Bellini - I Puritani- Franklin/Miskimmon - Barcelone - 10/2018

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MariaStuarda
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Bellini - I Puritani- Franklin/Miskimmon - Barcelone - 10/2018

Message par MariaStuarda » 06 oct. 2018, 16:22

I Puritani
Vincenzo Bellini

Direction musicale : Christopher Franklin
Mise en scène : Annilese Miskimmon
Chorégraphie : Kally Lloyd-Jones
Décors et costumes : Leslie Travers
Lumières : Mark Jonathan
Coproduction : Welsh National Opera, Danish National Opera, Gran Teatre del Liceu

Orchestre symphonique et chœurs du Liceu
Direction des chœurs : Conxita Garcia

Lord Gualtiero Valton : Gianfranco Montresor
Lord Giorgio : Marko Mimica (5,8,11,14,19 octobre) / Nicola Ulivieri (7,10,13,16,21 octobre)
Lord Arturo Talbo : Javier Camarena (5,8,11,14,19 octobre) / Celso Albelo (7,10,13,16,21 octobre)
Sir Riccardo Forth : Andrei Kymach (5,7,10,13,16,21 octobre) / Mariusz Kwiecien (8,11,14,19 octobre)
Sir Bruno Roberton : Emmanuel Faraldo
Enrichetta Di Francia : Lidia Vinyes-Curtis
Elvira : Pretty Yende (5,8,11,14,19 octobre) / María José Moreno (7,10,13,16,21 octobre)

Représentation du 19 octobre 2018

Il est des jours bénis. Ceux où des représentations vont côtoyer les cimes de l’exceptionnel, bousculées qu’elles sont par l’excellence d’un interprète.
Il en fut ainsi le 19 octobre à Barcelone quand la magie apparut pour ne plus quitter la scène et atteindre l’acmé dans un bis superbe, longuement demandé par un public aux limites de l’exaltation.

Si l’ensemble de la distribution sert admirablement la partition difficile de Bellini, un artiste exceptionnel se distinguait ce soir-là : Javier Camarena évoluant à un niveau paraissant inégalable, éblouissant dès les premiers instants et déclenchant à plusieurs reprises le délire du public du Liceu.
Que dire de ce “a te o cara”, air d’entrée qui nous bluffe comme si c’était la première fois qu’on l’entendait ainsi susurré, nous enveloppant autant qu’Elvira dans un chant d’amour d’une douceur extrême ?
Déjà étourdi, le public tentera alors d’acculer l’artiste au bis. Il n’y parviendra pas mais reviendra à la charge lorsque le ténor et la soprano nous délivreront un duo confondant de beauté juvénile.
La voix de Camarena est à l’aise sur l’ensemble de la tessiture ; les aigus sont parfaits et assurés, la mezza-voce caressante nous fait fondre. Le ténor, de surcroît très à l’aise sur scène, évolue avec naturel confondant qui ne laisse transparaître aucune tension intérieure, ce qui semble libérer totalement son chant tout en lui autorisant des nuances sublimes.
Que L’artiste ne fasse finalement pas le contre-fa du « Credeasi, Misera » apparaît anecdotique tant il aura maitrisé le rôle sur la longueur et envoûté littéralement le public.

On est légèrement plus réservé sur la prestation de Pretty Yende. Si la ligne mélodique est très belle, la voix manque malgré tout de charpente dans le médium, et, contrairement à ce qu’on pouvait attendre, le chant reste sage et relativement moins chargé des pyrotechnies acrobatiques dont elle est coutumière.
Nous pensions que les qualités intrinsèques de la voix de la soprano sud-africaine allaient emporter le morceau par sa virtuosité ; elle reste finalement à mi-chemin, en dispensant une prestation souvent éthérée, portrait d’une Elvira tirée à l’extrême vers la fragilité.
Cela étant, le contact avec Camarena, qui semble lui apporter une énergie bienfaisante, met en évidence une complicité forte et palpable qui lui permettra, à la fin de l’opéra, de larguer enfin totalement les amarres.
Le duo « Vieni fra queste braccia » d’une qualité exceptionnelle - que les longues ovations pousseront au un bis - la libéreront totalement pour une fin d’acte électrique en diable.
Qu’il était beau ce moment où les deux artistes serrés l’un contre l’autre savouraient - presqu’amoureusement - pendant trois belles minutes, le déluge d’applaudissements d’un public envoûté, bien décidé à les couvrir tous deux d’un de ces hommages qui font naître, les soirs de grâce, des bis anthologiques.

Malgré ces légères limites vocales, Mariusz Kwiecien est totalement à l’aise dans ce répertoire, et ne se prive jamais d’insuffler de la complexité et de la noblesse dans ses personnages de « méchants ».
Ainsi, son Riccardo est de ceux qui tentent leur chance en moments favorables mais que la nature pousse à reconnaître, in fine, la vanité de son entreprise. Le chant est noble, le chanteur d’une grande classe !

Marko Mimica est un Georgio également exceptionnel tant sa belle voix profonde traduit merveilleusement la bienveillance du seul être qui accorde quelqu’attention aux faiblesses de la pauvre Elvira.
Ainsi, duo pour duo, celui de Kwiecien et Mimica semble prendre une dimension toute particulière et, serait-ce dû à la personnalité des deux chanteurs, mais le « suoni la tromba » sonne plus sensible et moins chargé de testostérone qu’à l’accoutumé ....

Si la partie vocale est exceptionnelle, il n’est pas possible d’en dire autant de la mise en scène qui n’aide pas à la cohérence d’une histoire déjà passablement chargée.
Il paraît difficile, sinon impossible de faire le lien entre les deux univers artificiellement rapprochés par la metteure en scène Annilese Miskimmon.
Que des guerres de religion aient parsemé malheureusement et absurdement, l’histoire du monde, entraînant des tueries épouvantables, c’est une évidence.
Que l’on tente maladroitement de faire un parallèle entre l’Angleterre de Cromwell et le conflit irlandais des années 90 passe encore ; mais que l’on bascule tantôt dans une époque tantôt dans une autre, tout en étant plombé par deux décors aussi sinistres l’un que l’autre, n’apporte clairement ni plus-value, ni cohérence pas plus qu’une compréhension accrue !

L’orchestre dirigé par Christopher Franklin de bel accompagnement pour les voix manque également régulièrement de finesse, en cédant à une utilisation intempestive des cuivres et des percussions.
Quant au chœur du Liceu, il est exceptionnel et complète le tableau vocal d’excellence de cette production.

Ainsi, alors que le Liceu dédiait cette série de représentations à Montserrat Caballé, quel plus bel hommage ces jeunes artistes pouvaient-il rendre à leur aînée, en déclenchant, une nouvelle fois, les passions de ce public ?
Et puis, en y prêtant l’oreille, on a pu se dire que c’est la Superba, qui, de son nouvel Olympe, a éclaté de rire, lorsque Javier et Pretty ont commencé leur « bis », en se disant que oui, la relève est bien là, prête à tous les défis...

Paul Fourier

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Re: Bellini - I Puritani- Franklin/Miskimmon - Barcelone - 10/2018

Message par enrico75 » 08 oct. 2018, 20:44

Soirée émouvante qui débute par un hommage à Montserrat Caballe : un extrait de norma et quelques minutes de standing ovation.
Kwiecen annoncé souffrant à du mal à achever son air puis arrive le duo arturo- Elvira et la c'est le feu d'artifice vocal avec une successions de suraigus phénoménaux des 2 côtés :Yende et Camarena au sommet et déjà un triomphe dans la salle.

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Re: Bellini - I Puritani- Franklin/Miskimmon - Barcelone - 10/2018

Message par enrico75 » 08 oct. 2018, 23:43

Je sors ébloui de cette représentation des Puritains surtout à cause de l''extraordinaire prestation de Javier Camarena qui a été
longuement ovationné ce soir.
En août à Salzbourg je disais ici avoir été impressionné par Edgardo Rocha dans l'italienne à Alger mais là ce soir il faut se rendre à l 'évidence que c'est un des meilleurs ténors belcantiste actuel:
on ne sait pas ce qu'il faut admirer le plus chez Camarena :la splendeur du timbre,la vaillance et le rayonnement de l'aigu et du suraigu,la variété des nuances et l'engagement dramatique, c'était tout simplement sublime et Pretty Yende n'était pas en reste! Suite a venir....

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Re: Bellini - I Puritani- Franklin/Miskimmon - Barcelone - 10/2018

Message par MariaStuarda » 09 oct. 2018, 07:43

Merci Enrico.
Du coup, vivement le 19 !

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Re: Bellini - I Puritani- Franklin/Miskimmon - Barcelone - 10/2018

Message par enrico75 » 09 oct. 2018, 08:58

Comme le compte rendu officiel sera le 19 je me contenterai de courtes impressions :
La mise en scène de Miskimmon transpose l'action en l973 irlande du nord ce qui se défend , étant donné la similitude de situation.Les protagonistes en costumes modernes au début (arturo sac à dos et pantalon patte d'éléphant )vont rapidement revenir à des costumes d'époque :barboteuses et collants pour les cathos et habits noirs à fraise blanche pour les protestants avec retour à l'époque moderne à la fin.A noter que Elvira est toujours suivie de son double moderne qui mime l'action.
Vocalement:
Sir Ricardo M.Kwiecen est annoncé souffrant et a du mal à assurer:voix éraillée, sourde je n'insiste pas..
Lord Valton,Montresor correct sans plus.
Lord Giorgo:M.Mimica excellent.
Reste les deux protagonistes principaux:
Elvira:Pretty Yende que l'on attendait pas forcément dans ce rôle (vu comment elle est traitée ici par certains) assure pas mal.
Au début la voix est petite et a du mal à se projeter mais rapidement elle prends de l assurance surtout grâce à Camarena et le duo final du 1 est fabuleux avec un feu d'artifice de suraigus couronné par je crois un mi-bemol pleine voix à l'unisson déclenchant une énorme ovation dans la salle.
Au 2eme acte son O rendetemi la speme est très émouvant le timbre s'est épaissi,les vocalises sont soignées,les montées et descentes vertigineuses et les notes piquées et suraigus abondent,elle fera d'ailleurs systématiquement tous les suraigus jusqu'à la fin.
Reste le cas de Lord Arturo Talbot,Javier Camarena:
La les bras m'en tombent!
Je ne l'avais jamais entendu sur scène et dès les premières notes on est suffoqué par la beauté du timbre ,la projection de la voix,l'apparente facilité des aigus et suraigus avec un registre très homogène mais aussi le raffinement des nuances,l'émotion dégagée, les pianissimis aigus impalpalbles etc... vous l'aurez compris, je suis tombé sous le charme de cette voix incomparable sans doute un des plus grands ténors belcantiste actuels.
Je n'en dirai pas plus pour ne pas" deflorez"(Je pouvais pas la rater celle là ) la fin ....
Ps:seul bémol (si on peut dire) il n'a pas fait le contre fa-final!

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Re: Bellini - I Puritani- Franklin/Miskimmon - Barcelone - 10/2018

Message par offenbach » 09 oct. 2018, 09:14

J'aime beaucoup tes mots sur Camarena, qui me rappellent exactement l'émotion et l'incrédulité qui m'ont saisi lorsque je l'ai redécouvert (après une longue éclipse de plus de 8 ans) en décembre 2016 à Zurich, précisément dans les Puritains. Depuis, je ne peux plus m'en passer, tellement chacune de ses apparitions est un bonheur jouissif.

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Re: Bellini - I Puritani- Franklin/Miskimmon - Barcelone - 10/2018

Message par philipppe » 09 oct. 2018, 09:30

offenbach a écrit :
09 oct. 2018, 09:14
J'aime beaucoup tes mots sur Camarena, qui me rappellent exactement l'émotion et l'incrédulité qui m'ont saisi lorsque je l'ai redécouvert (après une longue éclipse de plus de 8 ans) en décembre 2016 à Zurich, précisément dans les Puritains. Depuis, je ne peux plus m'en passer, tellement chacune de ses apparitions est un bonheur jouissif.
Oui, je me rappele aussi de cette représentation incroyable !

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Re: Bellini - I Puritani- Franklin/Miskimmon - Barcelone - 10/2018

Message par HELENE ADAM » 09 oct. 2018, 10:00

offenbach a écrit :
09 oct. 2018, 09:14
J'aime beaucoup tes mots sur Camarena, qui me rappellent exactement l'émotion et l'incrédulité qui m'ont saisi lorsque je l'ai redécouvert (après une longue éclipse de plus de 8 ans) en décembre 2016 à Zurich, précisément dans les Puritains. Depuis, je ne peux plus m'en passer, tellement chacune de ses apparitions est un bonheur jouissif.
+1
J'ai repris une place pour Don Pasquale cette saison à Garnier pour lui...
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

Mon blog :
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Re: Bellini - I Puritani- Franklin/Miskimmon - Barcelone - 10/2018

Message par raph13 » 09 oct. 2018, 10:21

enrico75 a écrit :
09 oct. 2018, 08:58
Au début la voix est petite et a du mal à se projeter mais rapidement elle prends de l assurance surtout grâce à Camarena et le duo final du 1 est fabuleux avec un feu d'artifice de suraigus couronné par je crois un mi-bemol pleine voix à l'unisson déclenchant une énorme ovation dans la salle.
Sauf erreur, il ne me semble pas qu'il y ait un duo Elvira/Arturo au 1er acte.
Est-ce que tu parles de "Vieni fra questa braccia" au 3ème acte ?
« L’opéra est comme l’amour : on s’y ennuie mais on y retourne » (Flaubert)

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Re: Bellini - I Puritani- Franklin/Miskimmon - Barcelone - 10/2018

Message par enrico75 » 09 oct. 2018, 12:25

Non c'est vrai je parlais de la fin de la scène 3 du 1er acte le dialogue arturo-elvira

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