A.-C. Destouches : Sémiramis-vc-Les Ombres/Concert Spirituel/S.Sartre-Ambronay 5/10/2018

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A.-C. Destouches : Sémiramis-vc-Les Ombres/Concert Spirituel/S.Sartre-Ambronay 5/10/2018

Message par petitchoeur » 07 oct. 2018, 12:05

Sémiramis
Tragédie en musique en cinq actes,
créée le 4 décembre 1718 à l’Académie Royale de Musique.
Musique d'André-Cardinal Destouches (1672-1749).
Livret de Pierre-Charles Roy (1683-1764).
Réalisation de la partition par Nicolas Sceaux et Les Ombres

Nathalie Perrier lumières
Sémiramis : Judith Van Wanroij, dessus
Amestris : Emmanuelle De Negri, dessus
Arsane : Mathias Vidal, taille
Zoroastre : João Fernandes, basse

Orchestre Les Ombres:
Marie Rouquié (1er violon), Olivier Briand, Benjamin Chénier, Bérengère Maillard, Amandine Solano, Jorlen Vega, violons
Géraldine Roux, Tiphaine Coquempot, altos
Benjamin Gaspon, flûte traversière
Johanne Maitre, Renata Duarte, hautbois et flûtes à bec
Mélanie Flahaut, basson
Vincent Flückiger, Etienne Galletier, théorbes
Nadja Lesaulnier, clavecin
Margaux Blanchard, viole de gambe
Ronan Kernoa, violoncelle
Marie-Amélie Clément, contrebasse
Marie-Ange Petit, percussions

Choeur du Concert Spirituel :
Hervé Niquet préparation du chœur
Julia Beaumier (dans le rôle de La Prêtresse/une Babylonienne), Aude Fenoy, Marie-Pierre Wattiez, Gwenaëlle Clemino, dessus
Clément Debieuvre (dans le rôle du Génie/un Babylonien), Charles Barbier, Damien Ferrante, hautes-contre
Pascal Richardin, Benoît Porcherot, Nicolas Maire, tailles
Benoît Descamps (dans le rôle de L’oracle), Simon Bailly, Guillaume Olry, basses

Sylvain Sartre direction

Abbatiale d'Ambronay le 5 octobre 2018.

André-Cardinal Destouches sort de l'oubli depuis quelques années grâce à Hervé Niquet et son Concert Spirituel (découverte de la tragédie lyrique Callirhoé en 2005) et aux Ombres  de Sylvain Sartre et Margaux Blanchard . Destouches, musicien-mousquetaire (membre de ce corps jusqu'en 1694), débuta sa carrière musicale en 1697, après avoir suivi l'enseignement de Campra, par un grand succès : Issé, pastorale créée pour le mariage du Dauphin qui eut l'heur de plaire à Louis XIV. Il est l'auteur d'une douzaine d'opéras et de ballets presque tous acclamés en leur temps. En 1713 il est nommé Inspecteur général de l'Académie Royale de Musique, et en 1728 directeur de l'Opéra de Paris. En 1744 il  succède à Campra comme surintendant de la musique avec François Colin de Blamont, l'un des musiciens des Nuits de Sceaux organisées par la Duchesse du Maine. Destouches est le fondateur, en 1727, des Concerts de la Reine pour Marie Leszczynska, épouse de Louis XV.
Ambronay joue un grand rôle dans la redécouverte de Destouches . Hervé Niquet et son Concert Spirituel rejoue pour la première fois Le Carnaval et la Folie (comédie-ballet de 1703) en 2007 dans le cadre de l'Académie Baroque Européenne. Les Ombres et Sylvain Sartre permettent de réentendre deux cantates pour voix seule avec symphonie au cours du Festival de 2009 : Oenone (1716) et Sémélé (1719). Ce soir est donnée, pour la première fois depuis sa création en 1718 -il y a donc trois cents ans- Sémiramis, tragédie lyrique par les Ombres et le Choeur du Concert Spirituel dirigés par Sylvain Sartre. Une partition restaurée par Sylvain Sartre et Nicolas Sceaux à partir du manuscrit de Destouches. Dans leur fameux Dictionnaire des Opéras Pierre Larousse et Félix Clément (nous sommes à la fin du XIXème siècle) citent trente-six Sémiramis. Seul celui de Rossini (1823), sur un livret inspiré de la tragédie de Voltaire, est resté au répertoire . Celui de Respighi (1910) comme celui de Meyerbeer (1919) sont également oubliés.
L'oeuvre de Destouches ne fut pas reprise après sa création : l'esprit léger et l'influence italianisante de Campra sont du goût des hommes de la Régence. Tandis que « les atouts, qu'on lui reconnaît à titre posthume, sont les mêmes raisons qui lui valurent un échec en son temps : sa puissance dramatique, sa véracité expressive et pathétique, précurseur de la seconde moitié du siècle théâtral. Sémiramis a souffert d'être à contretemps  [...] Lorsque le temps fut revenu des tragédies brillantes, Rameau était là qui éclipsait tout » (Françoise Escande et Margaux Blanchard dans le programme de salle).
Judith Van Wanroij, (dessus, dans la terminologie des XVIIème et XVIIIème siècles, est l'équivalent de soprano), est Sémiramis. Voix puissante, bien projetée, pleine d'éclat et d'autorité dans son premier air de l'acte I : Pompeux apprêts, fêtes éclatantes... Capable d'exprimer toute la noirceur, la violence (dans la fin de l'acte I) et l'ambiguïté de son personnage (dans la scène 2 de l'acte I où elle se fait sournoise et hypocrite). Malgré ses intonations pertinentes, il est dommage que sa prononciation du français ne permettent pas de goûter pleinement les paroles du livret de Pierre-Charles Roy. Matthias Vidal, taille (i.e. ténor), incarne Arsane. Voix extrêmement puissante (presque trop dans certains passages), d'une expressivité fort démonstrative. Il donne une formidable épaisseur à son personnage. Il sait faire de son duo avec Amestris dans la scène 1 de l'acte II, l'un des plus beaux moments de cette tragédie. Et chanter des PPP d'une voix timbrée lumineuse. Emmanuelle De Negri, dessus, tient le rôle d'Amestris : voix chaude, ronde et fruitée,à la diction impeccable. Elle se révèle la parfaite victime de la perfidie de Sémiramis. Quelle maîtrise des contrastes entre ses passages d'immenses tristesse (victime de l'ordre odieux que lui impose Sémiramis), sa haine pour Sémiramis (qui a décidé d'épouser Arsane), sa grande piété ( j'immole aux dieux le printemps de mes jours à la scène 5 de l'acte IV) et son amour contrarié pour Arsane qui pourtant la sauvera du sacrifice. João Fernandes, basse, Zoroastre, est un peu en retrait dans sa première intervention (scène 3 de l'acte II). Sa voix s'affermit ensuite et devient magnifiquement timbrée et d'une belle violence dans l'air de la fin de l'acte II Qu'ai-je entendu ? Quel soupçon ? Quel effroi ? et au début de l'acte III dans lequel il crie sa vengeance  contre Sémiramis qui a dédaigné autrefois son amour! Sa fureur éclate quand il utilise sa magie pour déchaîner les Enfers : coups de tonnerre, éclairs et tremblements, je suis vengé... de pleurs, de cris, de sang, marquons ce jour affreux. Le paroxysme est atteint dans son dernier duo avec Sémiramis quand il lui apprend qu'Arsane est son fils ! Il retrouve toute sa belle voix pleine d' humanité, lors de la dernière scène, quand il apprend à Arsane qu'il vient de tuer sa mère. Les rôles secondaires : Julia Beaumier (la Prêtresse, une Babylonienne), Clément Debieuvre ( le Génie, un Babylonien), et Benoît Descamps (l'Oracle), tous trois membres du Choeur du Concert Spirituel, sont parfaitement tenus. Le choeur, préparé par Hervé Niquet, participe de l'action en la commentant : souhaitant paix et amour dans le premier acte, chantant les mérites de Sémiramis au deuxième acte. Le choeur d'hommes, d'une belle homogénéité, soutient l'appel aux forces infernales de Zoroastre. Puis il joue un rôle essentiel à l'acte IV où Sémiramis, les prêtres et le peuple sacrifient à Jupiter : Amestris va périr, c'est le ciel qui l'ordonne. La mise en lumière de Nathalie Perrier souligne l'action par des couleurs chaudes, froides, crues ou tamisées. Elles participent aux violences sonores de l'appel de Zoroastre aux forces obscures des Enfers.
Sylvain Sarte utilise une gestuelle visuellement peu souple mais d'une grande efficacité. Il obtient des Ombres, du choeur et des solistes des nuances subtiles, des contrastes accentuant les sentiments et l'action, n'hésitant pas à prendre des tempi très rapides parfaitement maîtrisés par tous ses musiciens. Une mention spéciale pour Margaux Blanchard, gambiste ce soir, et co-diretrice des Ombres. Et pour Johanne Maitre et Renata Duarte qui troquent, tout au long de la partition, leur hautbois pour la flûte à bec avec autant de talent !
Encore une belle découverte de Destouches  que l'on doit à la recherche obstinée de Sylvain Sartre. Sémiramis est une tragédie lyrique passionnante. Rendez-vous sur France-Musique qui la diffusera le 14 octobre à 20h.

Pierre Tricou
PS : je vous recommande les 2 CD des Ombres dirigés par Sylvain Sartre et Margaux Blanchard parus sous le label Ambronay :
François Couperin : les Nations.(Choc de Classica, Supersonic de Pizzicato)
François Couperin et François Colin de Blamont : Concert de la Reine. (FFFFde Télérama, Clef de Res Musica, Supersonic de Pizzicato).

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