Verdi – Rigoletto – Montané/Barbalich – Toulon 10/2018

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Verdi – Rigoletto – Montané/Barbalich – Toulon 10/2018

Message par Torquemada » 06 oct. 2018, 15:12

Rigoletto

Direction musicale Daniel Montané
Mise en scène Elena Barbalich
Décors & costumes Tommaso Lagattolla
Lumières Fiammetta Baldiserri

Gilda Mihaela Marcu
Maddalena Sarah Laulan
Giovanna Nona Javakhidze
La Comtesse Ceprano Alice Ferrière

Rigoletto Francesco Landolfi
Le Duc de Mantoue Marco Ciaponi
Sparafucile Dario Russo
Le Comte Monterone Nika Guliashvili
Matteo Borsa Vincent Ordonneau
Marullo Mikhael Piccone
Le Comte Ceprano Federico Benetti

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Toulon

Production Opéra de Saint-Étienne

Représentation du 05/10/2018 (première)

Elena Barbalich fait de Rigoletto un drame essentiellement masculin où les femmes sont réduites à l’état d’objets conservés dans de macabres cabinets de curiosités – qu’il s’agisse du collectionnisme du duc, se vantant au lever de rideau d’enchaîner les conquêtes, ou du fétichisme de Rigoletto, qui pense pouvoir élever sa fille coupée du monde. Lors de leur première apparition, tous les personnages féminins (de la comtesse de Ceprano à Maddalena) semblent pétrifiés avant d’être mis en mouvement par les hommes qui les entourent (ou plutôt qui les enferment). En désobéissant à plusieurs reprises et en finissant par s’échapper, Gilda est la seule à se défaire de l’emprise masculine pour affronter de plein gré son destin tragique.

Si le propos de la metteuse est parfaitement cohérent, il n’est pas toujours aussi lisible qu’on le souhaiterait et ni assez séduisant pour convaincre l’œil avant l’esprit. Les parois mobiles qui figurent alternativement le palais du duc et la demeure de Rigoletto s’opposent par le contenu des niches vitrées qui figurent la folie des deux hommes : femmes dénudées prêtes à se métamorphoser en arbres chez l’un, arbres et rameaux secs chez l’autre. Même si l’on met à part le fait que c’est en écoutant l’interview d’Elena Barbalich en marge des représentations de Pavie (facilement trouvable sur internet) que j’ai enfin réussi à comprendre ce que contenait le « cabinet » de Rigoletto (défaut de lumière ?), la métaphore végétale reste assez confuse et, à mon avis, contre-productive. Si les femmes collectionnées par le duc sont autant de Daphné en cours de métamorphose, on comprend qu’elles lui ont à chaque fois échappé et que le nouvel Apollon les a mises sous verre par dépit. Mais alors, que diable signifient ces arbres dans la demeure du bouffon ? Or ces détails de la scénographie qui attirent l’œil au risque de le perdre ne sont pas toujours soutenus par une vision globale qui fait immédiatement sens. L’univers visuel présenté distille certes l’angoisse de l’enfermement grâce aux lumières blafardes qui contrastent efficacement avec une obscurité menaçante ; mais les costumes qui hésitent sciemment entre le XVIe siècle et l’heroic fantasy (dans une veine qui n’est pas si éloignée des partis pris esthétiques du Nabucco de juin dernier à Toulon) tirent davantage les personnages vers le grotesque que vers le sublime, pour reprendre des catégories chères à Hugo, et la direction d’acteurs ne m’a pas souvent paru à la hauteur des enjeux dramatiques, notamment dans une fin d’acte II assez grand-guignolesque…

En soutien de la vision très noire de la metteuse en scène figure le travail de Daniel Montané à la direction : sanguin, preste et intensément dramatique, au point de brusquer parfois les chanteurs jusque dans le célèbre quatuor et d’occasionner de légers décalages. L’orchestre suit néanmoins et s’en sort avec les honneurs, de même que le chœur, bien plus vaillant et mieux chantant que de coutume.

Autour du trio central, les comprimari tirent leur épingle du jeu, du Marullo incisif de Mikhael Piccone aux deux clefs de fa (Nika Guliashvili en Monterone impressionnant quoique un peu exotique, et Dario Russo en Sparafucile inquiétant comme il faut et plus idiomatique). J’ai moins goûté en revanche les charmes de Sarah Laulan dont la Maddalena m’a paru outrée dans son refus du badinage du duc, si bien que l’on saisit mal pourquoi elle souhaite ensuite préserver sa vie.

Des trois protagonistes, le rôle-titre est sans doute le plus attendu. En bouffon tragique, Francesco Landolfi m’a quelque peu déçu, ses qualités (un timbre agréable, une voix égale sur toute la tessiture et surtout une diction précise et mordante) ne compensant pas une expressivité trop uniforme à mon goût et une présence théâtrale pas assez affirmée alors que l’on attend un personnage larger than life. En couple d’amants, Mihaela Marcu et Marco Ciaponi sont idéalement juvéniles. Jolie comme un cœur, la soprano roumaine est une Gilda frémissante qui rompt heureusement avec la tradition des rossignols – certes au prix de quelques aigus hasardeux, dont elle aurait pu tout aussi bien se passer sans y perdre grand-chose. Dotée d’un timbre séducteur et d’une belle musicalité, elle incarne dignement l’héroïne romantique de Verdi et Piave, jusque dans une mort véritablement poignante, vocalement et scéniquement. Peut-être pourrait-elle cependant mettre plus de mots dans son chant qui m’a paru manquer de consonnes et d’accents. Aucun mot ne manque en revanche à Marco Ciaponi qui semble chanter comme il parle et campe un duc ardent et enjôleur, grâce à son timbre vibratile et lumineux, armé d’un aigu conquérant. Mais s’il captive, c’est surtout par une musicalité raffinée, qui le garde de toute vulgarité, et par une grande justesse psychologique. Comme on écoute volontiers son discours da vero libertino aussi bien défendu !
"Totor est de Torquemada le diminutif plein de charme!"

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