Haendel - Jaroussky/Barath - Lyon & Paris - 09/2018

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perrine
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Haendel - Jaroussky/Barath - Lyon & Paris - 09/2018

Message par perrine » 18 sept. 2018, 14:08

AIRS ET DUOS D'OPÉRAS
Georg Friedrich Haendel
Ariodante, Lotario, Almira, Rodelinda, Serse, Giulio Cesare, Scipione

Philippe Jaroussky Alto
Emoke Baráth Soprano

Ensemble Artaserse

Ariodante - Ouverture
Ariodante - Aria « Qui d’amor »
Ariodante - Duo « Prendi da questa mano » (Ariodante/Ginevra)
Lotario - Aria « Scherza nel mar la navicella » (Adelaide)
Concerto grosso op. 6 n°4 - Larghetto affettuoso
Parnasso in festa - Récitatif « Dopo d’haber perduto » (Orfeo)
Parnasso in festa - Aria « Ho perso il caro ben » (Orfeo)
Concerto grosso op. 6 n°4 - Allegro
Almira - Aria « Geloso lamento » (Almira)
Giulio Cesare - Aria « L’aure che spira » (Sesto)
Concerto grosso op. 6 n°5 - Largo
Rodelinda - Duo « Io t’abbraccio » (Rodelinda/Bertarido)

Concerto grosso op. 6 n°5 - Ouverture
Serse - Duo « Troppo oltraggi la mia fede » (Arsamene/Romilda)
Serse - Aria « Se bramate d’amar» (Serse)
Concerto grosso op. 6 n°8 - Adagio
Giulio Cesare - Récitatif « Che sento ? » (Cleopatra)
Giulio Cesare - Aria « Se pieta di me non senti » (Cleopatra)
Concerto grosso op. 6 n°8 - Andante allegro
Ariodante - Récitatif « E vivo ancora » (Ariodante)
Ariodante - Aria « Scherza infida » (Ariodante)
Scipione - Aria « Scoglio d’immota fronte » (Berenice)
Concerto grosso op. 6 n°11 - Allegro
Ariodante - Duo « Bramo haver mille vite » (Ariodante/Ginevra)

Bis - Tamerlano, duo "Vivo in te, mio caro bene"


Chapelle de la trinité, Lyon, le 17 septembre 2018

Pour l’ouverture de la saison, les grands concerts de la Chapelle de la Trinité ont frappé un grand coup avec un duo Emoke Barath / Philippe Jaroussky qui a surclassé toutes les attentes.
Si Philippe Jaroussky est un habitué et un chouchou du lieu, Emoke Barath, plus jeune sur les scènes internationales et un peu moins connue du grand public, a néanmoins déjà fait ses preuves sur les scènes internationales et au disque, mais aussi à Lyon, dans cette même chapelle en 2014 (Scylla et Glaucus – J.M. Leclerc) et en 2015 en récital.
Les deux chanteurs commencent à bien se connaitre puisqu’ils ont notamment donné un Stabat Mater de Pergolesi sous la direction de Nathalie Stuzmann en 2014, et plus récemment un Orfeo et Euridice à Versailles, ainsi qu’un Alcina au TCE.
C’est aux Nuits Musicales d’Uzès, dont Eric Desnoues est également le directeur, qu’ils ont lancé leur tournée estivale d’une douzaine de dates à travers l’Europe, dans un programme presque trop banalement intitulé « Haendel : Airs et duos d’opéra ». Si le récital était déjà léché et peaufiné le 20 juillet dernier à Uzès, il y a eu ce soir cette touche de je ne sais quoi qui vous transporte. Il s’est dégagé de la soirée beaucoup d’humilité entre eux, avec l’ensemble Atarsese et avec le public.

Le programme est constitué d’airs, pour la plupart assez connus, qui tournent autour du mariage, de la dispute, de la jalousie, du désespoir jusqu’à la réconciliation. L’occasion pour les deux chanteurs de nous faire profiter de toutes leurs qualités vocales. Ils interviennent sans partition, ce qui leur laisse également plus de liberté pour l’interprétation.
Après un premier air délicat chanté par Philippe Jaroussky « Qui d’amor », le duo « Prendi da questa mano » nous prend littéralement par la main et nous ne les quitterons plus jusqu’au bis final « Vivo in te » où la fusion est totale.
La virtuosité, la technique, la longueur du souffle, l’élasticité, la beauté du timbre, de Philippe Jaroussky ne sont plus à démontrer, et il est ce soir dans une très grande forme. Les pianis sont déchirants (Ho perso il caro ben) et les médiums ont gagné en densité. Son chant est percutant dans « L’aure che spira », telle une cocotte-minute qui bout avant qu’elle n’explose. De même en deuxième partie, les vocalises sont rageuses « Se bramate d’amar », et l’aria « Scherza infida » avec le bassoniste Nicolas André est d’une osmose parfaite.
Tous ces compliments sont également à retourner à Emoke Barath. Elle parait inébranlable dans « Scherza nel mar la navicella », avec des vocalises nettes et liées, très claires et une longueur de souffle ahurissants. Le duo « Geloso lamento » avec le superbe hautbois solo Guillaume Cuiller laisse découvrir des mediums charnus et une tourmente intérieure. Subtilement accompagnée par le basson dans « Se pieta di me non senti », une grande délicatesse se fait sentir. Le public reste suspendu à son imploration, respirant à peine (se demandant d’ailleurs quand elle-même respire !). Un dernier tour dans la virtuosité, l’aisance dans les vocalises et les aigus tempétueux du « Scoglio d’immota fronte » ne font que remettre une couche sur son talent et son engagement.
Ce bonheur de solistes est complété dans les duos où leurs voix s’accordent à merveille et envoûtent. Ils ont la même ampleur, le même volume, les mêmes sonorités, la même précision et la même finesse d’exécution.

L’ensemble Artaserse qui les accompagne complète la réussite de la soirée avec le même niveau d’exigence, de minutie, d’investissement, et d’écoute. Du début à la fin, les musiciens échangent constamment des regards entre eux. Le courant est parfaitement établi et l’énergie déployée, la précision des attaques, le soutien de tous les instants sont porteurs de complicité et connivence entre tous les acteurs du soir.

Difficile de les voir partir sous les applaudissements chaleureux, mais la soirée a été d’une générosité infinie, le tout servi dans l’écrin de la chapelle de la Trinité.

Perrine
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JdeB
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Re: Haendel - Jaroussky/Barath - Lyon & Paris - 09/2018

Message par JdeB » 24 sept. 2018, 09:18

Paris, Philharmonie, Salle Pierre Boulez, 21 septembre 2018

Même programme qu'à Lyon

Bis :
Tamerlano, duo "Vivo in te, mio caro bene"
Serse - Duo « Troppo oltraggi la mia fede »

Vingt ans après (ou presque)


Haendel a toujours été au cœur du répertoire de Philippe Jaroussky, dès son premier récital dans notre capitale, le 14 novembre 1999 au Musée Grévin, où il avait chanté des extraits de Serse et d'Ariodante. Comme ce soir, vingt ans...

Vingt ans placés sous le signe de la fidélité. A ce répertoire (avec désormais neuf rôles du Caro Sassone à son actif), à Philippe Maillard qui était déjà la maître d’œuvre de ses débuts, à sa professeur de chant Nicole Fallien, ma voisine d'un soir, d'une étonnante jeunesse pour ses 81 ans, qui fit travailler aussi V. Gens, H. Ledroit et G. Lesne, à Paris où aucun artiste n'a été aussi présent ces 15 derniers mois (concert avec C. Bartoli et Jubilé de K. Deshayes à Gaveau, création française d'Only The Sound remains à Garnier, Alcina et Orfeo avenue Montaigne !)

Les débuts dans la salle Pierre Boulez, bondée, de Philippe Jaroussky ne s'annonçaient pas sous les meilleurs auspices puisque sa santé n'était guère au beau fixe depuis 15 jours ce qui l’empêchait nullement de tenir un agenda surchargé (il chantait la veille à Versailles !).

Mais très vite les craintes de sa professeur se sont dissipées et dans l'acoustique flatteuse (pour qui sait l’apprivoiser) de la Philharmonie, la voix de la star se projetait avec une rare netteté et un vrai impact, la technique émérite du musicien hors pair faisant merveille. Une fois de plus on notait à quel point sa voix avait gagné en largueur, couleurs et vigueur alors même que l’interprète introverti des débuts ("je me cachais derrière la musique" avoue-t-il) s'est sensiblement libéré.

L'ensemble Artaserse aussi a acquis, depuis 16 ans, une vraie identité artistique et ose des hardiesses étonnantes comme dans l'accompagnement singulier, très en relief et raucités suaves, au diapason de la chamade qui agite Cleopatra dans son fameux et irrésistible lamento.

Emoke Barath confirme, et de manière éclatante, tous les espoirs placés en elle, aussi à l'aise dans l"élégie que dans la vivacité des scènes de dispute, avec toujours une probité stylistique et une noblesse simple qui forcent l'admiration et nous charment.

Bref, une soirée de vrais bonheurs.

Jérôme Pesqué
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
Odb-opéra

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