Donizetti – Lucrezia Borgia – Sagripanti/ Sagi – Capitole Toulouse – 02/2019

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Donizetti – Lucrezia Borgia – Sagripanti/ Sagi – Capitole Toulouse – 02/2019

Message par jeantoulouse » 23 janv. 2019, 10:52

Giacomo Sagripanti Direction musicale
Emilio Sagi Mise en scène
Llorenç Corbella Décors
Pepa Ojanguren Costumes
Eduardo Bravo Lumières

Annick Massis Lucrezia Borgia
Eléonore Pancrazi Maffio Orsini
Mert Süngü Gennaro
Andreas Bauer Kanabas Alfonso d'Este, duc de Ferrare
Thomas Bettinger Rustighello
Galeano Salas Jeppo Liverotto
François Pardailhé Oloferno Vitellozzo
Jérémie Brocard Don Apostolo Gazella
Rupert Grœssinger Ascanio Petrucci
Julien Véronèse Gubetta
Alexandre Durand* L’Échanson / L'Huissier
Jean-Luc Antoine* Une Voix
Laurent Labarbe* Astolfo

* Artistes du Choeur

Orchestre national du Capitole
Chœur du Capitole Direction Alfonso Caïani

Générale enthousiaste devant un public de scolaires qui remplissait le tiers d’une salle comble. Mise en scène sobre, élégante, fluide. Interprétation sans défaut dominée par une Annick Massis souveraine, technicienne hors pair et manifestant un tempérament dramatique impressionnnant. Un très beau spectacle.

Compte rendu complet lundi 28 janvier.

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Re: Donizetti – Lucrezia Borgia – Sagripanti/ Sagi – Capitole Toulouse – 02/2019

Message par jeantoulouse » 24 janv. 2019, 14:25

Premières photos de la représentation

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Crédit Patrice nin.

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Crédit Patrice Nin

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Re: Donizetti – Lucrezia Borgia – Sagripanti/ Sagi – Capitole Toulouse – 02/2019

Message par jeantoulouse » 28 janv. 2019, 10:13

L’image (et déjà le souvenir) s’imposeront. Lucrezia Borgia vient de se terminer et le public exulte. Alors, seule devant le rideau, en robe rouge, émue, rayonnante, reconnaissante, Annick Massis recueille les applaudissements et les ovations que la dernière scène de l’opéra et sa prestation d’ensemble ont suscités. Et nous sommes tous heureux pour elle.

Lucrezia Borgia fait son entrée en majesté au répertoire du Capitole. Et pour fêter l’événement, l’opéra de Donizetti se pare des atours simples de la production inaugurée en 2017 au Palais des Arts Reina Sofia de Valence. Emilio Sagi que l’on connait bien en France signe une mise en scène sobre et dépouillée, trouvant des solutions efficaces pour résoudre le problème des changements de lieux propres au drame romantique. Et son mérite est grand de rendre lisible cet éclatement spatial. Le décor unique composé de claustras tendus de filets gris argenté et maniés à vue évolue en fonction des lumières. Bleues ou dorées selon les lieux et les heures de l’action, elles éclairent les jeux d’ombres et de pouvoir, les péripéties faussement joyeuses ou dramatiquement sombres, les jeux innocents et les complots. Le plafond qui à la fin de l’œuvre s’abaissera pour écraser les protagonistes réfléchit en reflets déformés les lumières signées Eduardo Bravo aux effets subtils connotant le luxe, l’éclat de la puissance, le miroitement des mensonges et des trahisons. Les costumes noirs des protagonistes (hommes et femmes) mettent en valeur les robes sombre scintillant ou pourpre de l’héroïne. Quelques accessoires modernes (bureau contemporain, fauteuil cuir et inox à roulettes) osent une discrète quoique dispensable actualisation, sans déparer l’essentiel d’une mise en scène qui laisse toute leur place au jeu dramatique puissant et à l’expansion de la musique et du beau chant.
Mais c’est surtout la direction d’acteurs qui focalise l’attention. Le travail sur les mains (tendresse, répulsion, empathie), sur les bras (tension, torsion, torture), les corps (caressés, enlacés, corps à corps) rend pleinement justice à la violence hugolienne et aux situations dramatiques qu’il construit. Les chanteurs et singulièrement Annick Massis s’y livrent avec une saisissante énergie. A quelques baisses de tension près, dont le livret est en grande partie responsable, le spectacle théâtral s’avère de grande intensité, servi par des interprètes (solistes, chœurs, orchestre et chef) engagés pleinement dans le drame musical.

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Crédit Patrice Nin

La prise de rôle d’Annick Massis constitue un des grands intérêts de cette série de cinq représentations. Sa voix a évolué, s’est corsée, au point désormais d’aborder le rôle des grandes « reines » de Donizetti. On le pressentait. La cantatrice française se révèle à la hauteur de l’enjeu. Elle affronte avec autorité, assume avec classe et assure sans faille la tessiture de Lucrezia, les difficultés techniques de la partition, le dramatisme des situations et singulièrement du grand affrontement de l’acte I ou la virtuosité du grand air final avec sa cabalette. Elle réussit l’exploit d’être aussi expressive et touchante dans la tendresse contemplative du Com'è bello! Quale incanto, la colère, les menaces et le déchirement de la scène centrale du I, la quasi folie et le pressentiment de sa mort, en tous points tragiques. Les vocalises deviennent expression de l’amour maternel, les aigus et les sauts d’octaves celle de la douleur ultime (Era desso il figlio mio). Le bel canto ainsi maitrisé apparait pour ce qu’il est, la musique de l’âme. Ajoutons que la blondeur de l’interprète, son port et sa démarche, son élégance à la fois altière et naturelle, la brillance d’une voix d’une remarquable stabilité, l’intensité de son jeu scénique la qualifient totalement pour incarner une héroïne aussi chargée de symboles que Lucrèce Borgia. Le triomphe qu’elle remporte sur une scène où le public ne l’avait pas applaudie depuis top longtemps (Mignon, 2001, avec Jonas Kaufmann et Susan Graham !) est totalement mérité et elle accueille ce succès avec une émotion non feinte que partagent les spectateurs.
Ses partenaires masculins ne déparent pas. Prestance, voix male, puissante et noire, la basse allemande Andreas Bauer Kanabas que l’on découvre campe un Duc plein de morgue et de rage. La voix ne manque ni de mordant ni de hargne et son appel à la vengeance Vieni la mia vendetta impressionne et inquiète. Dans la grande scène de confrontation avec Lucrezia qui constitue le sommet théâtral de la représentation, il fait face à l’engagement d’Annick Massis avec l’autorité et le jeu scénique d’un acteur expérimenté.

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Crédit Patrice Nin

Le fils aimé a les traits et la voix de Mert Süngü. Le rôle de Gennaro n’est pas facile. Peu d’air gratifiant si on excepte celui qui ouvre l’acte II chanté un peu trop en force. Le récit du prologue Di pescatore ignobile et le duo avec l’héroïne permettent davantage à la ligne de chant bel cantiste de se déployer. On pourrait souhaiter ici ou là moins de puissance, plus de raffinement, plus de legato, mais cette rudesse rend crédible le côté ténébreux du personnage, son côté desdichado. Le duo avec Orsini, seul duo d’amour de la partition, est d’une grande délicatesse, fin, sensible, au diapason du choix musical de sa partenaire. On salue la prise de rôle d’Eléonore Pancrazi en Maffio Orsini. La jeune française est une « nature », à l’aise sur scène dans ce rôle travesti où elle ne manque pas une occasion (récit initial, Brindisi) d’imposer son rôle de sympathique jeune homme hâbleur, jouisseur, bagarreur. A la puissance dont elle est capable, elle préfère, au risque d’être couverte par l’orchestre ou ses partenaires dans les ensembles, la conduite du chant et l’art des nuances que colore un timbre rond et fruité. Elle remporte un vif succès tant le personnage incarné s’avère « moderne » et crédible. Tous les autres interprètes, et singulièrement Julien Véronèse et Thomas Bettinger, servent au mieux une réalisation animée et de bon goût. L’Orchestre et les Chœurs, essentiellement masculins, préparés par Alfonso Caïani, sous la direction souple du jeune chef italien Giacomo Sagripanti, jamais avare de nuances et de lyrisme bien tenu, manifestent leurs qualités coutumières de cohésion, d’engagement et d’énergie dynamique. Plus de retenue eût permis parfois un meilleur équilibre entre la fosse et la scène, mais ce réglage est affaire de goût. Les ovations unanimes qui saluent la fin de la représentation (salle comble) manifestent une fois encore l’appétence des toulousains pour le bel canto.

Une belle entrée de Lucrezia Borgia au Capitole, une mise en scène dramatiquement concentrée et esthétiquement réussie, la confirmation du grand talent d’Annick Massis, une interprétation musicale et vocale de haut niveau, voilà qui ouvre brillamment l’année 2019.

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Re: Donizetti – Lucrezia Borgia – Sagripanti/ Sagi – Capitole Toulouse – 02/2019

Message par fomalhaut » 28 janv. 2019, 17:26

Radio et/ou video diffusion(s) prévue(s) ?

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Re: Donizetti – Lucrezia Borgia – Sagripanti/ Sagi – Capitole Toulouse – 02/2019

Message par jeantoulouse » 28 janv. 2019, 17:55

Radio et/ou video diffusion(s) prévue(s) ?
Rien dans le programme ou sur le site du théâtre ne l'indique. On peut par ailleurs voir la même mise en scène sur la Toile, avec Mariella Devia dans le rôle titre. Et orchestre et interprètes sont tous différents !...

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Re: Donizetti – Lucrezia Borgia – Sagripanti/ Sagi – Capitole Toulouse – 02/2019

Message par fomalhaut » 28 janv. 2019, 18:46

jeantoulouse a écrit :
28 janv. 2019, 17:55
Radio et/ou video diffusion(s) prévue(s) ?
Rien dans le programme ou sur le site du théâtre ne l'indique. On peut par ailleurs voir la même mise en scène sur la Toile, avec Mariella Devia dans le rôle titre. Et orchestre et interprètes sont tous différents !...
Dommage !

Je garde un excellent souvenir de "La Favorite" d'il y a quelques années, video diffusée et ultérieurement "DVDifiée". Je souhaitais vivement que cette "Lucrezia Borgia" suive le même chemin et bénéficie du même traitement.
La production originale, à Valence, a effectivement été diffusée par Arte et Opera Plateform (maintenant Opera Vision). Elle valait essentiellement par la présence de Mariella Devia mais l'interprétation générale manquait de souffle.

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Re: Donizetti – Lucrezia Borgia – Sagripanti/ Sagi – Capitole Toulouse – 02/2019

Message par dessoles » 30 janv. 2019, 12:51

jeantoulouse a écrit :
28 janv. 2019, 10:13
...

Le fils aimé a les traits et la voix de Mert Süngü. Le rôle de Gennaro n’est pas facile. Peu d’air gratifiant si on excepte celui qui ouvre l’acte II chanté un peu trop en force. Le récit du prologue Di pescatore ignobile et le duo avec l’héroïne permettent davantage à la ligne de chant bel cantiste de se déployer. On pourrait souhaiter ici ou là moins de puissance, plus de raffinement, plus de legato, mais cette rudesse rend crédible le côté ténébreux du personnage, son côté desdichado. Le duo avec Orsini, seul duo d’amour de la partition, est d’une grande délicatesse, fin, sensible, au diapason du choix musical de sa partenaire. On salue la prise de rôle d’Eléonore Pancrazi en Maffio Orsini. La jeune française est une « nature », à l’aise sur scène dans ce rôle travesti où elle ne manque pas une occasion (récit initial, Brindisi) d’imposer son rôle de sympathique jeune homme hâbleur, jouisseur, bagarreur. A la puissance dont elle est capable, elle préfère, au risque d’être couverte par l’orchestre ou ses partenaires dans les ensembles, la conduite du chant et l’art des nuances que colore un timbre rond et fruité. Elle remporte un vif succès tant le personnage incarné s’avère « moderne » et crédible. Tous les autres interprètes, et singulièrement Julien Véronèse et Thomas Bettinger, servent au mieux une réalisation animée et de bon goût. L’Orchestre et les Chœurs, essentiellement masculins, préparés par Alfonso Caïani, sous la direction souple du jeune chef italien Giacomo Sagripanti, jamais avare de nuances et de lyrisme bien tenu, manifestent leurs qualités coutumières de cohésion, d’engagement et d’énergie dynamique. Plus de retenue eût permis parfois un meilleur équilibre entre la fosse et la scène, mais ce réglage est affaire de goût. Les ovations unanimes qui saluent la fin de la représentation (salle comble) manifestent une fois encore l’appétence des toulousains pour le bel canto.
Ayant connu l immense martine dupuy aux cotes de kraus et sutherland a Barcelone,je ne peux qu'emettre de (tres) grandes reserves pour eleonore Pancrazi;sur la plan theatral,aucun probleme,presence, facilite de jeu mais sa beaute de timbre ne peut rattraper le desequilibre complet que son manque de projection fait subir aux ensembles... on la voit...elle bouge...mais des que le choeur ou un partenaire chante...ou que l'orchestre monte en puissance....terminé..on ne l'entend plus du tout..vu l importance du role,c'est redhibitoire....et les deux representations ou je suis alle ,aucun changement,et la seule fois ou elle a voulu donner de la puissance, la note etait desagreable et detimbree...je ne suis pas convaincu de son adequation a ce repertoire car,en effet,le timbre est beau!

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Re: Donizetti – Lucrezia Borgia – Sagripanti/ Sagi – Capitole Toulouse – 02/2019

Message par fomalhaut » 30 janv. 2019, 17:45

Voila une appréciation qui fait regretter l'absence de diffusion audio et/ou video !

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Re: Donizetti – Lucrezia Borgia – Sagripanti/ Sagi – Capitole Toulouse – 02/2019

Message par kirby » 02 févr. 2019, 11:13

Très impressionné par la performance d’hier soir d’annick Massis.
La voix est belle et bien projetée sur toute la tessiture et tout le rôle est maîtrisé.
La scène d’affrontement avec le baryton est impressionnante. Le chant devient véhément sans jamais perdre sa classe.
L’air final est un grand moment avec un première partie pathétique et une explosion de désespoir dans la 2e...chapeau...
On pense toute la soirée à Marielle Devia en l’ecoutant..

Petite anecdote, c’etait son anniversaire.
L’orchestre a joué le petit air et elle a eu droit à une double ovation.
C’était très touchant.

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Re: Donizetti – Lucrezia Borgia – Sagripanti/ Sagi – Capitole Toulouse – 02/2019

Message par kirby » 02 févr. 2019, 11:18

Rectification: d’après Wikipedia c’était jeudi soir son anniversaire donc c’était une deuxième joyeux anniversaire de l’orchestre

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