Offenbach- La Périchole- Minkowski/Gilbert & Valantin- Bordeaux- 10/2018

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JdeB
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Offenbach- La Périchole- Minkowski/Gilbert & Valantin- Bordeaux- 10/2018

Message par JdeB » 11 oct. 2018, 06:20

Chef d'orchestre Marc Minkowski
Metteur en scène Romain Gilbert, Emilie Valantin
Décors, Costumes Mathieu Crescence
Lumières Lila Meynard, Bertrand Couderc
Chef de choeur Salvatore Caputo
~
La Périchole Aude Extrémo
Piquillo Stanislas de Barbeyrac
Don Andrès de Ribeira Alexandre Duhamel
Don Miguel de Panatellas Eric Huchet
Don Pedro de Hinoyosa Marc Mauillon
Le Marquis/ 1. Notaire Enguerrand de Hys
2. Notaire François Pardailhé
Guadalena/ Manuelita Olivia Doray
Berginella/ Frasquinella Julie Pasturaud
Mastrilla/ Ninetta Mélodie Ruvio
Brambilla Adriana Bignani Lesca

Nouvelle coproduction avec Palazzetto Bru Zane, Venise; Festival de Pentecôte de Salzbourg; Festival de Radio-France, Montpellier

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Bordeaux, le 15 octobre 2018

Tiré du Carrosse du Saint-Sacrement de Mérimée (1829), La Périchole d’Offenbach a connu pas moins de cinq moutures différentes alors que la version princeps de 1868 s’était imposée d’emblée et dans le monde entier, avec, dès l’année suivante, des reprises à New York (à la Pike’s Opera House), Rio de Janeiro et Alger avant Buenos Aires et Londres en 1870 et Naples en 1871. Mais une version plus ample est créée au Théâtre des Variétés le 25 avril 1874 et va s’imposer. Voici le compte-rendu qu’on pouvait en lire dans la Revue et Gazette musicale de Paris du 4 mai 1874 qui détaille les nouvelles inflexions données à l’ouvrage :
« On sait quelle vogue obtint vers la fin de 1868, la Périchole, cette Manon Lescaut de l'opérette. C'était au plus beau temps de Barbe-Bleue et de la Grande-Duchesse. Dès le lendemain de la première représentation, que de refrains étaient populaires! Quel est celui d'entre nous qui n'a pas entendu au point d'en être agacé, « Il grandira », « Les femmes », et surtout la Lettre de la Périchole?
Les auteurs n'ont pas voulu laisser oublier un pareil succès. Ils ont repris leur pièce, l'ont rajeunie par un nouveau dénoûment, lui ont donné trois actes au lieu de deux, et, sous cette forme, l'ont présentée de nouveau au public. Don Andrès de Ribeiro n'est plus ce prince débonnaire qui finissait par céder aux vexations dont ses sujets mécontents l'accablaient impitoyablement; non, c'est un farouche tyran qui a soif du sang de ses victimes, qui se repaît avec bonheur des douleurs de Piquillo et de la Périchole gémissant sur la paille des cachots, accablés sous le poids des fers. Mais, ni plus ni moins qu'à l'Ambigu, le vice est puni et la vertu récompensée; grâce à un vieux prisonnier de profession autant que de naissance, les deux amants rendent à Andrès la monnaie de sa pièce, l'enchaînent à leur place et s'enfuient.
Enfin le vice-roi délivré revient à de meilleurs sentiments, on lui chante une complainte qu'il ne connaissait pas encore, cela l'émeut, il pardonne et tout finit pour le mieux. Ce dénoûment (sic) a été fort bien reçu, et on a fort ri de la scène de la prison.
Le musicien (…) a augmenté sa partition d'un acte entier, qui a toute la gaieté et toute la fraîcheur des deux autres. Il a su donner à sa musique nouvelle l'entrain qui brillait dans l'ancienne, sans cependant oublier le sentiment mélodique et la grâce qui ont fait, par exemple, le succès de la Lettre.
Nous n'avons pas un choix à faire parmi les morceaux qui composent le troisième acte; tous ont été très-bien reçus et quelques-uns ont été bissés. La scène s'ouvre par une romance chantée par Dupuis, empreinte d'une sentimentalité comique qui contraste spirituellement avec les paroles. Puis vient un duo dans lequel on a bissé de charmants couplets très-bien dits par Mlle Schneider, sur ces paroles : « Tu n'es pas beau. » Après ce morceau, deux autres se suivent sans se ressembler : l'un est un franc éclat de rire, l'autre une amusante parodie des trios italiens. Dans le premier, le couplet court, sautillant et gai, sur le joyeux tintin des clefs de la geôle; dans le second, Grenier, prudemment soutenu par un basson, pose longuement dans une de ces phrases filandreuses si chères à nos voisins d'outre-monts, le sujet d'un trio qui se termine à l'italienne de la façon la plus comique.
Au quatrième et dernier tableau, la toile se lève sur un des meilleurs morceaux de la partition. Les prisonniers se sont échappés, la garnison de Lima est sur les dents, position commode pour prendre la lune, mais peu pratique pour rattraper des fugitifs;les femmes caquettent, chacun cherche, chacun court, chacun crie, les rondes sillonnent la ville; de toute cette scène, Offenbach a su faire une page charmante. Le pas mesuré des patrouilles, le bavardage des commères, tout se mêle dans une marche finement rhythmée (sic), dans une valse bien tournée, et forme un ensemble des plus colorés. Enfin la pièce se termine par la complainte de « la Clémence d'Auguste » mélodie bouffonne qu'Offenbach nous a servie, enveloppée dans un accompagnement de basson franchement comique. Ajoutez à cela les morceaux de l'ancienne partition qui ont été bissés comme les couplets des femmes, la griserie ariette, et nous pouvons constater qu'avec la reprise de la Périchole, le théâtre des Variétés tient un succès de plus.
L'interprétation première a peu changé; c'est toujours Mlle Schneider qui joue la Périchole ; Dupuis a gardé son rôle de Piquillo, Baron et Léonce ont remplacé Christian et Lecomte II est impossible de dire jusqu'à quel point Mlle Schneider détaille finement le couplet; elle a retrouvé son succès d'autrefois. (…) »

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Nul doute que Marc Minkowski allait choisir cette version-là qui fait la part si belle à son instrument, le basson.
Nul doute qu’une nouvelle fois sa lecture d’Offenbach allait faire mouche tant il dirige ce compositeur en expert et en amoureux, dévoilant sous la patine son inaltérable fraîcheur et sa vivacité de cascade. Ce qui fut fait ce soir avec une alacrité et une saveur incomparables.
Aucun risque non plus avec une distribution aux petits oignons avec deux enfants du pays en tête d’affiche : Aude Extremo et Stanislas de Barbeyrac.
La première, tout juste remise d’une sévère laryngite, prête sa silhouette aussi impeccable que sa ligne de chant à la saltimbanque devenue une favorite royale couverte de diamants (quelle tiare qu’on dirait dérobée au film sur Mata-Hari avec Jeanne Moreau !), avec un chien et une science des mots à fondre ! On rêve de l’entendre dans Carmen…
Le second est le plus musical et le plus juste des Piquillo avec un jeu d’une rare finesse à la palette expressive fort large.
Gagnant à l’applaudimètre, Alexandre Duhamel brûle les planches dans une composition « hénaurme » digne du Gabriel Bacquier de la grande époque.
Eric Huchet campe un Don Miguel irréprochable tandis que Marc Mauillon dessine un don Pedro de grand luxe assez irrésistible.
Les cousines tenancières de cabaret se montrent tout aussi excellentes et d’un beau relief ; chacun est animé d’un esprit de troupe qui contribue grandement au triomphe de la soirée.

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Pour sa première mise en scène Romain Gilbert, directeur de production des Musiciens du Louvre, nous livre un travail efficace, fluide et lisible, en rouge et noir et paillettes. On attendait beaucoup de l’utilisation des marionnettes pour rehausser ce livret tout de duperies et de manipulations à échelles multiples mais leurs interventions ici restent anecdotiques avec une histoire minuscule entre deux spectateurs des loges d’avant-scène, une lectrice de Gala, un mélomane rivé à une partition ancienne, l’une laissant tomber son sac à main dans la fosse d’orchestre, l’autre s’empressant pour le lui restituer, sans oublier un bien sympathique prisonnier cloné de l’Abbé Faria et d’Offenbach lui-même. On aurait bien vu un peuple de manipulateurs à vue, dans cette intrigue où le pouvoir qui croit manipuler la populace est manipulé à son tour par le petit peuple madré.
Seule la dernière image de la scénographie, qui renvoie aussi au baroquisme sud-américain, avec son empilement tout en verticalité d'un peuple de marionnettes bariolées, charme par son pouvoir poétique.

Une manifestation de l’Orchestre national de Bordeaux-Aquitaine, dépité de se voir privé des fastes de l’ouverture de cette saison qui s’annonce si alléchante, a mis un petit bémol à la fête mais sera dans la fosse pour ouvrir la prochaine à la faveur d’une nouvelle production des Contes d’Hoffmann.

Jérôme Pesqué.

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Re: Offenbach- La Périchole- Minkowski/Gilbert & Valantin- Bordeaux- 10/2018

Message par JdeB » 19 oct. 2018, 09:23

Le Palazetto Bru Zane va publier l’écho sonore de cette Périchole de haut vol et nous réserve encore de bien beaux projets en cette année Offenbach : courons avenue Montaigne le 1 juin pour Maitre Peronilla et découvrir, dans la foulée, une autre rareté : Madame Favart du 20 au 30 juin à l’Opéra Comique !
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Re: Offenbach- La Périchole- Minkowski/Gilbert & Valantin- Bordeaux- 10/2018

Message par HELENE ADAM » 19 oct. 2018, 09:42

Merci pour ce CR :D

A noter que France Musique avait retransmis, le 30 septembre, la représentation donnée le 11 juillet 2018 au Festival Radio France Occitanie Montpellier et que cette retransmission est toujours disponible par ce lien

https://www.francemusique.fr/emissions/ ... p=1&xtcr=1

Même chef, même orchestre et partiellement même distribution.
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

Mon blog :
https://passionoperaheleneadam.blogspot.fr

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Re: Offenbach- La Périchole- Minkowski/Gilbert & Valantin- Bordeaux- 10/2018

Message par philipppe » 19 oct. 2018, 09:45

comment Aude Extremo aborde-t'elle "je suis grise " ? en surjouant la griserie ou en veillant à le chanter avant tout ?

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Re: Offenbach- La Périchole- Minkowski/Gilbert & Valantin- Bordeaux- 10/2018

Message par Oylandoy » 22 oct. 2018, 14:34

Photos ONBA Vincent Bengold
la mélodie est immorale
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