Concert Britten/Barber/Schubert/Beethoven - Fleming/Van Zweden - Philharmonie de Paris - 02/2019

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Concert Britten/Barber/Schubert/Beethoven - Fleming/Van Zweden - Philharmonie de Paris - 02/2019

Message par HELENE ADAM » 11 févr. 2019, 16:47

L'orchestre de Paris sous la direction de Jaap van Zweden présente un programme éclectique mais intéressant, avec Renée Fleming .

13 et 14 février à la Philharmonie de Paris.

Samuel Barber
Knoxville, Summer of 1915 - 1947
Poème en prose de James Agee

Benjamin Britten
Sinfonia da requiem - 1940
Lacrymosa (Andante ben misurato)
Dies irae (Allegro con fuoco)
Requiem aeternam (Andante molto tranquillo)

Franz Schubert
Lieder orchestrés
Nuit et Rêves, La Truite, Marguerite au Rouet

Ludwig van Beethoven
Symphonie n° 5


Orchestre de Paris
Jaap van Zweden, direction
Renée Fleming, soprano

Le concert du 14 février sera retransmis par Radio Classique en direct puis disponible sur le site web de la radio pendant un mois.
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Concert Britten/Barber/Schubert/Beethoven - Fleming/Van Zweden - Philharmonie de Paris - 02/2019

Message par HELENE ADAM » 14 févr. 2019, 10:48

Renée Fleming fait partie de ces artistes qui, quoiqu'elle chante, vous rappelle immédiatement tous les rôles où vous l'avez aimée à l'opéra de la douce Desdémone du terrible Otello de Placido Domingo à la fière Maréchale de Rosenkavalier en passant par la Rusalka, Arabella, Tatianna, Thaïs et tant d'autres. C'est sans doute dû à la pureté d'un timbre souvent qualifié de "crémeux", à qui l'on a parfois reproché une trop grande sophistication, un "chic" parfois excessif pour certains rôles.
Mais on ne se refait pas : Renée Fleming a l'art de me toucher et cet art reste intact comme j'avais pu le vérifier l'an dernier dans les 4 derniers Lieder (avec Thielemann au TCE) et hier soir dans les deux oeuvres vocales radicalement différentes que sont le Barber d'une part, les Lieder de Schubert d'autre part.

Le "Knoxville : Summer of 1915" de Samuel Barber, que Renée Fleming a enregistré en CD l'an dernier (Decca), est une rhapsodie lyrique composée par Barber sur un poème en prose de James Agee. Le poème est une longue écriture continue racontant les souvenirs d'un enfant dans la petite ville de Knoxville dans le Tenessee : soir d'été, paradis perdu du temps rêvé et magnifié d'avant le chaos, bruits des tramways et douceur du soir en famille, chaleur étouffante du sud. Comme toujours dans la musique orchestrale de Barber, les instruments traduisent tout à la fois l'atmosphère (douceur puis fièvre) et le bruitage (grincement du tramway). L'ensemble de la partition est de toute beauté et magnifiquement rendue par un Orchestre de Paris en grande forme (déjà la semaine dernière avec Schumann), et admirablement dirigé par ce chef nerveux et efficace, qui ne tient pas en place mais insuffle un esprit formidable à tous ses musiciens. Et puis il y a la voix de Renée Fleming. Pure et magique. Qui commence toute douce et mélancolique "It has become that time of evening when people sit on their porches Rocking gently and talking gently And watching the street". L'accompagnement des cordes respecte le volume de sa voix et joue avec ce timbre fruité délicieux. Puis le son se fait plus heurté, le tramway grince "A streetcar raising its iron moan Stopping, belling, and starting, stertorous Rousing and raising again its iron increasing moan", la voix se fait plus rude sans perdre son crémeux inimitable. La rêverie se poursuit, on se balance sous le porche, on s'étend dans l'herbe sous des couvertures, murmures des parents dont l'enfant ne comprend pas la conversation. La voix de Renée Fleming est celle d'une toute petite fille. Délices. Avant le coucher "Sleep, soft smiling, draws me unto her" teinté d'angoisse.
Pour entendre correctement ce très beau morceau dans l'acoustique de la Philharmonie il faut évidemment être bien placé. J'étais au premier virage côté cour du premier balcon donc très près de la scène et sans aucun problème contrairement à ma malheureuse expérience de la Damnation de Faust. Précisons cependant que Van Zweden est un chef d'une grande subtilité qui sait ménager son illustre soprano, et déploiera encore davantage d'efforts en ce sens lors des Lieder de Schubert.

On passe ensuite au deuxième morceau, la symphonia da requiem de Benjamin Britten, qui a l'originalité de présenter en trois "parties", un mini-requiem uniquement orchestral, qui annonce son futur War requiem, et comporte déjà les thèmes les plus tragiques de cet hymne contre la guerre. Il avait pourtant été choisi à l'époque (il avait 26 ans) pour composer un hymne à la gloire d'une puissance impériale, en l'occurrence le Japon, mais déjà rebelle et pacifiste, face à la guerre qui commençait, il choisit à l'inverse d'honorer les morts victimes des guerres. Avec un Lacrymosa très lancinant et tragique, un Dies Irae plus vif au thème très obsessionnel et un requiem aeternam qui reprend le thème du lacrymosa et ménage de très belles parties aux flûtes, et se termine en apothéose.
Notons que Benjamin Britten avait écrit à propos de sa messe : "“J’en fais une œuvre aussi pacifiste que possible... Je ne crois pas
que l’on puisse tenir des théories politiques ou économiques en musique, mais avec un peu de technique et d’intuition, je crois que l’on peut suggérer certaines idées. Et je suis tellement imprégné de mes convictions pacifistes... ”


Retour de Renée Fleming pour trois Lieder de Schubert "orchestrés". Van Zweden l'entoure littéralement d'un tapis de douces notes qui évoque bien davantage un accompagnement de musique de chambre que l'imposant orchestre de Paris, qui prouve par là, sa capacité à parfaitement maitriser son volume et son style.
Emouvante dans le premier Lied "Nacht und Träume" (D.287), Renée Fleming est moins à son aise dans le style rapide et vif de "Die Vorelle" (D.555) qui évoque la Truite qui s'échappe, tout comme la vivacité du ruisseau, et impériale dans le dernier Lied "Gretchen am Spinnrade" que je tiens pour le plus beau des trois et qu'elle sait illustrer avec la force d'une voix qui sait se faire dramatique et intense.
Pas de bis malgré les rappels du public...

La deuxième partie du concert, la très (trop ?) célèbre cinquième de Beethoven, est finalement toujours un exercice difficile pour un chef et un orchestre tant elle a été entendue et tant ses thèmes sont devenus des tubes du classique.
L'art d'un bon chef est de donner l'impression d'une nouvelle lecture de ce chef d'oeuvre.
Jaap Van Zweden dirige sans partition, littéralement monté sur un ressort, connaissant si bien l'ouvre qu'il indique de la main gauche, droite, des mouvements de doigts à chaque instrumentiste sa "partie", avec une efficacité redoutable. Sans réinventer une oeuvre qui n'en a nul besoin, il donne une interprétation magnifiquement colorée et vivante, comme je les aime.
L'ovation finale lui rend hommage à juste titre.
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
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