Haendel - Rodelinda - Haïm/Bellorini - Caen - 11/2018

Représentations
Répondre
Avatar du membre
pingpangpong
Ténor
Ténor
Messages : 872
Enregistré le : 09 déc. 2007, 00:00
Contact :

Haendel - Rodelinda - Haïm/Bellorini - Caen - 11/2018

Message par pingpangpong » 13 nov. 2018, 19:04


Rodelinda, dramma per musica en trois actes livret de N.F Haym musique de G.F Haendel
créé le 13 janvier 1725 à Londres, King's Theatre

Jean Bellorini mise en scène, lumières
Mathieu Coblentz collaboration à la mise en scène
Jean Bellorini, Véronique Chazal décors
Macha Makeïeff costumes
Luc Muscillo assistant lumières
Benoît Hartoin, Élisabeth Geiger assistants à la direction musicale, chefs de chant

Distribution
Rodelinda Jeanine De Bique
Bertarido Tim Mead 
Grimoaldo Benjamin Hulett
Eduige Lidia Vinyes Curtis
Unulfo Jakub Józef Orliński
Garibaldo Andrea Mastroni
Flavio (rôle muet) Aminata Diouaré
 
Le Concert d'Astrée orchestre
Emmanuelle Haïm direction musicale


Bâti sur un livret de Nicola Francisco Haym, inspiré d'un livret d'Antonio Salvi qui lui-même avait puisé son inspiration chez Corneille pour sa pièce Pertharite, roi des lombards, trouvant elle-même son origine dans la chronique médiévale de Paul Diacre sur l'histoire de la Lombardie, cet opéra fut joué pour la première fois le 13 janvier 1725 au King's Theatre. Haendel y présente une action resserrée et des personnages psychologiquement aboutis, la musique bénéficiant de ces deux qualités essentielles.
Malgré tout, on ne peut pas dire que Rodelinda encombre les scènes lyriques.
C'est donc avec une curiosité certaine que les spectateurs de Caen, après ceux de Lille en octobre, et avant ceux de Santiago du Chili l'été prochain, sont venus nombreux assister au affres de cette famille de sang royal, composée de Bertarido, supposé mort, de son épouse Rodelinda et de leur fils Flavio, après usurpation du trône par Grimoaldo aidé de son vil conseiller Garibaldo.
Harcelée par ses tyrans, Rodelinda, sorte d'Andromaque selon le metteur en scène, fait aussi songer à Pénélope espérant le retour d'Ulysse.
crédit photo Simon Gosselin.jpg
crédit photo Simon Gosselin.jpg (139 Kio) Vu 636 fois
Le message est clair, qui est inscrit dès l'ouverture sur le rideau de scène : “Mon papa est parti. Je veux rester seul en silence. Laissez-moi rêver.“ Mettant ainsi Flavio au cœur du drame, Jean Bellorini construit sa mise en scène, avec plus ou moins de bonheur, comme un espace mental infantile troublé.
D'où, hormis la présence sur scène de cet enfant, ces enfilades de pièces en réduction, percées de portes encadrées d'appliques lumineuses ; d'où ces éclairages vacillants à la bougie ou cette grille immense ou encore ce petit train qui passe régulièrement à l'avant-scène. D'où également ces poupées de chiffons qui participent à l'action comme des marionnettes manipulées par les protagonistes lesquels peuvent, grâce à des masques, prendre eux-mêmes l'aspect de poupées grandeur nature. Complété de néons ou de fonds colorés, de deux tapis roulants permettant de multiples combinaisons, la direction des acteurs aurait pu éviter de trop fréquents placement à l'avant-scène.
Les costumes signés Macha Makeïeff, élégants et harmonieusement complémentaires, apportent une touche de couleurs bienvenue.
Les “méchants“ n'en font pas trop, Garibaldo affecté de tics nerveux, Grimoaldo vulgaire juste ce qu'il faut. Le couple royal transmets ses émotions avec justesse et sobriété, tandis que leurs complices, Unulfo et Eduige, incarnent optimisme et fraîcheur.
crédit photo - Simon Gosselin.jpg
crédit photo - Simon Gosselin.jpg (130.47 Kio) Vu 636 fois
Concernant la partition, il est à regretter de nombreuses coupures ; outre dans les récitatifs, celle faisant passer à la trappe la première scène de l'acte II, ou, plus dommageable musicalement, deux airs dévolus à Bertarido dans les scènes 5 des actes II et III, dont le très périlleux “Se fiera belva ha cinto“, exposant l'amplitude vocale du chanteur.
C'est d'autant plus regrettable que Tim Mead, dramatiquement touchant par son humilité, fait montre, tout au long de la représentation, de qualités musicales empreintes de belles couleurs, nuançant un chant ferme nourri d'un timbre fort séduisant. Son dernier air, “Vivi tiranno“, ajouté par le compositeur à l'intention de Senesino, le montre à son meilleur.
Son complice Jakub Józef Orliński, Unulfo fantasque plein de sa jeune assurance, possède la souplesse vocale dont témoigne “Sono i colpi“, air qui sera changé de ré majeur en mi mineur par Haendel pour la reprise de l'œuvre.
Les très sombres couleurs vocales de la basse Andrea Mastroni font de Garibaldo un personnage retors fort convainquant face à un Grimoaldo, Benjamin Hulett, un peu sur la réserve vocalement.
L. Vinyes Curtis, en remplaçante de Avery Amereau souffrante, campe de sa voix corsée une Eduige tiraillée entre son frère Bertarido et son fiancé Grimoaldo.
crédit photo- Simon Gosselin-.jpg
crédit photo- Simon Gosselin-.jpg (89.61 Kio) Vu 636 fois
Le port altier, Jeanine de Bique, d'une grande présence, est une reine fière et déterminée, au chant noblement conduit, au timbre mordoré, laissant l'auditeur totalement sous le charme de cette voix puissante aux aigus irisés.
Emmanuelle Haïm est tout aussi déterminée, un peu trop rectiligne même, conduisant le drame sans tapage ni esbroufe, elle qu'on a connu à l'inverse plus extravertie, les contrastes, notamment dynamiques, pouvant être davantage creusés.
Au final, une production élégante portée par un plateau de grande classe.

E.Gibert
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
Jules Renard

Avatar du membre
philopera
Ténor
Ténor
Messages : 985
Enregistré le : 12 mars 2005, 00:00
Localisation : Paris
Contact :

Re: Haendel- Rodelinda- Haïm / Bellorini- Caen- 11/2018

Message par philopera » 16 nov. 2018, 21:46

Je decouvreJeanne De Bique lors de la retransmission TV actuellement. Quel chant magnifique : timbre opulent,aigu facile et somptueux,sensibilité...j adore
Gérard Mortier a raison d'offrir Elektra sans entracte ( Eric Dahan Libération 25/6/2005)

Avatar du membre
pingpangpong
Ténor
Ténor
Messages : 872
Enregistré le : 09 déc. 2007, 00:00
Contact :

Re: Haendel- Rodelinda- Haïm / Bellorini- Caen- 11/2018

Message par pingpangpong » 16 nov. 2018, 22:07

Oui, je pense qu'on va entendre parler d'elle si elle sait choisir ses rôles.
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
Jules Renard

Avatar du membre
philopera
Ténor
Ténor
Messages : 985
Enregistré le : 12 mars 2005, 00:00
Localisation : Paris
Contact :

Re: Haendel- Rodelinda- Haïm / Bellorini- Caen- 11/2018

Message par philopera » 16 nov. 2018, 22:16

Je la vois très bien dans Mozart : donna Anna, Fiordiligi...
Gérard Mortier a raison d'offrir Elektra sans entracte ( Eric Dahan Libération 25/6/2005)

Avatar du membre
HELENE ADAM
Hall of Fame
Hall of Fame
Messages : 10920
Enregistré le : 26 sept. 2014, 18:27
Localisation : Paris
Contact :

Re: Haendel- Rodelinda- Haïm / Bellorini- Caen- 11/2018

Message par HELENE ADAM » 17 nov. 2018, 00:28

philopera a écrit :
16 nov. 2018, 21:46
Je decouvreJeanne De Bique lors de la retransmission TV actuellement. Quel chant magnifique : timbre opulent,aigu facile et somptueux,sensibilité...j adore
On en avait parlé (en bien) dans les compte-rendus de la Clémence de Tito, reprise à Garnier l'an dernier. Elle était Annio.
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

Mon blog :
https://passionoperaheleneadam.blogspot.fr

Avatar du membre
Piero1809
Ténor
Ténor
Messages : 785
Enregistré le : 14 avr. 2009, 23:00
Localisation : Strasbourg
Contact :

Re: Haendel- Rodelinda- Haïm / Bellorini- Caen- 11/2018

Message par Piero1809 » 17 nov. 2018, 08:29

philopera a écrit :
16 nov. 2018, 22:16
Je la vois très bien dans Mozart : donna Anna, Fiordiligi...
Elle sera donna Anna dans le Don Giovanni qui sera donné à l'ONR en juin 2019.

Cette production que j'ai vue sur Culturebox est excellente. Le plateau vocal est très homogène, les voix sont belles et bien typées. La mise en scène inventive. J'ai beaucoup aimé la progression dramatique qui s'instaure dès le deuxième acte et jusqu'à la fin. La musique de Haendel y est évidemment pour l'essentiel mais la mise en scène au départ assez neutre mais progressivement de plus en plus engagée, participe très efficacement à cette montée de l'émotion.

Andrea Mastroni a été une révélation pour moi. Quelle présence vocale! J'ai été conquis par Jeanine de Bique et approuve totalement ce qui a été dit plus haut sur elle.

Avatar du membre
raph13
Basse
Basse
Messages : 2678
Enregistré le : 03 déc. 2005, 00:00
Localisation : Paris

Re: Haendel- Rodelinda- Haïm / Bellorini- Caen- 11/2018

Message par raph13 » 20 nov. 2018, 14:24

HELENE ADAM a écrit :
17 nov. 2018, 00:28
philopera a écrit :
16 nov. 2018, 21:46
Je decouvreJeanne De Bique lors de la retransmission TV actuellement. Quel chant magnifique : timbre opulent,aigu facile et somptueux,sensibilité...j adore
On en avait parlé (en bien) dans les compte-rendus de la Clémence de Tito, reprise à Garnier l'an dernier. Elle était Annio.
Elle était Annio lors d'une Clémence en version concert au TCE en septembre 17 avec Currentzis, pas à Garnier (où Annio était chanté en alternance par Antoinette Dennefeld et Angela Brower).
« L’opéra est comme l’amour : on s’y ennuie mais on y retourne » (Flaubert)

Avatar du membre
HELENE ADAM
Hall of Fame
Hall of Fame
Messages : 10920
Enregistré le : 26 sept. 2014, 18:27
Localisation : Paris
Contact :

Re: Haendel- Rodelinda- Haïm / Bellorini- Caen- 11/2018

Message par HELENE ADAM » 20 nov. 2018, 14:33

raph13 a écrit :
20 nov. 2018, 14:24
HELENE ADAM a écrit :
17 nov. 2018, 00:28
philopera a écrit :
16 nov. 2018, 21:46
Je decouvreJeanne De Bique lors de la retransmission TV actuellement. Quel chant magnifique : timbre opulent,aigu facile et somptueux,sensibilité...j adore
On en avait parlé (en bien) dans les compte-rendus de la Clémence de Tito, reprise à Garnier l'an dernier. Elle était Annio.
Elle était Annio lors d'une Clémence en version concert au TCE en septembre 17 avec Currentzis, pas à Garnier (où Annio était chanté en alternance par Antoinette Dennefeld et Angela Brower).
Très juste ! Sorry ... le pire est que je la voyais bien avec Currentzis donc.... :wink:
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

Mon blog :
https://passionoperaheleneadam.blogspot.fr

Répondre

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Google [Bot], HELENE ADAM, PlacidoCarrerotti et 63 invités