Haendel - il trionfo del tempo - R. Jacobs - Ambronay 15/09/2018

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perrine
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Haendel - il trionfo del tempo - R. Jacobs - Ambronay 15/09/2018

Message par perrine » 22 sept. 2018, 17:13

IL TRIONFO DEL TEMPO E DEL DISINGANNO
Sunhae Im soprano (Bellezza)
Robin Johannsen soprano (Piacere)
Benno Schachtner alto (Disinganno)
James Way ténor (Tempo)

Freiburger Barockorchester
René Jacobs direction


Abbaye d’Ambronay, samedi 15 septembre 2018

Pour son premier oratorio composé à l’âge de 22 ans, le jeune Haendel n’a choisi ni le classique caractère biblique ou thème mythologique, mais un livret allégorique à visée morale du cardinal Pamphili. Quatre personnages se livrent bataille psychologique : Beauté jure fidélité à Plaisir, alors que Temps et Désillusion détournent la jeune femme de ses serments. Beauté se décidera à vivre le reste de ses jours dans un cloitre isolé, et Plaisir repartira rageuse et indignée.

C’est ce soir le très rodé et expérimenté Freiburger Barockorchester dirigé par René Jacobs qui accompagne un plateau chevronné de chanteurs jeunes.

Si la rigueur des instrumentistes est visuellement triste dans cette version scénique, avec peu d’échanges, peu de regards ou de complicité apparente (malgré l’accolade chaleureuse et satisfaite entre les musiciens en fin de représentation), le rendu auditif est d’une belle précision, et les nombreux morceaux avec solistes font ressortir leurs qualités de concertistes. René Jacobs fait avancer la partition avec beaucoup de vivacité et d’énergie. Les sonorités de l’orchestre sont magnifiques et l’équilibre instruments - musiciens – chanteurs est parfait.
Après un début besogneux et un souffle assez court, Benno Schachtner monte en puissance au fil de la représentation. Le timbre est agréable et les vocalises sont suaves et bien exécutées.
C’est un Temps très mature que nous propose James Way. Les graves sont riches et possèdent une certaine noirceur qui le rendent machiavélique dans Urne voi, che racchiudete tante belle, et le registre aigu est solide. Il fait preuve de virilité dans Folle, dunque to solo presumi, et E ben folle quel nocchier est réalisé avec une grande maîtrise des vocalises. Assurément, ce jeune ténor est à suivre.

La palme de ce soir, revient à Plaisir, interprété par la soprano Américaine Robin Johannsen. Dès sa première aria, elle est convaincante et capte le public grâce à un timbre très agréable et une belle ligne de chant. Tu giurasti di non lasciarmi est furieux et exécuté sans failles. Elle distille tout au long de l’œuvre une densité autour de son personnage tentant tout pour garder Beauté sous son influence. Les variations du tant entendu Lascia la spina sont fines et elle finit dans un Come nembo che fugge virtuose et rageur.
Sunhae Im, soprano sud coréenne, travaille bien sur la caractérisation de son personnage. D’abord mutine, elle court contre le temps avant de se résigner, passant dans des états d’âme d’indécision face au choix à faire. La deuxième partie gomme peu à peu une certaine acidité dans les aigus, mais les arias qui sont dans les registres mediums sont splendides, à l’instar de lo sperai trovar nel vero chargé de doutes, ou du sublime final Tu del ciel ministro eletto délicat qui reste en apesanteur avec la note à la pédale de l’orgue que René Jacobs laisse suspendue de nombreuses secondes.

Au-delà du Triomphe du Temps, ce soir a également été celui la jeunesse !

Perrine
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Piero1809
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Re: Haendel - il trionfo del tempo - R. Jacobs - Ambronay 15/09/2018

Message par Piero1809 » 25 sept. 2018, 09:37

Merci pour votre compte rendu. J'étais aussi à Ambronay ce samedi 15. Je suis d'accord avec votre appréciation des chanteurs. Robin Johanssen a été une révélation pour moi et j'ajouterai aux qualités que vous avez soulignées justement, un engagement exceptionnel. J'ai aussi beaucoup aimé Benno Schachtner que j'ai surtout apprécié dans les airs au tempo modéré et aux effusions lyriques où sa voix au timbre très chaleureux est bien mise en valeur.

Par contre je n'ai pas ressenti de froideur dans le jeu de scène des artistes. La discrète mise en espace leur permet en effet de se mouvoir et de s'opposer dans les deux quatuors vocaux de la partition. La relation entre Plaisir et Beauté m'a bien plu surtout à la lumière des propos de René Jacobs qui suggère que ces deux entités pourraient être au départ amants ou même mari et femme.

D'accord avec vous le dernier air nous emmène dans les hauteurs et cela en partie grâce à la violoniste dont le solo est sublime.

Ce concert peut être visionné sur culturebox.

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