Offenbach - Les Fées du Rhin- Pionnier / Rousseau- Tours- 09 & 10/2018

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JdeB
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Offenbach - Les Fées du Rhin- Pionnier / Rousseau- Tours- 09 & 10/2018

Message par JdeB » 27 sept. 2018, 08:33

Offenbach – Les Fées du Rhin (1864)
Opéra romantique en 4 actes
Livret de Charles Nuitter et Jacques Offenbach

Serenad Burcu Uyar – Laura / La Fée
Sébastien Droy – Franz
Marie Gautrot – Hedwig
Jean Luc Ballestra – Conrad von Wenckheim
Guilhem Worms – Gottfried
Marc Larcher –le paysan / premier mercenaire
Jean-Marc Bertre* – deuxième mercenaire

Pierre-Emmanuel Rousseau – mise en scène, décors et costumes
Gilles Gentner -- lumières
Charlotte Rousseau – vidéo

Chœur de l'Opéra de Tours*
Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours
Benjamin Pionnier – direction musicale

Nouvelle production de l'Opéra de Tours, coproduction avec le Théâtre Orchestre Bienne Soleure.

Opéra de Tours, 30 septembre 2018



Créée le 4 février 1864 au Hofoperntheater de Vienne, la version allemande, Die Rheinnixen, n’est pas inconnue des Français, puisqu’on l’entendit en version de concert à Montpellier le 30 juillet 2002, avec un enregistrement discographique à la clé, puis à Lyon en 2004. Il a fallu tout de même attendre cette série de représentations scéniques réalisées sous la double égide de l’Opéra de Tours et du Palazetto Bru Zane pour que vive enfin la version française originale et intégrale d’un ouvrage qu’Offenbach ne parvint jamais à faire jouer dans sa patrie d’adoption.

Mélodies envoûtantes, atmosphères merveilleusement bien campées (la kermesse au Ier acte, le Rocher des Elfes et son magnifique ballet), rien ne manque à cet ouvrage des attendus du grand opéra romantique : ni les rapports familiaux tordus, ni même une scène de folie (cette fois-ci dévolue au ténor), ni une intrigue quelque peu tirée par les cheveux, ni un final doux-amer… ici battu en brèche au nom du réalisme. Il est vrai que ce dernier est bien maltraité par l’imagination de librettistes qui ne mégottent ni une invraisemblance, ni une aberration, ni des éléments fantastiques issus des contes d’Hoffman (le vrai !), de vieilles légendes et d’œuvres antérieures; on y retrouve certaines péripéties de Giselle, du Lac des fées d’Auber, et même de Il Trovatore, des Huguenots ou des Vêpres siciliennes !

En voici l’argument : dans une contrée ravagée par la guerre et les atrocités (guerres allemandes du XVIe siècle dans le livret, transposées ici dans les Balkans au XXe siècle), la paysanne Laura, fille d’Hedwig, pleure son fiancé absent. Elle retrouve son Frantz, devenu amnésique, parmi les reîtres du cruel Conrad qui ravage la région. Ce dernier, par cruauté, la force à chanter jusqu’à son trépas supposé, ignorant qu’elle est sa fille. (En effet, il avait autrefois trompé Hedwig par un faux mariage, avant de l’abandonner.) Par vengeance, le chasseur Gottfried (transformé en pope dans la présente production), épris de Laura, sert de guide aux lansquenets de Conrad et les entraîne dans la forêt, espérant les voir succomber aux sortilèges des elfes, esprits de jeunes filles mortes par amour. Cette même forêt dans laquelle Hedwig est aussi entrée, espérant revoir sa fille parmi les esprits. Laura sauvera ceux qu’elle aime des enchantements sylvestres, après avoir appris le secret de sa naissance et pardonné à son père et à son fiancé, lequel a finalement recouvré la mémoire grâce à elle. Ce sont ces mêmes chants des elfes qui les sauveront tous de la vengeance des soldats mutinés de Conrad… sauvetage ex machina refusé ici par un metteur en scène qui préfère suivre la cohérence de la violence plutôt que les sortilèges initiaux, en les reléguant dans une possible évasion onirique des personnages.

Ce livret alambiqué trouve un véritable liant grâce à l’intensité de la partition, qui alterne grands ensembles choraux, moments de bravoure et intimité. Au gré des cœurs palpitants des héros allant d’errances forestières en coups de théâtre, d’épanchements en désirs de vengeance ponctués de remontée mémorielle, d’échappées oniriques et de violence, on vibre à ce récit tout de bruits et de fureurs, de murmures et de bruissements, malgré une exposition un peu longuette. Si la tentation est grande de rechercher dans cet Offenbach la trace d’une œuvre en devenir, de guetter un trait, une inflexion, une réminiscence du grand opéra alla Weber, la saveur d’une scène de foule, l’incantation d’un mouvement de danse réutilisé ou un futur tropisme mortifère (chanter ne réussit guère aux héroïnes offenbachiennes…), on ne peut être qu’émerveillé par la richesse mélodique, la vigueur et la construction savante d’une partition vraiment enthousiasmante.

Encerclé par une forêt de plus en plus prégnante, lieu incertain où tout peut arriver, ce huis-clos oppressant est développé avec finesse par Pierre-Emmanuel Rousseau. Il crée une atmosphère suintant de tension et d’éclats émotionnels qui s’opposent avec l’impavidité d’une nature immuable. Le naturalisme des premiers tableaux (campement prenant la place de la ferme d’Hedwig, cimetière embrumé) s’efface ensuite pour un sous-bois rendu proprement féérique grâce aux très belles vidéos de Charlotte Rousseau, suggérant un monde mouvant et bruissant, en écho à la partition. La direction d’acteur se coule, elle aussi, dans les attendus du Grand Opéra, ses outrances de la surnature et ses rebondissements spectaculaires, tout en lovant avec finesse, dans les affects des protagonistes, tout un monde lointain sous le signe d'une religiosité mâtinée de mythes païens résurgents. A quelques scories près, Pierre-Emmanuel Rousseau, initiateur de ce beau projet, qui a pris sa large part des huées au rideau final, signe à nouveau une très efficace production et ce malgré un budget serré. Curieusement et judicieusement, il fait cousiner ces Fées du Rhin avec La Fille de Neige
Il nous a livré en interview hier quelques clés de ce travail si fouillé dans sa direction d’acteur. Nous y reviendrons donc.

Dans un français qui se bonifie tout au long de la représentation, lumineuse et assurée parfois, très souvent salement fâchée avec la justesse aussi, Serenad Burcu Uyar se débat avec des bonheurs divers avec le registre ardu de Laura, rôle très développé et trop large pour elle, et ne le caractérise souvent que de manière un peu monolithique en scène malgré un engagement irréprochable.

Sébastien Droy, Franz fragile et erratique, se montre tout aussi élégiaque dans ses romances qu’énergique dans le grand duo d’amour et soudard crédible malgré un volume et une palette de couleurs bien limités. Il équilibre avec dextérité accès de violence et sensibilité dans un emploi qui alterne présent intensifié et bouffées d’un passé idéalisé.

Voix puissante et large aux aigus assurés, captivante autant dans la douleur que dans la tendresse, Marie Gautrot est une exceptionnelle Hedwig. Ce rôle de mater dolorosa lui permet enfin de livrer toute l’ampleur de son talent, avec un charisme et un engagement des plus rares. Il faut dire que le véritable « couple » de l’ouvrage est sans doute fondé sur cet amour maternel et filial. Lui est dévolue l’une des mélodies les plus connues d’Offenbach, embryon de la Barcarolle des Contes d’Hoffmann en devenir : dans cette première utilisation, la mère éplorée recherche sa fille au milieu des esprits du Rhin, sa voix se mêlant aux leurs, avec une impression poignante…

Doté d’un timbre autoritaire, du physique idéal pour cette lecture et d’une assurance d’airain, le Conrad de Jean Luc Ballestra est lui aussi remarquable, tant par un jeu sobre où la violence bouillonne et où la tendresse paternelle subitement révélée fissure la brutalité cynique et revendicatrice du chef de milice impitoyable. Il se montre bouleversant dans ses retrouvailles avec Hedwig

Guilhem Worms, l’amoureux altruiste, confère au rôle de Gottried une puissance inattendue, renforcée par un timbre soyeux, des graves impressionnants et une diction remarquable. (On reste d’ailleurs éblouis par le trio masculin du second acte.)

Marc Larcher et Jean-Marc Bertre complètent avec efficacité cette distribution engagée et très homogène. Il faut également saluer la précision et l’impact des chœurs de l’Opéra de Tours, et qui se glissent avec finesse tant dans les victimes que leurs oppresseurs.

Benjamin Pionnier aurait dû chauffer à blanc sa phalange dans les méandres et les « leitmotivs » d’une partition luxuriante, où la délicatesse alterne avec l’impétuosité, mais nous livre plutôt une lecture plus étale qui manque de contrastes et d’aspérité tout en ménageant de forts moments. Chapeau bas aux harpistes qui irisent les temps suspendus d’un voyage au sein de la mémoire où tout peut arriver.

Cette redécouverte tourangelle marquera sans doute la fin définitive de l’équation « Jacques Offenbach = musique comique ». Si Les Contes d’Hoffman avaient déjà enfoncé le clou, ces Fées du Rhin si séduisantes convaincront les derniers réfractaires qu’Offenbach est bien un compositeur « sérieux » absolument passionnant.

Jérôme et Emmanuelle Pesqué
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Re: Offenbach - Les Fées du Rhin- Pionnier / Rousseau- Tours- 09 & 10/2018

Message par JdeB » 03 oct. 2018, 11:34

Nous venons de publier notre critique
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
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Re: Offenbach - Les Fées du Rhin- Pionnier / Rousseau- Tours- 09 & 10/2018

Message par wababelooba » 04 oct. 2018, 11:18

J'avais découvert ces Fées du Rhin dans un Festival Offenbach à Lyon , avec la direction magnifique de Minkowski.
C'est vrai que pour ceux qui n'ont pas encore ressenti tout le génie d'Offenbach , c'est indispensable.
Et merci à Minko pour ses pépites du Châtelet et à Lyon pour toutes les redécouvertes ( version courte mais scénique du Voyage dans la Lune , Monsieur Choufleuri, et plus récemment le superbe Roi Carotte)

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