Haendel - Rodrigo - Noally - Beaune - 20/07/2018

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Piero1809
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Haendel - Rodrigo - Noally - Beaune - 20/07/2018

Message par Piero1809 » 23 juil. 2018, 06:24

Rodrigo HWV 5
Georg Friedrich Haendel

Version de concert

Thibault Noally, direction musicale
Orchestre les Accents

Vivica Genaux, mezzo-soprano, Rodrigo
Ana Maria Labin, soprano, Esilena
Arianna Venditelli, soprano, Florinda
Emiliano Gonzales Toro, ténor, Giuliano
Anthea Pichanik, alto, Fernando
Alix Le Saux, mezzo-soprano, Evanco

Vendredi 20 juillet, Basilique Notre Dame
36ème Festival d'opéra baroque et romantique de Beaune

Vincer se stesso è la maggior vittoria
Se vaincre soi-même est la plus grande victoire

La dernière réplique du livret de Rodrigo est devenue le titre alternatif de l'opéra lors de sa création au théâtre Cocomero de Florence à l'automne 1707. Le livret original de Rodrigo est de Francesco Silvani. Ecrit en 1699, il s'intitulait Il duello d'amore e di vendetta. Ce livret fut remanié par Antonio Salvi en vue de la composition de la musique par Haendel. Il semble bien que ce livret soit un des premiers issus de la première réforme du dramma per musica. Tandis que l'opéra du 17ème siècle mélange le comique, le tragique, les arias, les ensembles et les choeurs, les opéras issus de cette réforme devaient obligatoirement éliminer les aspects comiques ou bouffons, traiter de sujets nobles et respecter autant que possible les règles d'unité d'action, de lieu et de temps de la tragédie classique française (1). En même temps, choeurs et ensembles étaient supprimés. Rodrigo représente parfaitement ces débuts de l'opéra seria en déroulant une suite à peu près ininterrompue de récitatifs secs, et d'airs. Au troisième acte, on note toutefois deux duettos et un choeur final très bref. Les airs sont de type da capo et de structure simple, généralement ABA'. Très courts (de 2 à 4 minutes), ils ne font généralement pas avancer l'action dramatique, opération confiée aux récitatifs secs, mais permettent aux protagonistes de faire le point, d'évoquer leur situation à l'aide de métaphores, d'exprimer leurs sentiments (colère, désespoir etc....), d'émettre parfois des considérations morales ou philosophiques, tout cela dans une forme stéréotypée (arie di guerra, di furore, di disperazione, di paragone etc....).

Rodrigo, composé à l'âge de 22 ans, est le premier opéra italien de Haendel (2). La valeur n'atteint pas le nombre des années car cet opéra est magnifique. Il n'est donc pas étonnant que Rodrigo, après l'accueil mitigé que Florence lui fit, devint un vivier dans lequel Haendel puisa abondamment pour garnir ses opéras futurs.

L'opéra regorge d'airs remarquables. Au début du premier acte, l'aria de Florinda, Pugneran con noi le stelle, une aria di furore, est éclatant. Florinda jure de venger son honneur déchu et les étoiles l'aideront. Cet air sera repris dans Rinaldo. Le premier hautbois est à l'honneur dans un air de Giuliano, Stragi, morti, sangue ed armi...Dans ce martial aria di guerra, le hautbois répète plusieurs fois, à la manière d'un cornet à bouquin, la musique des paroles, gia grida la tromba. Le premier acte se termine par un air spectaculaire d'Esilena avec violino obligato, Per dar pregio a l'amor mio. Dans cet aria da capo héroïque avec de multiples coloratures, les ritournelles sont confiées au violon solo sous forme d'arpèges et de bariolages très rapides pendant que la soprano procède à de longues tenues.

Le deuxième acte est certainement le plus dramatique des trois. L'air de Florinda Fredde ceneri d'amor est un chef-d'oeuvre, il débute par une étonnante ligne mélodique des violons, ressemblant curieusement au Lied Auf dem Wasser zu singen de Schubert. Les froides cendres d'amour sont désormais emportées par le vent et sur ce beau texte, Haendel a composé une musique divine (trop brève malheureusement). L'air de Rodrigo Siete assai superbe, o stelle...est particulièrement dramatique. La voix s'oppose à un menaçant unisson de l'orchestre, figurant les astres orgueilleux, capables de faire et de défaire les rois. Après ces pages dramatiques, un peu de détente s'imposait et Rodrigo entonne une délicieuse chanson, Dolce amor che mi consola, bref instant de troublante poésie, dans lequel il me semble reconnaître un chant populaire espagnol. Dans ce même acte, l'air de Fernando, Dopo i nembi, e le procelle, est une aria di paragone (comparaison, métaphore). Cet air plein d'ardeur donne aussi l'occasion au castrat titulaire du rôle, de montrer son art de la vocalise, parallèlement à de brillantes imitations entre les violons et les basses.

Au troisième acte, se trouve l'air magnifique d'Esilena en sol mineur, Perché viva il caro sposo, un des sommets de l'opéra et peut-être de l'oeuvre de Haendel. Esilena donne sa vie pour que vive son cher époux (qui ne la mérite pas). Dans cette chaconne en sol mineur, la basse obstinée est confiée au violoncelle solo. Il n'y a plus de trace de virtuosité et de vocalises mais un chant admirable. La conclusion orchestrale est poignante. Après ce sommet émotionnel, les airs suivants célèbrent la paix retrouvée entre les belligérants et la paix des cœurs (2).

Image
De gauche à droite: Thibault Noally, Alix Le Saux, Emiliano Gonzalez Toro, Vivica Genaux et Ana Maria Labin. Crédits Jean-Claude Cottier

Paradoxalement, le rôle titre n'est pas le plus important en nombre d'airs et en virtuosité et en outre, Rodrigo n'est pas le personnage le plus sympathique de l'oeuvre mais Vivica Genaux, grâce à son timbre de voix unique et son talent d'actrice consommé, a réussi à rendre à ce monarque plutôt veule, sa dignité. Son sacrifice final en faveur des intérêts supérieurs du royaume apparaît donc parfaitement crédible. Esilena est un des plus beaux personnages féminins de Haendel. La capacité de pardonner, le courage, l'esprit de sacrifice sont ses plus grandes vertus. Ce rôle est le plus complet de l'oeuvre et joue sur une palette étendue de sentiments. Ana Maria Labin en fit une lecture inspirée. Son timbre de voix, son art de la vocalise et sa belle projection firent merveille dans le fameux Per dar pregio a l'amor mio. Arianna Venditelli incarnait le rôle plein de bruit et de fureur de Florinda. Cette jeune chanteuse m'a séduit par sa technique vocale, la qualité de ses aigus et son intonation impeccables. Dans sa bouche les vocalises étaient d'une précision remarquable. A la fin elle a montré qu'elle pouvait nuancer son chant d'émotion et de douceur. Anthea Pichanick (alto) est pour moi la révélation de la soirée dans le rôle de Fernando. Son timbre de voix somptueux et coloré était vraiment envoûtant et son aria di paragone, Dopi i nembi e le procelle lui a permis de montrer son art de la vocalise. La prestation d'Alix Le Saux (mezzo-soprano) dans le rôle d'Evanco, fut également magnifique. Emouvante dans Prestami un solo sguardo, une séduisante sicilienne, elle a montré, d'une voix superbement projetée, l'étendue de ses talents et son tempérament dramatique dans l'aria di guerra, Su, all'armi... ! Emiliano Gonzalez Toro me surprend dans chaque rôle nouveau qu'il endosse. Il a manifesté dans sa lecture du rôle de Giuliano une maîtrise, un métier et un talent exceptionnels. A son écoute, on réalise qu'il vit la musique de cette époque et en donne l'expression la plus précise et la plus accomplie.
Bref que du bonheur à l'écoute de ces jeunes artistes au grand potentiel.

Thibault Noally dirigeait au violon solo Les Accents. J'ai été conquis par l'excellence de son solo de violon dans Per dar pregio a l'amor mio L'orchestre parlait d'une seule voix avec des artistes à chaque pupitre, notamment un excellent premier hautbois, un premier violoncelle expressif et un bassoniste très actif dans la cavatine de Rodrigo, Sommi dei. Le continuo remplit son rôle avec efficacité et musicalité et on entendait distinctement le théorbe égrener de très jolies notes.

(1) Parmi mes sources, le remarquable dossier d'Olivier Rouvière présent dans le programme du week-end III 20, 21 et 22 juillet 2018.
(2) Avant Rodrigo, Haendel composa à Hambourg quatre opéras en langue allemande vers 1704. Trois d'entre eux sont perdus, un seul, Almira HWV 1 a été conservé.

Pierre Benveniste

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Re: Haendel - Rodrigo - Noally - Beaune - 20/07/2018

Message par Piero1809 » 02 août 2018, 17:16

Une photo a été intégrée au texte.

Zelenka
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Re: Haendel - Rodrigo - Noally - Beaune - 20/07/2018

Message par Zelenka » 03 août 2018, 12:48

Y a-t-il eu un enregistrement de ce concert ?

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Re: Haendel - Rodrigo - Noally - Beaune - 20/07/2018

Message par Piero1809 » 13 août 2018, 11:46

Zelenka a écrit :
03 août 2018, 12:48
Y a-t-il eu un enregistrement de ce concert ?
Ce serait infiniment souhaitable car les représentations de Rodrigo ne courent pas les rues. Je vais me renseigner.

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