Musique sacrée Renaissance-Ensemble Cl.Janequin/D.Visse-Vézelay 25/08/2018

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petitchoeur
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Musique sacrée Renaissance-Ensemble Cl.Janequin/D.Visse-Vézelay 25/08/2018

Message par petitchoeur » 02 sept. 2018, 20:22

François 1er et Charles-Quint, ennemis d’Etat


Clément Janequin (c 1485-1558) :
Messe La Bataille, Kyrie
Cristobald de Morales (c 1500-1553) :
Sabbato sancto, lectio I
Josquin Desprez (c 1440-1521) :
Messe de Beata Virgina, Gloria
Claudin de Sermisy (c 1490-1562) :
Salve Regina
Missa Ad placitum, Credo
Cristobald de Morales :
Qui consolabatur
Claudin de Sermisy :
Sabbato sancto, lectio I
Clément Janequin :

Messe La Bataille, Sanctus
Claudin de Sermisy :
Sabbato sancto, lectio III
Cristobald de Morales :
Missa L'homme armé, Agnus Dei

Ensemble Clément Janequin
Hugues Primard, ténor
Vincent bouchot, baryton
Marc Busnel, basse
Renaud Delaigue, basse
Yoann Moulin, orgue positif

Dominique Visse, contre-ténor et direction

Asquins, église Saint-Jacques-le-Majeur, dans le cadre des Rencontres Musicales de Vézelay
le 25août 2018


Le contre-ténor Dominique Visse, élève d’Alfred Deller, est présent sur la plupart des scènes d’opéras qui donnent des productions baroques. Il est aussi le fondateur, il y a 40 ans, de l’Ensemble Clément Janequin qui se consacre à la musique sacrée et profane de la Renaissance.
Pour son quarantième anniversaire l’Ensemble Clément Janequin offre un écho musical de la rivalité entre François 1er et Charles Quint. Les quatre compositeurs des œuvres sacrées proposées cet après-midi ont tous appartenu soit aux Ecuries (pour les spectacles de plein-air), soit à la Chambre (pour les concerts privés), soit aux Chapelles de musique (pour les célébrations religieuses) de ces deux souverains. La rivalité entre eux existe aussi le domaine musical. Charles Quint entretient sa propre chapelle dès l’âge de 9 ans ! Il est lui-même un bon clavicordiste. Sous François 1er la musique connaît un immense développement. C’est lui qui accorde le titre de « libraire et imprimeur de musique du Roi » à Pierre Attaignant en 1538, premier français à imprimer de la musique. Ce qui permet une large diffusion des œuvres de Sermisy, de Josquin Desprez et de Janequin. Cristobald de Morales, espagnol, a été au service de la chapelle papale et, à ce titre, a composé une cantate, Jubilate Deo omnis terra, donnée à Nice en 1538 pour célébrer la trêve entre l’Empereur et François 1er.
Ces quatre compositeurs sont des musiciens de la Renaissance. Ils savent (c’est la grande nouveauté) superposer de manière organisée et complexe des lignes mélodiques distinctes. Cette polyphonie très savante est extrêmement ornée, niellée, incrustée, guillochée comme le fait un orfèvre «travaillant» les métaux précieux. Pour le plus grand plaisir des interprètes qui peuvent faire admirer leur brillante technique et des auditeurs séduits par les difficultés surmontées avec aisance. Mais aux dépends de l’émotion et avec, très souvent, l’oubli, par le compositeur, du texte qu’il est censé servir par sa musique. Prenons un exemple. Entre le Gloria de la messe De Beata Virgine de Josquin Desprez, et le Salve Regina de Claudin de Sermisy, aucune différence de tempi, d’intonations, de rythmes, d’intention pour deux prières fondamentalement différentes de construction et d’esprit et dont le rôle dans la liturgie n’est absolument pas le même. Le texte et les mots disparaissent sous une magnifique écriture musicale.
En revanche on peut déjà percevoir dans quelques pièces données par l’Ensemble Clément Janequin, ce que, plusieurs dizaines d’années plus tard, les musiciens baroques, maniant une écriture tout aussi savante, saurons faire en mettant leur musique au service des textes qu’ils utilisent. Monteverdi (1567-1643) est, sans doute, le premier à avoir compris que la musique possède un pouvoir dramatique exemplaire si elle se fait servante de la parole. Deux exemples: le et homo factus est (s’est fait homme) du Credo de la messe Ad placitum de Claudin de Sermisy et le Jerusalem, convertere ad Dominum Deum tuum (Jérusalem, reviens au Seigneur, ton Dieu) de la lectio III du Samedi Saint du même Sermisy. Une atmosphère en total contraste avec le reste des paroles chantées dans chacun de ces morceaux. L’émotion est alors au rendez-vous : la musique se coule alors dans ces paroles fortes pour un chrétien !
L’Ensemble Clément Janequin est d’une grande qualité : beaux timbres, voix lumineuses, parfaite maîtrise collective du contrepoint savant, excellente prononciation, pas de vibrato : cette musique est magnifiquement servie. A l’écoute, on comprend l’alarme des autorités religieuses de l’époque : les chrétiens, ensorcelés par ces musiques, ne risquaient-ils pas d’en oublier le sens profond de ces prières ?
Le public d’Asquins s’est laissé, à juste titre, ensorcelé ! Un bis de Josquin Desprez : la Déploration sur la mort de Jean Ockeghem l’a comblé.

Pierre Tricou

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