Dvořák - Rusalka - Mälkki/Carsen - ONP - 01-02/0019

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Re: Dvořák - Rusalka - Mälkki/Carsen - ONP - 01-02/0019

Message par Lucas » 08 févr. 2019, 10:20

enrico75 a écrit :
08 févr. 2019, 07:45
Surpris par le remplissage trés satisfaisant de la salle pour un opéra pas trés connu quand mème.
Moi aussi. Probablement parce que "le bouche à oreille" est bon. J'étais comme toi, au fond du parterre et j'ai réussi à me déplacer au 5ème rang à l'entracte mais j'ai eu de la chance tant il n'y avait que deux places à l'horizon

Sinon, à ceux qui ont des réserves vis à vis de Nylund, je conseille vraiment d'écouter son enregistrement de 2009 : Sa voix y est plus juvénile (même si cela ne m'a pas gêné à la Bastille) et Beczala lui donne une réplique autrement convaincante que Vogt. Cette version n'égale sans doute pas les meilleures versions tchèques de Neumann (avec Beňačková/Ochman) et Chalabala (avec Šubrtová/Židek) mais vaut vraiment le détour (cf le fil discographie que j'ai ouvert à ce sujet)

Enfin, on ne répètera jamais assez combien cette œuvre est belle avec des thèmes mélodiques tous plus splendides les uns que les autres, un livret magnifique (assez proche de celui de "La femme sans ombre" en beaucoup plus fluide et moins intello) et une poésie de tous les instants. Pour les tchèques, cet opéra est l'équivalent de Carmen chez nous, de la Traviata chez les italiens ou d'Onéguine pour les russes. Impossible de s'en passer.

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Re: Dvořák - Rusalka - Mälkki/Carsen - ONP - 01-02/0019

Message par Il prezzo » 08 févr. 2019, 10:43

Surpris également par la foule, je n’ai pu descendre « que » de 4 rangs, me retrouvant au rang 27 du parterre, et y constatant une fois de plus qu’en dehors des 15 premiers rangs, ce parterre de Bastille est à fuir. Tout y est assourdi, orchestre comme voix, alors quand en plus certaines n’ont naturellement pas la projection requise, le résultat musical global est décevant. Je remonterai vite au (bas du) 2ème balcon pour les ultimes Troyens, on y voit et y entend idéalement.

Pourtant, quelle œuvre, et quelle production que cette Rusalka ! J’avais oublié la beauté musicale du 3ème acte (je n’ai pas -encore- d’enregistrement… et vais me précipiter sur la discographie de Lucas qui offre apparemment l’embarras du choix). A l’instar de tout l’auditoire, où les toux intempestives avaient soudainement cessé, je suis resté en apesanteur, hors du temps terrestre, jusqu’à la dernière mesure, pleurant finalement au sublime sacrifice amoureux, qui égale bien d’autres conclusions d’opéras plus célèbres.

La conception théâtrale est effectivement l’une des plus réussies de Carsen, mais, pour ce que j’ai vu, de Midsummer Night’s Dream aux Contes d’Hoffmann, en passant par Tannhäuser, Manon Lescaut, Capriccio, Elektra et Lohengrin (je n’ai pas vu sa Femme sans ombre !), qu’a-t-il vraiment raté ? Au plus, certaines de ses mises en scène vous laissent-elles un souvenir plus prégnant que d’autres (Capriccio, Tannhauser), ainsi cette Rusalka où l'inspiration esthétique, la sobriété (si rare) de l’indispensable "actualisation de la représentation théâtrale", servie par des techniques de plateau infiniment plus sophistiquées que jadis, aboutissent à 3 actes, différemment mais idéalement illustrés : l’étrangeté -verticale- et la poésie des profondeurs sous-marines d’abord, la dualité -horizontale- des existences terrestres ensuite (passe-t-on « à côté » de sa vie ?), pour finir par le vertige et la perte des repères de l’état amoureux. Simplement génial.

Je ne qualifierais pas la distribution de « meilleure » des trois cycles de reprises de cette production. La raison en étant pour moi d’abord le manque de « pureté » du timbre de Camilla Nylund, caractéristique indispensable du rôle, que ne compense pas un engagement indéniable, ni un 3ème acte quand même très touchant (merci Dvorak). Effet de salle ? Je n’avais pas eu cette mauvaise impression dans mes précédentes expériences de la chanteuse (sa récente Impératrice berlinoise, ou sa Marietta en 2016 à Radio-France -avec le même KFV).

Le 2ème point faible de la distribution est bien sûr Thomas Johannes Mayer, qui ne nous avait pas plus impressionné dans son Wotan bastillais. La ligne est belle, le souffle autorise les longues phrases, mais la projection tout à fait insuffisante. Lui aussi fut relativement « sauvé » par la partie magnifique et poignante que lui réserve Dvorak au 2ème acte.

On retrouve avec plaisir le timbre cuivré de Karita Mattila, à peine terni par les ans. Charisme et abatage sont bien là, dans un rôle trop court. J’y « revoyais » son éblouissante (et autrement plus longue) incarnation de Makropulos il y a quelques temps dans le chaudron du Royal Albert Hall.

Quant à Klaus Florian Vogt, je pense qu’on aime, ou qu’on n’aime pas ! Je me range tout de suite dans la 1ère catégorie, son timbre haut placé, naturellement puissant, traduit pour moi idéalement la fragilité de ses personnages (Lohengrin, Paul…). Je craque à chaque fois.

Sorcière adhoc de Michelle DeYoung, et très bons seconds rôles de Danylo Matviienko et Jeanne Ireland, ainsi que des trois « filles du Rhin »…

Direction subtile de Suzanna Mälkki, certainement pour beaucoup dans la réussite hypnotique de ce 3ème acte.

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Re: Dvořák - Rusalka - Mälkki/Carsen - ONP - 01-02/0019

Message par Lucas » 08 févr. 2019, 10:54

PlacidoCarrerotti a écrit :
07 févr. 2019, 23:32
Bel orchestre mais bien trop tapageur.
Ce n'est pas faux. Probablement parce que Susanna Mälkki met trop l'accent sur les cuivres quand l'orchestration de Dvorak (comme de toute la musique tchèque) sollicite davantage les bois. Mais pour bien mettre en avant ces derniers, il faut demander au reste de l'orchestre de jouer moins fort.

En fait, l'orchestration de Dvorak, c'est de la musique de chambre à grande échelle et ce n'est pas pour rien qu'il a aussi composé quatorze quatuors (les huit derniers sont sublimes)

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Re: Dvořák - Rusalka - Mälkki/Carsen - ONP - 01-02/0019

Message par Il prezzo » 08 févr. 2019, 11:06

DelBosco a écrit :
07 févr. 2019, 23:36
Il prezzo a écrit :
07 févr. 2019, 17:41
J'ai dans mes tablettes un Rusalka à Pleyel le 23 décembre 1993, dont je n'avais pas noté la distribution. Si quelqu'un de mieux organisé peut me rafraichir la mémoire...
Ce doit être un concert de Radio France avec Eva Jenis, Emil Ivanov, Michèle Lagrange et Kurt Rydl
Orchestre philharmonique de Radio France
dirigé par Marek Janowski.
J'essaie de remettre la main sur la distribution complète demain
Merci!
Aucun souvenir d'Eva Jenis ni d'Emil Ivanov... Michèle Lagrange était une chanteuse attachante. Quant à Kurt Rydl, j'évoquais récemment (/Arabella) comment il jalonne depuis (trop) longtemps notre propre parcours opératique :wink:

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Re: Dvořák - Rusalka - Mälkki/Carsen - ONP - 01-02/0019

Message par JdeB » 08 févr. 2019, 11:07

C'est Rydl avec un y
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
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Re: Dvořák - Rusalka - Mälkki/Carsen - ONP - 01-02/0019

Message par JdeB » 08 févr. 2019, 11:08

Lucas a écrit :
08 févr. 2019, 10:54
PlacidoCarrerotti a écrit :
07 févr. 2019, 23:32
Bel orchestre mais bien trop tapageur.
Ce n'est pas faux. Probablement parce que Susanna Mälkki met trop l'accent sur les cuivres quand l'orchestration de Dvorak (comme de toute la musique tchèque) sollicite davantage les bois. Mais pour bien mettre en avant ces derniers, il faut demander au reste de l'orchestre de jouer moins fort.

En fait, l'orchestration de Dvorak, c'est de la musique de chambre à grande échelle et ce n'est pas pour rien qu'il a aussi composé quatorze quatuors (les huit derniers sont sublimes)
je pense que Mäkkli met trop l'accent sur le tranchant et pas assez sur la fluidité des grandes vagues de cette partition en effet formidable
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Re: Dvořák - Rusalka - Mälkki/Carsen - ONP - 01-02/0019

Message par Il prezzo » 08 févr. 2019, 11:13

JdeB a écrit :
08 févr. 2019, 11:08
Lucas a écrit :
08 févr. 2019, 10:54
PlacidoCarrerotti a écrit :
07 févr. 2019, 23:32
Bel orchestre mais bien trop tapageur.
Ce n'est pas faux. Probablement parce que Susanna Mälkki met trop l'accent sur les cuivres quand l'orchestration de Dvorak (comme de toute la musique tchèque) sollicite davantage les bois. Mais pour bien mettre en avant ces derniers, il faut demander au reste de l'orchestre de jouer moins fort.

En fait, l'orchestration de Dvorak, c'est de la musique de chambre à grande échelle et ce n'est pas pour rien qu'il a aussi composé quatorze quatuors (les huit derniers sont sublimes)
je pense que Mäkkli met trop l'accent sur le tranchant et pas assez sur la fluidité des grandes vagues de cette partition en effet formidable
C'est Mälkki...!

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Re: Dvořák - Rusalka - Mälkki/Carsen - ONP - 01-02/0019

Message par JdeB » 09 févr. 2019, 09:33

Tu vois la différence entre nous, à mes yeux majeure, c'est que lorsque je corrige une coquille sur un nom propre, je me garde bien de le faire avec un point d'exclamation.
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Re: Dvořák - Rusalka - Mälkki/Carsen - ONP - 01-02/0019

Message par HELENE ADAM » 09 févr. 2019, 10:23

Il prezzo a écrit :
08 févr. 2019, 10:43
Surpris également par la foule, je n’ai pu descendre « que » de 4 rangs, me retrouvant au rang 27 du parterre, et y constatant une fois de plus qu’en dehors des 15 premiers rangs, ce parterre de Bastille est à fuir. Tout y est assourdi, orchestre comme voix, alors quand en plus certaines n’ont naturellement pas la projection requise, le résultat musical global est décevant. Je remonterai vite au (bas du) 2ème balcon pour les ultimes Troyens, on y voit et y entend idéalement.
La deuxième des Troyens était très remplie également et je suis restée sur mon strapontin du 25ème rang alors que j'ai toujours pu me replacer pour Simon Boccanegra, le Traviata et surtout Tristan en début de saison. Sur l'acoustique, il semble établi au travers de nos échanges ces derniers temps, que l'acoustique la meilleure est celle du bas du deuxième balcon (et des dix premières rangs du parterre). Pour une salle de 2700 places, c'est une performance :mrgreen:
Il prezzo a écrit :
08 févr. 2019, 10:43
Pourtant, quelle œuvre, et quelle production que cette Rusalka ! J’avais oublié la beauté musicale du 3ème acte (je n’ai pas -encore- d’enregistrement… et vais me précipiter sur la discographie de Lucas qui offre apparemment l’embarras du choix). A l’instar de tout l’auditoire, où les toux intempestives avaient soudainement cessé, je suis resté en apesanteur, hors du temps terrestre, jusqu’à la dernière mesure, pleurant finalement au sublime sacrifice amoureux, qui égale bien d’autres conclusions d’opéras plus célèbres.
+1, quelle oeuvre ! (allez j'en mets deux !)
Merci à Lucas en effet, j'avoue avoir beaucoup vu cette oeuvre en live (deux fois cette production de Carsen en particulier) ou en retransmission (deux fois celle du MET, Vienne, Munich) mais ne m'être pas trop penchée sur la disco jusqu'à présent.
J'ai tendance à préférer les interprètes de langue slave, du fait des complexités de la prosodie tchèque, souvent un peu malmenée par les autres interprètes. Lucas parle de musique de chambre à grande échelle (je partage :wink: ), le livret est un long poème. l'interprétation doit traduire ce rêve éveillé, comme la mise en scène de Carsen a su le faire magnifiquement.
Il prezzo a écrit :
08 févr. 2019, 10:43
La conception théâtrale est effectivement l’une des plus réussies de Carsen, mais, pour ce que j’ai vu, de Midsummer Night’s Dream aux Contes d’Hoffmann, en passant par Tannhäuser, Manon Lescaut, Capriccio, Elektra et Lohengrin (je n’ai pas vu sa Femme sans ombre !), qu’a-t-il vraiment raté ? Au plus, certaines de ses mises en scène vous laissent-elles un souvenir plus prégnant que d’autres (Capriccio, Tannhauser), ainsi cette Rusalka où l'inspiration esthétique, la sobriété (si rare) de l’indispensable "actualisation de la représentation théâtrale", servie par des techniques de plateau infiniment plus sophistiquées que jadis, aboutissent à 3 actes, différemment mais idéalement illustrés : l’étrangeté -verticale- et la poésie des profondeurs sous-marines d’abord, la dualité -horizontale- des existences terrestres ensuite (passe-t-on « à côté » de sa vie ?), pour finir par le vertige et la perte des repères de l’état amoureux. Simplement génial.
Je réponds juste à ta question : la Flûte enchantée à mon avis...
Pour le reste +1
Il prezzo a écrit :
08 févr. 2019, 10:43
Je ne qualifierais pas la distribution de « meilleure » des trois cycles de reprises de cette production.
C'est la distribution qui m'a fait passer mon tour : trop de non-slaves, je n'aime que moyennement ce que fait Camilla Nylund depuis quelques temps (un timbre devenu un peu criard, des phrases heurtées) et ses caractéristiques m'ont paru peu adéquates au rôle principal, Mayer était très insuffisant (voix très abîmée) dans Arabella cet été à Munich (ce n'est pas très ancien...), je n'aime ni le style ni la voix de Vogt même s'il a en effet toujours passé sans problème l'orchestre à Bastille, ce n'est vraiment pas suffisant pour faire apprécier un timbre très blanc et un chant très monolithique sans legato, je crois que c'est Placido qui le soulignait), restaient Karita Mattila et Michèle de Young mais ce ne sont pas les rôles principaux....
Ravie de lire vos impressions à toutes et tous !
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

Mon blog :
https://passionoperaheleneadam.blogspot.fr

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Re: Dvořák - Rusalka - Mälkki/Carsen - ONP - 01-02/0019

Message par muriel » 09 févr. 2019, 13:31

Spectacle superbe, réjouissant, apaisant
Et les 3 nymphes sont magnifiques

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