Delibes- Kassya - Schønwandt- Montpellier- 21/07/2018

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JdeB
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Delibes- Kassya - Schønwandt- Montpellier- 21/07/2018

Message par JdeB » 19 juil. 2018, 17:34

Léo Delibes : Kassya
Version de concert

Orchestre national Montpellier Occitanie
Chœur Opéra national Montpellier Occitanie; Chœur de la Radio Lettone


Chef d'orchestre - Michael Schønwandt
Chef de choeur - Noëlle Gény, Sigvards Klava

Kassya - Véronique Gens
Sonia - Anne-Catherine Gillet
Une Bohémienne - Nora Gubisch
Cyrille - Cyrille Dubois
Le Comte de Zevale - Alexandre Duhamel
Kostska - Renaud Delaigue
Kolenati - Jean-Gabriel Saint-Martin
Mochkou - Rémy Mathieu
Un sergent recruteur - Anas Séguin
Un Buveur/ Un Vieillard - Luc Bertin-Hugault

Montpellier, Opéra Berlioz, le 21 juillet 2018


Kassya est l’ultime opus de Leo Delibes qui a noté sur la partition « 1 juin 1890, deux heures du matin » avant de mourir le lendemain à peine âgé de 55 ans…Il avait commencé de l’écrire 4 ans plus tôt, le 28 février 1886, en commençant par le beau récit de Cyrille au premier acte et en a composé les pages les plus saillantes dans sa villégiature de Choisy-au-Bac. A sa mort, il n’avait orchestré sa partition que jusqu’au premier tiers du deuxième acte et la légende veut même qu’il se soit arrêté sur les mots prémonitoires du livret : « Ma besogne s’achève ».
Après le refus de Guiraud, c’est Jules Massenet, un ami de Delibes, qui a pris en charge la fin de ce travail qui ne l’a pas forcément beaucoup inspiré. Il faut dire que si l’ouvrage contient, ici et là, quelques pages assez intéressantes nous sommes très loin du chef d’œuvre promis par le Festival et qu’on comprend aisément que l’ouvrage ait vite sombré lors de sa création posthume en mars 1893, au bout de huit représentations seulement, sans avoir recours aux arguties laborieusement développées dans le programme de salle par la jeune musicologue Charlotte Ginot-Slacik, une spécialiste de… Dallapiccola… Dans ce programme de salle bâclé, on déplore, outre des maladresses de mise en forme (les didascalies y sont souvent noyées au milieu du texte chanté sans italique), la suppression d’ indications savoureuses comme celles qui précisent l’âge des personnages, tous fort jeunes, et le copié/collé du minutage d’Issé avec mention de facteurs de clavecins !

On peut néanmoins lire le livret ici, en précisant qu’il puise ici et là dans les ouvrages du fameux Sacher-Masoch…
http://www.el-atril.com/partituras/Deli ... sya_VS.pdf

Que retenir dans cette partition brouillonne et inégale mais qui recèle néanmoins quelques pépites’?
Pas grand-chose du premier acte si ce n’est la charmante aubade : « Cyrille, ouvre ta porte » et surtout le récit de Cyrille qui suit, un petit bijou, et la mazurka finale, très enlevée, la scène de la Bohémienne aussi avec son laconique et si orignal « et c’est tout » lorsqu’on lui demande de préciser sa prophétie. Le reste m’a paru très flou et fort ennuyeux.
Au second acte, on note la chanson slave, la scène du sergent et de Cyrille, le chœur: « J'en ris, quelle plaisanterie ! » avec son accompagnement d'orchestre en pizzicati et la scène finale bien contrastée et puissamment dramatique.
Le troisième acte débute par un intermezzo (la neige) d'une grande poésie et un chœur de frileuses raffiné. On peut y applaudir aussi l'air de l'hirondelle, avec ses fines arabesques tissées par les violons en sourdine, un beau trio avec sa phrase poignante : « Cette douleur est trop amère », et enfin le finale de la révolte populaire avec son martial : « Marchez, fauchez ! »
Le quatrième acte s’ouvre par une éclatante polonaise et des morceaux de ballet dans la veine tzigane qui sonnent ici fort clinquants. On peut admirer hautement le grand duo entre Kassya et Cyrille et le suicide inattendu de l'héroïne avec le rappel de la prophétie de la Bohémienne qui trouve ici son accomplissement.

La distribution réunie ce soir est luxueuse. Elle est dominée par Cyrille Dubois qui garde ici son prénom et charme par un chant à fleur de lèvre exquis et emporte l’adhésion par un engagement tellurique comme on en voit peu version de concert. Il atteint des sommets de raffinement même si sa palette de couleurs est limitée et que sa voix manque de puissance et de galbe pour une salle aussi vaste avec un chef forçant sur les décibels.
Véronique Gens est d’emblée trop aristocratique pour rêver vraiment de devenir comtesse à tout prix, mais trouve ici un rôle à sa mesure de grande tragédienne lyrique, à la diction admirable et au style de haut lignage. Elle aussi se donne corps et âme à son personnage si ambivalent et quasi-schizophrénique. Comme toujours, Anne-Catherine Gillet est un modèle de clarté dans l’émission, une interprète sensible et juste, des plus convaincantes. Elle confère beaucoup d'humanité à Sonia.
Alexandre Duhamel traduit parfaitement et d’une voix de stentor le caractère implacable et impérieux du comte oppresseur et confère beaucoup de relief à ce personnage monolithique.
Renaud Delaigue devrait polir et stabiliser son émission, mais tous les seconds rôles sont fort bien tenus avec une mention particulière à la diseuse de bonne aventure de Nora Gubisch, une grande habituée du festival.

Michael Schonwandt se montre toujours excellent mais aurait dû mieux faire préparer ses deux phalanges chorales et veiller à moduler davantage le volume de son orchestre, parfois trop claironnant, envahissant et rutilant, mais sait insuffler sa grande énergie et son impeccable métier à ses troupes.

Une intégrale discographique devrait suivre pour prolonger l’écho de cette exhumation.

Jérôme Pesqué.
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Re: Delibes- Kassya - Schønwandt- Montpellier- 21/07/2018

Message par Il prezzo » 22 juil. 2018, 14:55

Bonne pioche pour le Festival de Radio France cette année, avec l’exhumation de ce Kassya, enterré pour toujours après les 8 représentations de sa création en 1893. Les raisons de cette injustice sont comme souvent circonstancielles, on nous dit que Delibes s’est endormi sur les lauriers de Lakmé, puis que la création initiale a été compromise par l’incendie de l’opéra-comique en 1888, enfin que Delibes, décédé prématurément à 55 ans, laissa la partition non orchestrée, ce qui ne fut fait que plus tard (et brillamment) par son ami Massenet ; et, last but not least, que les chanteurs de la création étaient mauvais. Autre raison évoquée : cette musique n’était plus « à la mode », Chabrier aurait même écrit « Je trouve horrible tout ce qui me vient sous la plume ! Je prends le parti de me taire… Wagner m’a tué. »

Et pourtant, combien d’œuvres plus mineures, ou de de jeunesse et de qualité inférieure de la part de nos grands compositeurs, encombrent les plateaux, alors qu’il suffit d’un peu de la curiosité du festival de Radio France Montpellier (-Occitanie) pour nous donner à entendre, à défaut de voir, une œuvre absolument réjouissante à tous points de vue : mélodique, lyrique, orchestral, et surtout dramatique ; le duo du II entre Kassya et Cyrille, tout comme celui de leur scène finale, je les rapproche rien de moins que de la tension de Werther pour le premier et de Carmen pour le second !

La patte de Massenet, que j’avais lue dans le programme avant de l’entendre, évidente, donne l’occasion à un énorme orchestre de sonner « comme il faut », alternant les passages d’une élégie toute bellinienne (quelques-uns) aux tutti formidables, sans aucun des boum boum vulgaires que l’on entend parfois dans des oeuvres plus jouées (l’exemple récent des mauvais passages de Samson nous l’a rappelé).
L’action des plus classiques (nobles contre paysans sur fond d’intrigue amoureuse) alterne très bien tension dramatique et moments de respiration (une musique de ballet, avec solo de violon tsigane, magnifique, mais nous sommes chez Leo Delibes, non ?). La topologie variée devrait également fournir matière à mise en scène inspirée…

Les rôles principaux sont assez bien équilibrés, en dépit de la relative brièveté (comparée à Kassya et Cyrille) de celui du comte-baryton incarné et chanté par Alexandre Duhamel, que je découvrais et ne demande qu’à réentendre: puissance, charisme, jeu…
L’amie d’enfance Sonia est dévolue à Anne-Catherine Gillet, superbe d’émotion ; son air magnifique du 3e acte m’a évoqué fortement le Dis-moi que je suis belle de Thaïs (la mélodie est bien réputée écrite par Delibes, mais l’on peut voir, sur ce seul exemple, l’importance de l’orchestration…).

La palme revient cependant au duo de choc Véronique Gens et Cyrille Dubois, qui semblaient posséder depuis toujours ces rôles longs et lourds, tant le naturel et la passion de leurs interventions semblaient déconnectés du suivi de la partition. Le timbre de Véronique Gens est toujours aussi fascinant (ah, cette carmélite…), et la puissance et le style vocal de Kassya mieux en rapport avec sa personnalité et ses capacités que sa toute récente Marguerite au TCE. Cyrille Dubois incarnait lui un Cyrille (!) fougueux et déchiré, dans un rôle à la tessiture tendue en permanence. Quant à la diction de ces deux-là, comme du reste de la distribution d’ailleurs, seconds rôles et rôles mineurs compris, elle permettait sans peine de suivre l’action, sans que gêne le style un peu désuet des livrets de l’époque (Meilhac et Gille).
Michael Schönwandt dirigeait de façon endiablée mais subtile le gros effectif requis par Massenet-Delibes, ainsi que les chœurs (Montpellier et la radio lettone), très présents dans la partition.

Une très très belle soirée lyrique, qui « rafraichit » nos oreilles un peu assoupies à l’écoute d’œuvres sublimes mais rabâchées, et que seules des distributions (ou des mises en scène) éblouissantes parviennent aujourd’hui à réveiller.

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Re: Delibes- Kassya - Schønwandt- Montpellier- 21/07/2018

Message par JdeB » 23 juil. 2018, 10:28

Je viens de publier ma critique en tête de ce fil.
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
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Re: Delibes- Kassya - Schønwandt- Montpellier- 21/07/2018

Message par houppelande » 23 juil. 2018, 11:31

JdeB a écrit :
19 juil. 2018, 17:34
un chœur de frileuses raffiné.
Fera un beau couple avec l'air du froid de Purcell !

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