Récital S. Degout / A. Planès –Toulouse, Paris…– 02/2019

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Récital S. Degout / A. Planès –Toulouse, Paris…– 02/2019

Message par jeantoulouse » 21 févr. 2019, 20:16

Stéphane Degout, baryton
Alain Planès, Piano


Claude Debussy (1862-1918)
Trois poèmes de Paul Verlaine (1890)
(La Mer est plus belle ; Le Son du cor ; L’Échelonnement des haies.)
Fêtes Galantes II (1893-1904, Paul Verlaine)
(Les Ingénus ; Le Faune ; Colloque sentimental)
Trois poèmes de Stéphane Mallarmé (1913)
(Soupir, Placet futile, Éventail)

Gabriel Fauré (1845-1924)
Les Berceaux (op. 23, 1882, René François Sully-Prudhomme)
Au Bord de l’eau (op. 8, 1871, René François Sully-Prudhomme)
Clair de Lune (op. 46, 1887, Paul Verlaine)
Mandoline (extraits des Mélodies de Venise, op 58, 1891, Paul Verlaine)
Danseuse (extraits de Mirages, op. 113, 1919, René de Brimont)
Après un rêve (op. 7, 1878, Romain Bussine)

***
Claude Debussy
Chansons de France (1904, Charles d’Orléans)
Le Promenoir des deux amants (1910, Tristan L’Hermite)
(Auprès de cette grotte sombre ; Crois mon conseil, chère Climène ; Je tremble en voyant ton image)

Emmanuel Chabrier
(1841-1894)
L’Île heureuse (1890, Ephraïm Mikhaël)
Chanson pour Jeanne (1886, Catulle Mendès)

Henri Duparc (1848-1933)
La Vie antérieure (1884, Charles Baudelaire)
Sérénade (1869, Gabriel Marc)
Chanson triste (1869, Jean Lahor)
Élégie (1874, Thomas Moore)
Lamento (1883, Théophile Gautier)
Le Galop (1869, Théophile Gautier)


C’était il y a 10 ans dans ce même théâtre du Capitole, Emmanuelle Haïm dirigeait Hippolyte et Aricie de Rameau. Au milieu d’une très belle distribution, je découvrais (avec retard peut-être) Stéphane Degout en somptueux Thésée. Depuis, je suis fidèlement une carrière chaque année plus riche de rôles d’opéras, d’œuvres lyriques, de récitals, d’enregistrements, de récompenses multiples dont la dernière (Artiste lyrique des Victoires de la Musique) date de quelques jours. Et ce soir le Capitole est bien garni pour écouter le récital de mélodies françaises que le baryton propose, accompagné par son complice de longtemps Alain Planès. Et comme pour le bon vin, les ans ont magnifié cette voix dont la force de conviction le dispute à la sobriété, la sensibilité à la clarté, le charme viril à la distinction, la discipline à l’élégance.

Stéphane Degout ou l’harmonie d’un soir. Il est difficile de rendre compte d’un récital où tout est admirable, du choix exigeant et cohérent des mélodies, à la beauté du timbre, à la plénitude de la voix, - le phrasé, la ligne, l’articulation -, à la haute qualité lyrique d’interprétation du pianiste. Car Alain Planès est souverain dans ce rôle souvent ingrat et ici porté au sommet d’accompagnateur. Alors même que l’un et l’autre des musiciens communient dans la même complicité lyrique, on ne peut être que séduit par le récital qu’offre de fait Planès, ce pianiste au jeu épuré qu’on écouterait seul pendant des heures. D’emblée, dans le premier des Trois Poèmes de Verlaine mis en musique par Debussy, le piano déchaine sa houle grandiose, sa féconde vitalité, alors qu’exsangue, navré, il exsude la mélancolie dans le Son du Cor. Puis, vif, alerte, le revoici bondissant dans l’Echelonnement des haies, avec un esprit, une alacrité réjouissants. La dentelle au piano qui ouvre et ferme le Clair de lune fauréen, ces vaguelettes, ces irisations, et la douce mélancolie qui voit « sangloter d’extase les jets d’eau », c’est de l’art d’orfèvre. Et que dire de la cavalcade effrénée du Galop de Duparc final, conduit à bride abattue, avec une fougue juvénile stimulant chanteur et auditeurs. Mais en plein accord avec la personnalité du chanteur, pas d’esbroufe, de la musique, pure, nette, limpide.

Debussy constitue le cœur du récital dont il ouvre les deux parties. Ainsi Fauré, Duparc, Chabrier semblent en quelque sorte couler vers lui, qui serait l’héritier, le réceptacle, et l’inventeur nouveau de la mélodie française : tel pourrait être le sens de la conception de ces quelque cent minutes de musique et des trente mélodies interprétées (bis compris). C’est dire la richesse et la pertinence du propos. On ne peut encore une fois faire un sort à chacun de ces moments musicaux. Mais tenter de dire ce qui émerveille et émeut.
D’abord la qualité de l’articulation : pas une syllabe des poèmes n’échappe à l’oreille. Chaque vers est distillé, délivré avec un naturel et une clarté de prononciation que servent une compréhension intime de chaque mot, de chaque phrase, un souci constant (et invisible) de l’euphonie, une attention subtile à ce qu’on nomme en linguistique le signifiant (la musique des mots, le rapport entre les sonorités les allitérations, les jeux de rimes), la projection de la voix et ses variations. Il faudrait se pencher par exemple sur l’art de chanter les rimes en euse si nombreuses dans les mélodies élues. Quoi de plus difficile que de rendre élégante leur énonciation. Degout y excelle. Et les étudiants du Conservatoire devraient étudier comment il parvient à chanter dans le Colloque sentimental « Où nous joignions nos bouches », qui devient un modèle de distinction phonique et musicale.
Une autre qualité séduit, et que je nommerais, faute de mieux, la diversité ou l’absence d’uniformité. Trente mélodies, et chacune garde sa spécificité, alors même que le baryton ne se départit jamais de son attitude droite et digne, réservée, sans que le corps bouge beaucoup. Mais la voix, elle, en variant les couleurs, l’élan, en s’allégeant ou en se chargeant de puissance, en variant la dynamique du discours musical, sait doser son juste poids d’émotion, de confidence ou d’exaltation, et parfois d’humour. Humour discret, dans Placet futile ou Eventail (Mallarmé/Debussy), la Mandoline (Verlaine/ Fauré), les Ingénus (Verlaine/Debussy) et ces « bas de jambes, trop souvent/ Interceptés ». Emotion retenue dans la Chanson pour Jeanne (Mendès/Chabrier), la Sérénade (Marc/Duparc) où la grâce fade de l’amoureuse prière se conclut par un vers que Degout rend bouleversant, sans que le ton ne soit un tant soit peu haussé. Profonde mélancolie dans les deux Lamento que constituent l’Elégie de Thomas Moore (traduite par le compositeur) ou le poème de Gautier visités par Duparc. Elan victorieux dans L’Ile heureuse (Mikhaël/Chabrier) ou le Galop, (non pas de Gautier comme l’indique le programme, mais, me semble-t-il, de Sully Prudhomme) et le grande bouffée d’air pur et de liberté que lui confère Duparc.
Enfin, ce récital témoigne d’une qualité rare, souverainement à l’œuvre, et qui serait la distinction. Chez quel interprète, sinon chez Crespin, entend-on le Fauré d’Au bord de l’eau si beau, si pur, si clair ? Où trouver Verlaine si subtil et si naturel à la fois ? Et une Vie antérieure dont les premiers vers se colorent déjà du secret douloureux final et dont la sensualité et la grandeur se conjuguent avec autant de dignité et d’intelligence vocale ?
A la fin, debout derrière le pianiste, le baryton, plus relâché et d’autant plus libre, semble déchiffrer avec lui les deux bis offerts, l’Extase de Duparc et la Chanson romanesque de Ravel, qui se devait, dit le chanteur, d’être présent dans cette anthologie de la mélodie française. Et le spectateur heureux rejoint la nuit où résonne longtemps le dernier mot d’amour de Don Quichotte, chanté avec quelle plainte persuasive : Ô Dulcinée...

Un concert de très haute qualité, intime et chaleureux accueilli avec enthousiasme et que les deux musiciens après Herblay et Toulouse offriront à Anvers, Paris (Athénée) le 25 février, Londres et Rennes (le 5 mars).


Jean Jordy

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Re: Récital S. Degout / A. Planès –Toulouse, Paris…– 02/2019

Message par HELENE ADAM » 22 févr. 2019, 12:28

Il reste des places à l'Athénée Louis Jouvet pour lundi 25 février, c'est 26 euros

https://www.athenee-theatre.com/saison/ ... icaux2.htm
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Récital S. Degout / A. Planès –Toulouse, Paris…– 02/2019

Message par HELENE ADAM » 26 févr. 2019, 08:43

25 février à Paris
Trois bis en plus du programme ci dessus
- Extase de Henri Duparc (1874)
- Chanson romanesque de Maurice Ravel (recueil Don Quichotte à Dulcinée - 1932)
- Diane, Séléné de Gabriel Fauré (extrait de l'Horizon Chimérique).

Soirée en demi-teintes hier soir dans la pittoresque salle de l'Athénée Louis Jouvet avec de très grands moments et d'autres que j'ai trouvés moins aboutis.
Je ne reprends pas l'analyse détaillée et passionnante de Jean concernant le récital donné par le baryton français à Toulouse. Je me contenterai de souligner comme lui la grande délicatesse de style et d'interprétation de Stéphane Degout, davantage "Pelleas" que "Hamlet" hier soir, et son admirable diction qui cisèle chaque mot, chaque syllabe, rendant inutile tout support de texte (que d'ailleurs l'Athénée ne fournit pas :wink: ).
C'est dans Fauré, Chabrier et Duparc (et Ravel en bis) que j'ai trouvé qu'il atteignait l'excellence de cet art de la chanson française : interprétation magistrale, très émouvante et remplie de nuances (et de vrais crescendos magnifiques) des célèbres "Berceaux", douceur mélancolique des "bords de l'eau" ou du "clair de lune", humour décalé et subtil de la "chanson pour Jeanne" et surtout magnifique "Vie antérieure" et bouleversant "galop" où, à mon avis Degout atteint le sublime, déclenchant une sincère ovation du public "touché" en plein coeur. Excellents "bis" également.
Par contre je suis restée sur ma faim concernant son choix d'airs de Debussy. Impression un peu terne, sans vraie interprétation, peut-être trop intimiste pour une salle qui est quand même un petit théâtre à l'Italienne. Il est vrai qu'ayant été pour moi à plusieurs étapes de sa carrière, un Pelléas d'exception puis un Golaud passionnant, je l'attendais plus "investi" dans l'interprétation d'un compositeur qu'il connait très bien. Mais mes réserves ne sont pas décisives au sens où globalement la soirée était réussie.

Image

A noter : salle loin d'être pleine avec pas mal d'invitations et quelques personnalités artistiques.
Je n'ai pas été très convaincue par l'accompagnement de piano non plus que j'ai trouvé inégal.
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
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Re: Récital S. Degout / A. Planès –Toulouse, Paris…– 02/2019

Message par micaela » 26 févr. 2019, 19:09

Oui, j'ai trouvé les Debussy un peu monotones. Il y en avait d'ailleurs beaucoup par rapport aux autres compositeurs. Pour le reste, effectivement, raffinement et sensibilité. Très beaux bis.
La salle n'était pas hyper remplie, mais pas à moitié vide non plus. J'ai aperçu aussi des têtes connues (sans doute les mêmes pour deux d'entre eux, pas reconnu d'autres).
Les récitals ont du mal à remplir. Il y a peu un récital de Sophie Karthaüser aux Abbesses s'est joué devant une salle à moitié vide. Pourtant la salle est petite, les places à prix très doux, et il y a un public d'habitués , abonnés ou adhérents du Théâtre de la Ville. Je ne pense pas que ce soit l'horaire (samedi en fin d'après-midi) qui en soit la cause.
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Pensée shadok

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Re: Récital S. Degout / A. Planès –Toulouse, Paris…– 02/2019

Message par David-Opera » 26 févr. 2019, 19:26

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Stéphane Degout - Théâtre de l'Athénée, le 25 février 2019

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Re: Récital S. Degout / A. Planès –Toulouse, Paris…– 02/2019

Message par Renard » 06 mars 2019, 21:44

micaela a écrit :
26 févr. 2019, 19:09
Les récitals ont du mal à remplir…Je ne pense pas que ce soit l'horaire (samedi en fin d'après-midi) qui en soit la cause.
Il faut venir aux Midis du Capitole. Salle +/- comble à chaque fois (c.900 mélomanes fidèles). L'entrée est à €5.

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Re: Récital S. Degout / A. Planès –Toulouse, Paris…– 02/2019

Message par jeantoulouse » 07 mars 2019, 16:47

Oui. Mais comment expliquer que hier soir le récital de Stéphanie d'Oustrac dont la carrière et la réputation dépassent et de beaucoup celles des interprètes des Midis du Capitole, jeunes et par ailleurs excellents, n'a pas rempli de moitié le théâtre ? Le prix des places 15 euros n'explique pas cette désaffection.
L'horaire de 12h30 draine un public à la fois plus âgé et plus disponible (la pause déjeuner).
Je pense que les Midis du Capitole ont une longue tradition et sont connus.
Les récitals du soir peinent à s'installer dans le paysage musical toulousain, ont besoin de temps pour assoir leur réputation. Si j'avais un conseil à donner à Christophe Ghristi qui n'a nul besoin de moi pour gérer sa programmation , je persisterais, pariant sur le temps et l'excellence. J'attends avec impatience début avril (annonce de la prochaine saison) pour voir confirmer mon intuition que les récitals de prestige à 15 et 20 euros vont perdurer.

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Re: Récital S. Degout / A. Planès –Toulouse, Paris…– 02/2019

Message par micaela » 07 mars 2019, 16:55

C'est un problème général pour les récitals . Les concerts de midi peuvent attirer un public qui n'irait pas forcément à ce type de concert aux horaires habituels, que ce soit le soir ou l'après-midi.
Tézier à Garnier avait eu du mal à remplir (je dis ça, vu la facilité avec laquelle j'ai eu une place pas chère, et bien située, avec une bonne visibilité, en m'y prenant tard).
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Pensée shadok

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