Messager - Les P’tites Michu - Cie Brigand - Athénée, 06/2018

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EdeB
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Messager - Les P’tites Michu - Cie Brigand - Athénée, 06/2018

Message par EdeB » 23 juin 2018, 16:53

Messager – Les P’tites Michu (1897)
Opérette, sur un livret d’Albert Vanloo et Georges Duval
Version pour neuf chanteurs et douze instrumentistes (transcription de Thibault Perrine.)

Anne-Aurore Cochet – Blanche-Marie
Violette Polchi – Marie-Blanche
Philippe Estèphe – Gaston
Marie Lenormand – Madame Michu
Damien Bigourdan – Monsieur Michu
Boris Grappe – Général des Ifs
Artavazd Sargsyan – Aristide
Romain Dayez – Bagnolet
Caroline Meng – Mademoiselle Herpin
Jenny Daviet – Mademoiselle Ida

Rémy Barché – mise en scène
Salma Bordes – scénographie
Oria Steenkiste – costumes
Florent Jacob – lumières
Marianne Tricot – illustrations
Stéphane Bordonaro – vidéo
Antoine Reibre – son

Compagnie Les Brigands
Pierre Dumoussaud – direction musicale

Coproduction Angers Nantes Opéra, Palazetto Bru Zane et Compagnie Les Brigands.
(Donné dans le cadre du 6e Festival Palazetto Bru Zane Paris)

Théâtre de l’Athénée, 20 juin 2018


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…. Ou, Comment garder le bébé avec l’eau du bain.

Créée au Théâtre des Bouffes-Parisiens de Paris, le 16 novembre 1897, cette opérette aura fait une immense carrière internationale, avant de s’effacer peu à peu du répertoire. Composée par André Messager (1853-1929) alors qu’il accusait difficilement un échec, ce tourbillon triomphant a enchanté nos grands-parents par son rythme, ses couleurs et la sophistication de son orchestration… (On en trouve d’ailleurs encore deux interprétations délicieuses datant de 1953 et de 1958 sur le site de l’Ina, avec l’époustouflante Claudine Collart.)

Le livret repose sur une variation drolatique du thème ressassé dans la littérature populaire des enfants perdus, retrouvés ou échangés. Mais ici, pas de quoi faire pleurer Margot, malgré un arrière-fond historique assez dramatique : en 1793, le marquis des Ifs émigre loin des troubles révolutionnaires. Sa marquise est décédée en donnant le jour à une petite fille, vite confiée à un couple de fromagers, les Michu, eux-mêmes parents d’une enfant du même âge. Hélas, le père Michu, en donnant un bain commun aux deux nourrissons, est ensuite incapable de les départager… En 1810, élevées comme des jumelles, les deux adolescentes sont élèves au pensionnat de Mlle Herpin, où elles rencontrent (et flirtent) avec un beau militaire, neveu de la directrice. Ledit Gaston a été également le sauveur (durant le second siège de Sarragosse, en 1809) du Général des Ifs, l’ancien marquis rallié désormais à l’Empire. Par reconnaissance, ce dernier décide de donner son Irène de fille, toujours inconnue, en mariage au héros, et la fait donc rechercher chez les Michu. Mais de laquelle des deux filles s’agit-il ? Cette question et ses conséquences vont faire palpiter les cœurs durant deux actes et demi.

Le rapprochement de l’intrigue avec Les Demoiselles de Rochefort ou Les Parapluies de Cherbourg dans la scénographie est manifeste dès l’ouverture, avec la projection d’un générique, puis l’utilisation de vidéos, parfois un peu redondantes, en fond de scène. Décor minimaliste mais transformiste à l’aide de quelques éléments, couleurs franches (au cadre rose bonbon coup de poing !), costumes acidulés et décidément très années 60, on est bien loin de l’époque supposée du livret et de son contexte historique. Le tourbillon du récit et un jeu scénique énergique et décalé (chapeau bas à un couple Michu irrésistible de trivialité !) font oublier ce qui reste parfois maladroitement plaqué sur l’intrigue originelle et des inserts rocks intempestifs. De même, les travers désagréablement clichés de la révélation finale, qui devraient désormais heurter dans cette nouvelle temporalité, passent malgré tout : Irène des Ifs ne saurait « naturellement » se satisfaire de sa famille adoptive, car le sang bleu ne saurait goûter la vente de brie aux Halles… L’escamotage de la grande question « nature ou culture ? » n’est ici qu’un prétexte à rebondissements comiques, et l’échange in extremis des fiancés (le commis de boutique des Michu, un Aristide dont le cœur balance entre les deux sœurs supposées, un cocasse Artavazd Sargsyan, très Dick Rivers de sous-préfecture) et le fringant officier, est effectué en un clin d’œil… Tout est bien qui finit bien ?

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Reste que, de ces quelques ombres au tableau ménagées par l’orchestration de Messager, des élans élégiaques et d’une certaine suavité, peu demeure dans un déroulé pétillant et vigoureux qui tire cette opérette vers une comédie musicale bien de nos jours… Il faut dire que la réduction, pour habile qu’elle soit, enlève une bonne partie de ce suc orchestral, et que le succédané de chœur sonne parfois un peu maigrelet. Enlevée et enthousiaste, la direction de Pierre Dumoussaud cisèle des ensembles savoureux, mais prend peu le temps de rêver avec ces jeunes filles bousculées dans leur identité.

Toutefois cette (fausse) gémellité est bien le cœur d’une intrigue rigolote : tout d’abord quasiment indiscernables, Blanche-Marie et Marie-Blanche (dont l’ordre des prénoms est in signe manifeste, bien que discret, de leur appartenance sociale réelle…) gagnent en personnalités distinctes et en autonomie tout du long de l’intrigue. La plus songeuse et délicate Blanche-Marie trouve en Anne-Aurore Cochet un écrin à sa résignation mélancolique, tandis que Violette Polchi, plus immédiatement gouailleuse et « poulbot », fait preuve d’un « chien » irrésistible. Philippe Estèphe, malgré le défaut de suavité attendu pour le jeune premier de la fable, surjoue gaiment le nunuche énamouré. Très père Groseille version dessin de Dubout, Damien Bigourdan est un père Michu dominé par son épouse, et ravi de l’être. Celle-ci est campée avec charisme par Marie Lenormand à l’abattage savoureux et au cousinage certain avec Madame Sans-Gêne.
Tranchant sur le reste de l’action, le siège de Saragosse qui se distingua par ses atrocités est l’objet d’un air dont la rigueur contraste avec le côté bon enfant de l’histoire. Ce récit cynique et froid est enlevé avec une gravitas placide par un Boris Grappe pince-sans-rire, qui ouvre les seuls abîmes réels au tableau. Romain Dayez, aux entrechats aussi désopilants que sa feinte autorité, guide lui aussi le spectateur dans des méandres d’étonnements. Pour sa part, Caroline Meng est une directrice d’établissement quasi militaire dont on imagine fort bien la révérence envers le sabre de son père, écho amusant fort bien venu aux instructions que Napoléon avait avancées pour l’éducation des filles. Toutefois, en regard de son souhait d’en voir sortir « non des femmes très-agréables, mais des femmes vertueuses; que leurs agréments soient de mœurs et de cœur, non d’esprit et d’amusement », Mlle Herlin a donc bien échoué dans son enseignement…

Cet échec très relatif de la pension Herlin fait donc la réussite de cette œuvre délicieuse, qu’on est bien aise de revoir occuper la scène de l’Athénée… Souhaitons qu’avec cette soirée si savoureuse, l’œuvre de Messager regagne enfin un regain de faveur et que ses délicieux ouvrages retrouvent le chemin des salles, pour notre plus grand bonheur.

Emmanuelle Pesqué

Photographies © Nemo Perier Stefanovitch.

Comme il leur est habituel, le site du Palazetto Bru Zane présente un dossier très complet sur l’œuvre : livret livret, panorama de presse d’époque, iconographie, etc…
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Re: Messager - Les P’tites Michu - Cie Brigand - Athénée, 06/2018

Message par valery » 23 juin 2018, 17:18

EdeB a écrit :
23 juin 2018, 16:53
Il faut dire que la réduction, pour habile qu’elle soit, enlève une bonne partie de ce suc orchestral, et que le succédané de chœur sonne parfois un peu maigrelet.
Bien d'accord, c'est ce qui m'a le plus gêné : l'absence d'un vrai choeur et d'un orchestre.

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Re: Messager - Les P’tites Michu - Cie Brigand - Athénée, 06/2018

Message par houppelande » 23 juin 2018, 17:49

J'avais dans l'oreille moi aussi une version plus orchestrale mais j'ai quand même été très agréablement séduit par cette version diminuée en effectif et modernisée. Je suis d'habitude assez rétif aux intrusions d'éléments parfaitement étrangers comme ces mouvements de rock ou autres anachronismes, mais je trouvais qu'ici, ça passait compte tenu du côté gentiment foldingue de toute la troupe. J'ai trouvé que tous les chanteurs étaient de grande qualité et qu'ils jouaient bien, et évidemment leur voix passaient aisément dans cette jolie salle de l'Athénée. Comme d'habitude, je suis totalement fanatique de la musique raffinée et variée que Messager a composée pour cette opérette, comme plus tard pour Véronique. Je me suis dit en sortant que j'avais eu infiniment plus de plaisir à revoir ces P'tites Michu que je n'en aurais eu avec Boris Godounov. Je sais, ça ne se compare pas, mais de temps en temps, les plaisirs tout simples sont vraiment délicieux. Ce matin, je me suis rejoué au piano plusieurs passages de la partition : le bonheur absolu. Pour ma part, c'est un spectacle que je conseille vraiment pour fuir la morosité. Je crois qu'il a été monté dans un esprit qui conviendra quand même aux vieux croûtons comme moi et qui pourra séduire un public plus jeune qui ne connaissait pas cette œuvre charmante.

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Re: Messager - Les P’tites Michu - Cie Brigand - Athénée, 06/2018

Message par paco » 23 juin 2018, 18:56

Eh beh... J'avoue ne pas du tout partager votre enthousiasme à tous les trois !! J'ai trouvé cette représentation d'un niveau affligeant et je suis parti à l'entracte (heureusement après 1h25 de spectacle, suffisamment pour oser partir en me disant que de toute façon j'en avais vu les 2/3).

Assez en phase avec le CR du Monde (pour une fois !) je me suis franchement cru dans un des spectacles d'associations amateur qui produisent leur opérette annuelle, comme il y en a de temps en temps à Paris (spectacles sympathiques au demeurant, mais de niveau amateur, on est indulgent dans ces cas-là). Tant scéniquement que vocalement. A l'Athénée, très franchement, ce n'est pas acceptable.

Scéniquement d'abord, que de clichés ringards !! Ces déhanchements rock vus et archi-revus 1000 fois depuis une décennie, notamment d'ailleurs dans ces fameux spectacles de paroisse, cette actualisation qui tombe comme un cheveu dans la soupe tant l'univers du livret, son texte, sont complètement anachroniques par rapport à ce que l'on voit sur scène. J'ai d'ailleurs peu entendu de rires, les rares étaient plutôt forcés et isolés "hou hou que c'est drôôôôle...". L'ensemble de la production (décors, costumes, direction d'acteurs - quand il y en avait une...-) faisait forcé, maladroit, bête, complètement à côté de la plaque par rapport à l'esprit de Messager, et trop mal conduit pour convaincre en tant que modernisation. Très ringard au final, à l'opposé de l'effet souhaité...

Et vocalement, ouch... A peine mieux qu'un examen de fin d'année de CRR... Hormis Boris Grappe et le couple Michu, belles projections, un métier évident. Pour les autres on sent du potentiel (si on oublie l'absence de projection, ce qui dans une toute petite salle comme l'Athénée pose question tout de même...), mais le Palazetto Bru-Zane peut-il se contenter de potentiel ???

Quant à l'orchestration, d'accord avec vos remarques, elle ne fonctionne tout simplement pas. La faute, je pense, à un trop grand déséquilibre entre cuivres (trop) et cordes (pas assez). Du coup cela sonnait Orphéon municipal, souvent faux d'ailleurs, alors que Messager doit être tout en suavité, lyrisme, quasiment fauréen.

Incompréhensible que le Palazetto ose apposer sa marque sur ce spectacle indigent. Par curiosité pour l'oeuvre, dans le genre Vaudeville j'avais arbitré pour aller voir ce spectacle plutôt que le tandem Ravel-Puccini de l'ONP (ne pouvant assumer les deux budgétairement), bien mal m'en a pris !

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Re: Messager - Les P’tites Michu - Cie Brigand - Athénée, 06/2018

Message par valery » 24 juin 2018, 06:37

paco a écrit :
23 juin 2018, 18:56
Eh beh... J'avoue ne pas du tout partager votre enthousiasme à tous les trois !!
Euh... pour ma part, ma seule remarque n'allait pas dans le sens de l'enthousiasme :?

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Re: Messager - Les P’tites Michu - Cie Brigand - Athénée, 06/2018

Message par MariaStuarda » 24 juin 2018, 11:37

Au cas où, j’ai une place au tarif abonné bien placée à vendre pour mardi 26 ...

paco
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Re: Messager - Les P’tites Michu - Cie Brigand - Athénée, 06/2018

Message par paco » 24 juin 2018, 12:27

valery a écrit :
24 juin 2018, 06:37
paco a écrit :
23 juin 2018, 18:56
Eh beh... J'avoue ne pas du tout partager votre enthousiasme à tous les trois !!
Euh... pour ma part, ma seule remarque n'allait pas dans le sens de l'enthousiasme :?
ah d'accord, je pensais qu'il n'y avait que l'orchestration qui t'avait gêné.

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Re: Messager - Les P’tites Michu - Cie Brigand - Athénée, 06/2018

Message par MariaStuarda » 26 juin 2018, 22:47

Vu ce soir et quant à moi, j’ai passé une excellente soirée.
Et j’ai adooooooré Bagnolet !
(Bon après c’est du Messager ...)

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Re: Messager - Les P’tites Michu - Cie Brigand - Athénée, 06/2018

Message par wrossini » 26 juin 2018, 22:55

houppelande a écrit :
23 juin 2018, 17:49
Je me suis dit en sortant que j'avais eu infiniment plus de plaisir à revoir ces P'tites Michu que je n'en aurais eu avec Boris Godounov.
Je me suis dit EXACTEMENT la même choses. Spectacles très joli avec quelque belle voix. La réduction orchestrale n’est finalement pas si mal.Je suis d’accord pour le chœur mais j’imagine que le budget de ce joli théâtre est réduit.

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