Récital J. Kaufmann - J. Rieder - Peralada - 28/07/2018

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MariaStuarda
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Récital J. Kaufmann - J. Rieder - Peralada - 28/07/2018

Message par MariaStuarda » 29 juil. 2018, 16:08

Festival de Castell Peralada
28 juillet 2018


Jonas Kaufmann, ténor
Jochen Wieder, direction
Orchestre titulaire du Teatro Real

Première partie :

Camille Saint-Saëns
Bacchanale (Samson et Dalila)

Charles Gounod
Ah, lève-toi, soleil! (Roméo et Juliette)

George Bizet
Danse bohème, de Carmen Suite nº 2
La fleur que tu m’avais jetée (Carmen)

Emmanuel Chabrier
Habanera

Jacques-François Halévy
Rachel quand du Seigneur (La Juive)

Jules Massenet
Le dernier sommeil de la vierge
O Souverain (Le Cid)

seconde partie :

Richard Wagner
Chevauchée des Walkyries (Die Walküre)
Ein Schwert verhiess mir der Vater (Die Walküre)
Preludio del Auto I (Die Meistersinger von Nürnberg)
Morgenlich leuchtend im rosigen Schein (Die Meistersinger von Nürnberg)
Preludio (Lohengrin)
In fernem Land (version originale - Lohengrin)

Bis :
Pourquoi me réveiller (Werther)
Winterstürme wichen dem Wonnemond (Die Walküre)
Traüme (Wesendonck lieder)

Un récital de Jonas Kaufmann est un évènement en soi, voire une messe pour ses admirateurs inconditionnels. Le ténor est observé autant comme une méga-star que comme un athlète de haut niveau; son rythme effréné des dernières années et les accidents de parcours qui en furent la conséquence semblent avoir laissé la place à une gestion de carrière plus raisonnable et linéaire.
Incontestablement, Jonas qui marqua de son empreinte des grands opéra de Verdi tout comme le répertoire français, plonge aujourd’hui dans l’œuvre du maître de Bayreuth. Ce récital est le miroir de ce cheminement; Verdi n’y trouve pas sa place et l’opéra français y est abordé dans un panorama bien large pour être totalement convaincant.
il est cependant regrettable que pour cette soirée exceptionnelle, il n’ait pas été mieux accompagné, non semble-t-il par l’orchestre que l’on retrouvera le lendemain, côtoyant les sommets dans Thaïs, mais par un chef qui peine notamment à donner de la dynamique, voire du clinquant dans une bien molle bacchanale de Samson et une danse bohème, assez terne de Carmen.
Il n’y a que dans les airs lents que l’orchestre se trouve en phase et ensuite globalement dans Wagner. Et quelle idée saugrenue que de donner une chevauchée des walkyries sans ... walkyries ! ... Comme si, dans cet air, le déchaînement orchestral wagnérien pouvait s’abstenir de dialoguer avec l’hystérie des femmes guerrières !
Pour la partie française, ceux qui ont connu le ténor souverain dans Don José à Londres et génialement intériorisé dans Werther à Paris peuvent être globalement déçus des deux airs donnés. Cela appartient à l’histoire de Jonas, à l’art incomparable de l’artiste, à la prononciation et à l’intelligence du texte, proches du parfait, mais ces rôles semblent désormais appartenir à son passé. Quant à l’air de Roméo et Juliette qui n’est et n’a jamais été pour lui, il apparaît comme un morceau de récital déconnecté de son répertoire naturel.
Pour retrouver le Jonas conquérant, il faut attendre l’air de la Juive. Il redevient alors l’artiste totalement capable de réinventer un rôle. Eleazar est un personnage pour lui, torturé, écartelé, perdu dans son monde intérieur. Il EST Eleazar le temps de cet air sublime. Il doit être Eleazar à la scène ! On en pleure d’avance.
Finir la première partie avec cette « Rachel » aurait semblé projeter le ténor vers son avenir dans le français plus que l’ai du Cid, de toute beauté mais qui ne transcende pas la même émotion.
A l’entracte, la conclusion qui s’impose, c’est que cette période est bien une période de transition pour Jonas Kaufmann.
En effet, au regard de ses récentes grandes prises de rôles wagnériens, galvanisé par les « retours » de ses récents Siegmund et Parsifal, on se prépare à une deuxième partie de haut niveau et on reste pétrifié par ce qui nous est donné.  La beauté pure qui émane de son chant, l’incarnation souveraine redonnent goût à Wagner et feraient courir les moins convaincus (dont je suis) à Bayreuth dans un élan d’excitation irrépressible.
Les reproches que l’on pouvait faire ces dernières années au ténor, à savoir une débauche d’effets sur quelques mots, destinés à envoyer le spectateur enamouré dans les limbes, s’effacent alors totalement, tant le chant est naturel, épuré, tout simplement juste, comme une évidence qui révèle l’adéquation totale entre un chanteur et un compositeur.
Ainsi, avec le temps, son Siegmund est parvenu à une fusion évidente entre l’interprète et le personnage. Et l’on ne saurait en aucune cas réduire le magnifique “ Ein Schwert verhiess mir der Vater “ aux deux Wälse invraisemblables et sidérants qu’il lance coup sur coup comme si son souffle était infini.
Si l’air des Maîtres chanteurs est éblouissant c’est naturellement dans Lohengrin qu’il va réussir à nous conquérir définitivement à tel point que l’on se demande comment des bis pourront exister après cela.
Ainsi, si le “Pourquoi me réveiller” fait fonction de passage presque obligé mais ne rajoute rien à la gloire de son Werther historique, c’est de nouveau avec « Walkyrie » qu’il nous amène sur les chemins du voyage wagnérien et termine avec un Traüme des Wesendonk lieder, dont la douceur caressante nous amène à la sérénité pour la fin de ce somptueux concert.
Oui, sans l’ombre d’un doute, Jonas Kaufmann qui voyage désormais dans le monde de Richard Wagner, a pleinement réussi à nous prendre par la main pour, avec lui, en explorer l’univers; cela se résume en un seul mot : Beauté.

Paul Fourier

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Re: Récital J. Kaufmann - J. Rieder - Peralada - 28/07/2018

Message par MariaStuarda » 30 juil. 2018, 15:31

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Re: Récital J. Kaufmann - J. Rieder - Peralada - 28/07/2018

Message par jerome » 31 juil. 2018, 14:38

MariaStuarda a écrit :
29 juil. 2018, 16:08
quelle idée saugrenue que de donner une chevauchée des walkyries sans ... walkyries ! ... Comme si, dans cet air, le déchaînement orchestral wagnérien pouvait s’abstenir de dialoguer avec l’hystérie des femmes guerrières !
Oui je suis assez d'accord avec toi mais c'est quelque chose qui se fait parfois, et en studio, on a beaucoup d'enregistrements (environ 30) de cette chevauchée sans chant.

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Re: Récital J. Kaufmann - J. Rieder - Peralada - 28/07/2018

Message par HELENE ADAM » 31 juil. 2018, 17:12

Merci pour ton CR qu'on peut enfin lire :mrgreen: après bien des mésaventures avec l'accès à notre forum chéri.
La soirée fut chaude manifestement et je suis moi-même étonnée que Kaufmann tienne à ce point une forme olympique presque parfaite durant le marathon de ce mois de Juillet.
Croisons les doigts.
Depuis son concert à Munich en décembre (O paradis) dont nous avions rendu compte à plusieurs voix ici, il a fait une tournée en mai (un peu partout sauf en... France :mrgreen: ) avec ce répertoire et quelques variantes : les titres que tu as donnés, plus la Damnation, Mignon, Manon avec Jaho à Munich, duo de Don Carlos avec Tézier, le final de Carmen et la bacchanale des Contes avec Aldrich en mai etc.
Cette partie du concert est assez rodée d'autant plus que certains airs ne sont pas nouveaux (Don José, Werther, Manon) dans son répertoire. Je l'avais même déjà entendu dans O juge, O souverain dans un concert commun avec Tézier en juillet 2016.
La reprise de ces airs correspond grosso modo à son dernier CD même si malheureusement il ne chante pas forcément les airs les plus intéressants sur scène (AMHA) notamment Meyerbeer. Son Eléazar (comme son Cid pour moi) sont étonnants et extrêmement expressifs en effet, sans doute parce qu'il découvre toutes les possibilités de ces deux rôles qu'il n'a jamais abordés sur scène et finalement une certaine adéquation à son style et à son timbre qui n'était peut-être pas évidente au vu des interprètes habituels de ces rôles. A suivre en tous cas...
La partie Wagner, aussi riche, est assez rare (mis à part l'année Wagner en 2013 et encore, il donnait autant de concerts Verdi que de concerts Wagner), et il a manifestement décidé de mettre le paquet lors de trois concerts d'affilée en Juillet (un près de Hambourg, celui du téatro real à Madrid et celui de Peralada, ces deux derniers faisant partie d'un "lot", même orchestre du teatro real, même chef, même programme, même sponsor).
Et manifestement, ses interprétation ont marqué ta soirée ( :wink: ). L'ayant entendu successivement dans Parsifal et dans Siegmund le même mois, j'ose imaginer qu'il était particulièrement plongé dans l'atmosphère wagnérienne, celle dont il dit qu'elle est parfois difficile à pénétrer mais que, dès que vous vous laissez aller, vous n'en sortez plus.
Et c'est vrai que lorsqu'on l'entend, il fait preuve d'un naturel étonnant, comme si Wagner ne lui demandait aucun effort. Proposer l'intégralité du récit du Graal, y compris la strophe qu'il a enregistrée en CD mais qui n'est presque jamais donnée sur scène, est assez audacieux (Le blog de notre ami catalan, In Fernem Land, a mis en ligne précisément cette deuxième partie s'enchainant avec "Mein Vater Parsifal etc".
Deux extraits de Siegmund, deux des airs principaux du ténor (il ne manque que Notung...), c'est aussi du grand luxe. Y rajouter l'air emblématique des Meistersinger (et pas un extrait de Parsifal qu'il a en tête plus facilement on imagine) participe aussi de la surprise d'un programme franchement sympa.
Hélas et sans surprise, Jochen n'est pas toujours à la hauteur surtout dans Wagner (on l'avait aussi constaté lors de l'acte 1 complet de la Walküre à Amsterdam il y a un an). C'est un peu la contrepartie de ces nombreux concerts : on lui offre un orchestre le plus souvent (pour le prestige dudit orchestre) mais pas forcément un chef (sauf à Munich...) et il prend le fidèle Jochen qui, s'il était un chef exceptionnel, aurait déjà acquis une notoriété autrement qu'en accompagnant Kaufmann.
Quant à l'obstination de JK de vouloir chanter un Roméo qui ne lui a jamais convenu, je mets ça sur le compte de ses désirs personnels, quitte à ce que Philipppe se moque de moi et de mon goût à analyser les pensées profondes des artistes ( :wink: ). Roméo ne l'aime pas mais lui aime ce rôle... il n'y récole que des applaudissements polis mais il continue... (comme le crescendo qui commence le duo d'Andrea Chénier pour ceux qui suivent...).
Ce soir Parsifal, la dernière, à Munich avant son concert au festival de Salzbourg etc etc.
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Récital J. Kaufmann - J. Rieder - Peralada - 28/07/2018

Message par philipppe » 31 juil. 2018, 17:19

Je ne me moque pas, je m interroge seulement sur la capacité à analyser les pensées profondes des artistes quand on ne le connaît pas. Il me ensemble qu’il est bien plus intéressant de partager notre expérience de spectaur, mélomane, que de se livrer à des spéculations infondées, je crois.

A part ça, je viens de lire que JK chante les deux parties du Chant de la Terre á Lucerne le 14 janvier 2019. Comme on l avait dit plutôt, Spyres fera la même chose à Zürich en Mai.

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Re: Récital J. Kaufmann - J. Rieder - Peralada - 28/07/2018

Message par HELENE ADAM » 31 juil. 2018, 17:28

philipppe a écrit :
31 juil. 2018, 17:19
Je ne me moque pas, je m interroge seulement sur la capacité à analyser les pensées profondes des artistes quand on ne le connaît pas. Il me ensemble qu’il est bien plus intéressant de partager notre expérience de spectaur, mélomane, que de se livrer à des spéculations infondées, je crois.
Ce n'est pas ce que je fais du tout. Je ne connais pas les artistes autrement que comme artistes (et je ne cherche nullement à les connaitre d'ailleurs), sur scène, et je donne mes impressions sur leurs performances. Dire que JK aime chanter Roméo alors que ce rôle ne lui convient pas est assez évident. Sinon pourquoi le chanterait-il ?
Quant à partager mes expériences de spectateur, je crois que je ne suis pas avare de compte-rendu détaillés...bref, un mur d'incompréhension s'élève entre nous. Pas grave.
philipppe a écrit :
31 juil. 2018, 17:19
A part ça, je viens de lire que JK chante les deux parties du Chant de la Terre á Lucerne le 14 janvier 2019. Comme on l avait dit plutôt, Spyres fera la même chose à Zürich en Mai.
Oui il reprend une tournée du Chant de la terre intégral après Vienne, le TCE et son CD en 2016-2017. Il chante aussi à Baden Baden, Hamburg, Nuremberg, Basel, Munich, toujours en janvier 2019.
Il avait chanté la partie ténor très souvent avant de décider de tenter la totalité. Ce fut l'objet d'une très importante controverse sur ODB (et même de plusieurs... :cry: )
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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