Moussorgski - Boris Godounov - Arrivabeni / M.Hartmann - Genève 10-11 / 2018

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Moussorgski - Boris Godounov - Arrivabeni / M.Hartmann - Genève 10-11 / 2018

Message par dge » 31 oct. 2018, 22:26

Modeste Moussorgski : Boris Godounov

Opéra en 7 scènes et un prologue. Livret du compositeur adapté du drame éponyme d’Alexandre Pouchkine et d’après l’Histoire de l’État russe de Karamzine.
Version originale de 1869, créée à Saint-Pétersbourg, le 16 février 1928 au Théâtre Mariinski.

Genève – Opéra des Nations – octobre / novembre 2018


Direction musicale : Paolo Arrivabeni
Mise en scène : Matthias Hartmann
Scénographie : Volker Hintermeier
Co-scénographe : Daniel Wollenzin
Costumes : Malte Lübben
Lumières : Peter Bandl

Boris Godounov : Mikhail Petrenko
Grigori : Serghej Khomov
Prince Vassili Chouïski : Andreas Conrad
Pimène : Vitalij Kowaljow
Andreï Chtchelkalov : Roman Burdenko
Fiodor : Marina Viotti
Xenia : Melody Louledjian
Varlaam : Alexey Tikhomirov
Missaïl : Andrei Zorin
L'Aubergiste : Mariana Vassileva-Chaveeva
L'Innocent : Boris Stepanov
La Nourrice : Victoria Martynenko
Un officier de police : Oleg Budaratskiy
Un boyard : Rémi Garin
Mitioukha : Harry Draganov

Chœur du Grand Théâtre de Genève
Direction : Alan Woodbridge

Orchestre de la Suisse Romande

Maîtrise du Conservatoire populaire de musique,
danse et théâtre de Genève

Direction : Magali Dami et Fruzsina Szuromi


Représentation du 3 novembre



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© GTG / Carole Parodi


C’est la version originale de 1869 de Boris Godounov que l’Opéra de Genève à choisie. Plus courte, à l’action plus ramassée, elle s’inscrit plus facilement dans l’écrin intime de l’Opéra des Nations. Cette première mouture du chef d’œuvre de Moussorgski semble d’ailleurs connaître un regain d’intérêt dans les programmations puisque tout récemment Marseille et Paris l’ont aussi choisie. Des considérations budgétaires en sont peut-être en partie responsables mais il faut reconnaître que cette version peut se prévaloir d’autres atouts. La seconde version, dite de 1872, présente de nombreuses différences par rapport à la première de 1869 dont les deux principales sont les ajouts de l’acte polonais et de la scène de la forêt de Kromy. Ces ajouts ainsi que l’ordonnancement différent des scènes modifient sensiblement la perception du drame. La première version concentre l’action sur le personnage de Boris, alors que dans la seconde c’est le peuple qui est le personnage principal.

Image
© GTG / Carole Parodi

La lecture que nous propose Matthias Hartmann est pleinement respectueuse de l’esprit de cette première version en restant dans un juste milieu n’imposant pas une actualisation trop littérale, pourtant facile ; elle se limite à quelques allusions. Elle évite aussi le piège d’un excès de fastes qui outre qu’il contribuerait à situer l’action à l’époque des faits risquerait de détourner l’attention du personnage de Boris. Parce que c’est ce Boris usurpateur et miné par le remord qui intéresse avant tout le metteur en scène. Les costumes de Malte Lübben s’ils mélangent les époques (pope en tenue traditionnelle, tsarévitch portant un maillot de hockey, peuple habillé de tenues ternes…) situent l’action dans la Russie d’aujourd’hui. La scénographie de Volker Hintermeier et Daniel Wollenzin manque d’esthétisme mais se montre très efficace. Elle est constituée de six tours métalliques tubulaires dans lesquelles sont aménagés des escaliers et des praticables. Ces tours peuvent très rapidement pivoter sur elles-mêmes ou être déplacées à vue par des machinistes pour figurer les différents lieux de l’action grâce à quelques accessoires scéniques ou l’apport d’un escalier géant lors de la scène du couronnement. Les sept scènes peuvent ainsi s’enchainer rapidement sans la moindre interruption conférant une grande fluidité dans le déroulement du drame magnifié par les très beaux éclairages de Peter Bandl.
On sent tout au long de la représentation une ambiance pesante qu’entretient à chaque apparition un Boris miné par le remord et que seule la scène de l’auberge viendra égayer. Il faut souligner quelques belles idées théâtrales. Ainsi pour la scène du couronnement un enfant -le petit Dimitri- se voit remettre au sommet d’un escalier monumental les différents attributs du pouvoir, tiare, couronne, globe…Boris arrive à cour, hanté par des visions. Dimitri descend les marches et se voit dépouillé de ses ornements qui sont remis à Boris redevenu pleinement conscient. Emouvante aussi la scène finale qui voit des femmes jeter avec rage des fleurs et de la terre sur un Boris agonisant traduisant la haine que le peuple lui vouait.

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© GTG / Carole Parodi


Mikhail Petrenko compose un Boris constamment hanté par son crime. Tout dans sa démarche et son regard exprime le poids de la faute. Le timbre peut surprendre par sa clarté alors que l’on a pris l’habitude de voix plus sombres, plus en accord avec la stature d’un tsar. Mais ce que l’on perd en autorité on le gagne en humanité. La ligne de chant est constamment maitrisée. Mikhail Petrenko ne verse jamais dans un excès d’histrionisme et son Boris est d’une grande musicalité.
Le Pimène de Vitalij Kowaljow impressionne par la beauté et la noirceur de son timbre et la splendeur de ses graves. La projection, la noblesse du phrasé font de son récit dans sa cellule un moment particulièrement intense.
Alexey Tikhomirov affublé d’une grosse bedaine donne beaucoup de relief à un Varlaam cocasse et alcoolisé tout en restant très musical. Son compère Missaïl, interprété par Andrei Zorin que l’on a défiguré, le suit dans ses bouffonneries.
Andreas Conrad est un Chouïski parfaitement cauteleux. Le Grigori Serghej Khomov manque un peu d’aura. Boris Stepanov est un Innocent très émouvant qui porte toutes les misères de la Russie. Roman Burdenko est un Chtchelkalov bien chantant qui impose son autorité. Avec sa belle voix de mezzo, Marina Viotti séduit à nouveau et incarne un Fiodor juvénile. Mariana Vassileva-Chaveeva est une aubergiste séduisante et on regrette la brièveté de son rôle dans cette version. Melody Louledjian apporte beaucoup de fraicheur au personnage de Xenia.

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© GTG / Carole Parodi


Le peuple et les enfants sont des protagonistes importants du drame. Le Chœur du Grand Théâtre de Genève et la Maitrise du Conservatoire de Genève s’acquittent parfaitement de leur rôle et font preuve de puissance et d’homogénéité tout en en participant efficacement à l’action théâtrale.

A la tête d’un Orchestre de la Suisse Romande très appliqué, Paolo Arrivabeni nous propose une lecture très séduisante. On pourrait parfois attendre un peu plus d’arrêtes et d’aspérités mais Paolo Arrivabeni s’attache à souligner le lyrisme de l’écriture et les raffinements de l’orchestration dont les coloris sont remarquablement rendus. Son orchestre qui sonne toujours clair et raffiné, sans aucune lourdeur, est pour beaucoup dans la réussite musicale de cette production.



Gérard Ferrand

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Re: Moussorgski - Boris Godounov - Arrivabeni / M.Hartmann - Genève 10-11 / 2018

Message par Markossipovitch » 01 nov. 2018, 10:53

Je suis impatient de te lire. Le Pimène de Kowaljow doit à lui seul valoir le voyage.

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Re: Moussorgski - Boris Godounov - Arrivabeni / M.Hartmann - Genève 10-11 / 2018

Message par dge » 07 nov. 2018, 18:39

mon CR en tête de fil.

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Re: Moussorgski - Boris Godounov - Arrivabeni / M.Hartmann - Genève 10-11 / 2018

Message par fomalhaut » 07 nov. 2018, 19:08

Sait-on si la Radio Suisse Romande a enregistré et diffusera ce spectacle ?

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Re: Moussorgski - Boris Godounov - Arrivabeni / M.Hartmann - Genève 10-11 / 2018

Message par Markossipovitch » 07 nov. 2018, 19:10

Merci pour ce CR!

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Re: Moussorgski - Boris Godounov - Arrivabeni / M.Hartmann - Genève 10-11 / 2018

Message par dge » 07 nov. 2018, 19:21

fomalhaut a écrit :
07 nov. 2018, 19:08
Sait-on si la Radio Suisse Romande a enregistré et diffusera ce spectacle ?

fomalhaut
Diffusion le samedi 1er décembre à 20h sur RTS espace 2
Fréquence 100,1 et 100,7

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Re: Moussorgski - Boris Godounov - Arrivabeni / M.Hartmann - Genève 10-11 / 2018

Message par Markossipovitch » 07 nov. 2018, 20:42

Merci!!! Trop content de pouvoir l'entendre!

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Re: Moussorgski - Boris Godounov - Arrivabeni / M.Hartmann - Genève 10-11 / 2018

Message par fomalhaut » 08 nov. 2018, 09:23

dge a écrit :
07 nov. 2018, 19:21
fomalhaut a écrit :
07 nov. 2018, 19:08
Sait-on si la Radio Suisse Romande a enregistré et diffusera ce spectacle ?

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Diffusion le samedi 1er décembre à 20h sur RTS espace 2
Fréquence 100,1 et 100,7
Merci.
Noté et attendu avec impatience.

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