Dalayrac - Maison à vendre - Warnier & Clerc-Murgier/Larrieu- Reims - 10-11/2018

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Dalayrac - Maison à vendre - Warnier & Clerc-Murgier/Larrieu- Reims - 10-11/2018

Message par JdeB » 08 nov. 2018, 07:45

Livret : Alexandre Duval
Direction musicale : Pauline Warnier et Hélène Clerc-Murgier
Mise en scène : Constance Larrieu
Scénographie et costumes : Camille Vallat
Création lumière : Pierre Daubigny

Lise : Pauline Sikirdji
Madame Dorval : Hélène Babu
Dermont : David Ghilardi
Versac : Jean-François Lombard
Le voisin : Didier Girauldon
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EdeB
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Dalayrac - Maison à vendre- Warnier & Clerc-Murgier / Larrieu- Reims-10/11/2018

Message par EdeB » 12 nov. 2018, 13:05

Dalayrac – Maison à vendre
Comédie mêlée de chants en un acte, sur un livret d’Alexandre Duval, créée le 23 octobre 1800 à l’Opéra-Comique National.

Lise – Pauline Sikirdji
Madame Dorval – Hélène Babu
Dermont – David Ghilardi
Versac – Jean-François Lombard
Le Voisin [Ferville] – Didier Girauldon

Constance Larrieu – mise en scène
Camille Vallat – scénographie et costumes
Pierre Daubigny – création lumière

Les Monts du Reuil
Pauline Warnier et Hélène Clerc-Murgier direction musicale

Production Bru Zane France - Production exécutive Compagnie Les Monts du Reuil
Coproduction Opéra de Reims / Festival de Saint-Céré
Décors réalisés par Ateliers de l'Opéra de Reims
Costumes réalisés par Festival de Saint-Céré

Opéra de Reims – 10 novembre 2018


Image

Château en Espagne, adjugé, vendu !

« Considérer comme un ouvrage régulier, comme un sujet vraisemblable, et sur-tout bien purement moral, l’opéra nouveau qui vient d’être donné [au Théâtre Favart], sous le titre de la Maison à vendre, ce seroit faire la critique non-seulement de la pièce, mais aussi du succès-très complet qu’elle a obtenu ; ne l’appelons point une comédie, mais une agréable folie, dans laquelle des défauts essentiels sont couverts par une gaité continuelle, par nombre de saillies heureuses, et ce succès alors sera mieux justifié. »

Ainsi considérait « B*** », plume du Courrier des Spectacles, ou Journal des Théâtres, le 24 octobre 1800, soit le lendemain de la première de l’ouvrage de Nicolas Dalayrac et d’Alexandre Duval. Créée avec succès à l’Opéra Comique, cette « comédie mêlée de chant » eut une postérité étendue, puisqu’on en trouve encore des représentations en 1922 au Trianon-Lyrique. Pièce en un acte à quatre personnages chantant, son action resserrée mit en valeur certains des interprètes préférés du public d’alors : Madame Dugazon (Mme Dorval), Mlle Philis aînée (Lise), Elleviou (Versac) et Martin (Dermont).

Cette « agréable folie » aurait été, selon une légende disséminée par le librettiste lui-même, écrite sous la contrainte : Duval aurait été enfermé à clé dans une pièce de la maison de campagne du musicien et sommé de rendre sa copie ! Clin d’œil à cette mise en abyme et insertion savoureuse, l’un des deux héros de l’ouvrage, un « poète » d’opéra, entonne d’ailleurs un extrait de son prochain ouvrage : il s’agit de « Ah ! Quel doux moment pour mon cœur », air de M. de Verseuil tiré des Deux petits Savoyards (1789) de Dalayrac et Marsollier !

Loin d’être marri de cet effort, l’année suivante, Alexandre Duval commit d’ailleurs une suite à sa comédie pour la Comédie Française : La Maison donnée chuta, ce qui fit persifler Fabien Pillet dans son Année théâtrale (1800) :
« Vend toujours, ne donne jamais,
dit un faiseur d’épigramme à [Duval.] Ce petit acte parut avoir été destiné, comme le premier, à la scène lyrique, et le public eut en effet accepté le don, s’il l’eut trouvé enrichi de la musique de quelqu’un de nos célèbres compositeurs, et s’il l’avait reçu des aimables chanteurs qu’il avait tant applaudit dans les mêmes rôles. Il eut en effet retrouvé son poëte étourdi, mais adroit, qui, ayant quitté Bordeaux pour venir s’établir à Paris avec l’argent de son oncle, a dépensé toute la somme avant de songer à l’établissement qu’il devait former […]
»

L’intrigue de Maison à vendre, pour être peu plausible, n’en ménage pas moins des situations propres à y déposer de la musique :
Dermont, jeune compositeur sans le sou, est épris de Lise, nièce de Madame Dorval. Cette dernière, pour l’éloigner d’un soupirant peu désirable car impécunieux, l’emmène près de Bordeaux où elle possède la maison à vendre du titre. Dermont et son ami Versac, poète d’opéra tout aussi désargenté (bien que neveu d’un banquier bordelais florissant) se trouvent dans la même contrée pour rendre visite à l’oncle, leur manque de fortune les obligeant d’aller à pied. Dermont en profite pour rechercher la villégiature de Lise, qu’il ignore puisque la jeune fille a omis de la préciser dans sa dernière lettre à son amoureux. Les deux artistes épuisés et affamés, parviennent chez Mme Dorval ; ils s’y font inviter, prétextant l’envie de Versac d’acquérir la maison de cette dernière. A la faveur d’une diversion du faux acquéreur, les amoureux renouvellent leurs vœux. Tandis que Dermont visite les lieux, Versac parvient à faire acheter un bien qu’il ne peut payer par le voisin de Mme Dorval qui était désireux de le faire depuis longtemps, tout en lui faisant débourser 20 000 francs supplémentaires. De son côté, Mme Dorval, méfiante, demande des garanties à Versac, lequel fait erreur en lui communiquant comme référence une lettre comminatoire de son oncle. Il révèle alors que le véritable acheteur est le voisin et cède à Dermont les 20 000 francs reçus en surplus ; somme qui aplanit les réticences initiales de Mme Dorval d’accorder la main de sa nièce à un miséreux.

Pour le chroniqueur de 1800, « à part tout ce qu’un pareil dénouement présente d’invraisemblable et de leste en morale, à part le ton du jeune fou, et la maladresse de ses mensonges […] cette pièce a de quoi plaire, et même long-tems ; elle est remplie de détails spirituels ; il y a des scènes très-comiques, et tout y est extrêmement gai. » On ne peut qu’opiner à son jugement, le sujet assez léger étant étayé par une partition vive, fruitée et délicatement festonnée.

Sur fond de décor aux éléments mobiles présentant une maison omniprésente, bien que moins utilisée qu’on ne s’y attendrait, cette comédie des apparences pourrait être résumée par le remplacement du billard originel présent dans le livret par un chamboule-tout. Car chamboulement il y a : du Consulat, le récit est décalé dans une modernité peu datable, et les tours et détours des protagonistes s’accompagnent du ballet des instrumentistes qui prennent totalement part à l’action. Domestiques impavides de Madame Dorval ou annotateurs attentifs de l’action, les musiciens des Monts du Reuil abolissent la distance entre fosse et plateau en prenant place au plus près des chanteurs, en une réjouissante complicité.

Si un prologue déroulé durant une ouverture pimpante et fringante présente, façon Jacques Tati, la guerre des voisins entre Madame Dorval et l’avare Ferville (Didier Girauldon, hargneux et lunaire) en se plaçant d’emblée dans le lieu de l’action, la mise en scène de Constance Larrieu tire peu parti de ce bâtiment imposant, hormis la scène assez irrésistible d’absurdité durant laquelle Ferville finit par racheter à Versac la demeure mitoyenne de la sienne. Cette énumération des désagréments auxquels son supposé nouveau voisin va le soumettre se tient dans la salle de bain, au cours d’originales ablutions.

Malgré une émission peu orthodoxe, Jean-François Lombard est un meneur de jeu rayonnant d’énergie et de rouerie, grand ordonnateur des noces à venir de son ami, et manipulateur hors pair de ses finances inexistantes. Tout en action, son rôle central où la parole se fait geste impérieux ne lui laisse pas de temps pour s’épancher en un air. Qu’importe, c’est bien le bagout de ce personnage mercurien qui emporte la mise et fait accroitre en ces péripéties rocambolesques.

De la jeune première sentimentale, Pauline Sikirdji a la douceur et la feinte soumission, le rôle étant relevé par un piquant « Fiez-vous, fiez-vous aux vains discours des hommes » délivré avec conviction. Regrettons que la diction ne soit parfois pas à la hauteur d’un très joli timbre et d’une présence sémillante. N’oublions pas le moment surréaliste de l’entrée de la nièce encartonnée sur un diable, figure de l’enfermement obéissant qu’on déménage à tout propos.

Amoureux fidèle, Dermont trouve dans le chant délicat de David Ghilardi l’expression de sa ferveur. Le ténor exalte le suc du joli rondeau « Toujours courant après ma belle » au goût subtilement troubadour, et oppose la voix de la raison aux manigances embrouillées de son ami Versac en de savoureux duos : « Dès que j’voyons paroîtr’ le jour » tiré des Deux petits Savoyards, bien qu’un peu hors sujet, séduit par son allant joyeux ; tandis que ces deux Oreste et Pylade construisent, qui des châteaux en Espagne, qui des contreforts de réfutation désabusée, en un autre duo.

Transformée en cougar pseudo-sadique en un hilarant renversement, par l’ajout d’un Manchon salace (réorchestré par Déodat de Séverac), Madame Dorval possède l’abattage gouailleur d’Hélène Babu. Si sa présence scénique enrichit son personnage, l’ombrant de grisailles que ne laisse pas soupçonner le livret, son ramage n’est pas à la hauteur de son plumage, déséquilibrant quelque peu le quatuor dans lequel le pot aux roses se découvre par le biais de la lettre de l’oncle Versac.

Les Monts du Reuil mènent ce jeu de dupe avec grâce et élan, rehaussant les détails de la partition de vives et fraîches couleurs tout en préservant la délicatesse et la dynamique de ce divertissement alerte. On se souviendra du poétique ballet de Pauline Warnier et de Patricia Bonnefoy faisant danser leurs instruments autour de l’amoureux éperdu ; de l’incise délicieuse de la complainte de M. de Verseuil ; et d’une musique de table alléchante et gouteuse. Ces moments où le collectif règne et où la musique s’impose font aussi le sel de cette charmante exhumation.

Maison à vendre ? Vendue !

Emmanuelle Pesqué
Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles. - M. Leiris
Mon blog, CMSDT-Spectacles Ch'io mi scordi di te : http://cmsdt-spectacles.blogspot.fr/
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