrée, compose une Micaëla décidée, très touchante dans ses interventions.
Escamillo, Jean-Kristof Bouton, ne se fait pas prier quant à lui pour exhiber, outre sa musculature, les beaux graves de son baryton sonore.
Les comprimari complètent avec entrain ce cast de qualité.

Et c'est maintenant au Théâtre des Champs-Elysées, du 13 au 21 mai, que le chapiteau sera planté pour toucher un nouveau et, espérons-le, nombreux public.

Eric Gibert
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
Jules Renard

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