Straus - Le soldat de chocolat - Bramall/Konwitschny-Munich 06.2018

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Luc ROGER
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Straus - Le soldat de chocolat - Bramall/Konwitschny-Munich 06.2018

Message par Luc ROGER » 15 juin 2018, 17:48

Le soldat de chocolat (Der tapfere Soldat) d'Oscar Straus au Theater-am-Gärtnerplatz

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Jasmina Sakr (Mascha), Alexander Franzen (Hauptmann Massakroff), Sophie Mitterhuber (Nadina), Daniel Prohaska(Bumerli), Hans Gröning (Oberst Kasimir Popoff), Maximilian Mayer (Major Alexius Spiridoff)
© Christian POGO Zach

Le Theater-am-Gärtnerplatz a donné hier la première d'une célèbre opérette d'Oscar Straus, Der tapfere Soldat, connue en France sous le titre Le soldat en chocolat. L'oeuvre, créée à Vienne en 1908, n'a été montée au Théâtre de la Gärtnerplatz que deux fois, en 1909 et en 1961. C'est dire que les amateurs d'opérettes viennoises se réjouissent de la voir enfin portée à l'affiche, d'autant que la mise en scène en a été confiée au très apprécié Peter Konwitschny, un des meilleurs metteurs en scène allemands, dont le répertoire éclectique et varié ne dédaigne pas le monde de l'opérette.

Le Soldat de Chocolat est une opérette en trois actes, dont le livret, composé par Rudolf Bernauer et Leopold Jacobson, comporte des motifs empruntés à l'oeuvre Le Héros et le Soldat de Bernard Shaw. En voici le sujet. Pendant une guerre dans les Balkans entre les Serbes et les Bulgares (l'action se déroule en 1885), Bumerli, un capitaine instructeur suisse au service de la Serbie, poursuivi par les Bulgares en dépit de sa neutralité, se réfugie chez la jolie Nadina, fille du général Kasimir Popoff et fiancée au major Alexius, qui est en passe de devenir un héros. Bumerli se présente plutôt comme un homme pacifique qui craint les coups et qui n'a, dans sa giberne, en guise de cartouches, que des croquettes de chocolat, ce qui explique le titre. Nadina cache Bumerli avec la complicité de sa mère Aurelia et de la petite cousine Mascha, une accorte jeune femme moins fortunée qui sert de servante à la famille du général. Les trois femmes trouvent le Suisse à leur goût et, comme elles lui ont prêté le veston de Popoff, elles glissent toutes les trois, dans les poches du veston en question, leur photographie avec une dédicace enflammée. II faudra, plus tard, rattraper ces images compromettantes, le général étant rentré en possession de son vêtement, ce qui constituera le sujet du deuxième acte. Nadina finira par épouser son « soldat de chocolat » et Alexius, dont on apprend par Bumerli qu'il n'est qu'un faux héros car les canons qu'il prit sur les ennemis n'avaient jamais été chargés, se consolera facilement avec Mascha, la parente pauvre. Tout est donc bien qui finit bien...du moins selon le livret.

Un livret plutôt simple, mais qui a l'avantage de la clarté. La musique est vive et légère, avec des rythmes marqués et entraînants et de belles trouvailles mélodiques. Il va de soique le leitmotiv mélodique en est une valse très harmonieuse et très chantante, un élément obligé de toute opérette viennoise digne de ce nom, et dont le public attend la répétition. L'oeuvre est ponctuée de fort jolis moments musicaux: l'air de Nadina au premier acte « Chaque nuit ramène le rêve », suivi de la valse "Viens mon héros, mon seigneur", le choeur du gouverneur Massacroff « Cherchez l'ennemi », le duo de Nadina et d'Alexius, et celui de Nadina et de Bumerli « Un soldat est brave » ou encore, au troisième acte, le passage exquis du duo de la lettre « Mon très cher Monsieur Bumerli ». A noter que la valse "Viens mon héros" est reprise au troisième acte, avec pour seule différence que l'appellation de héros s'applique cette fois à un autre amoureux.

La mise en scène de Peter Konwitschny donne une lecture évolutive de l'oeuvre qu'il traite au départ avec la légèreté d'une opérette traditionnelle. La guerre n'a pas l'air d'être une vraie guerre, elle ne semble pas avoir plus de consistance que l'amour de Nadina pour Alexius. Les bombes ne sont que des pétards mouillés, et leurs tracés dans le ciel représentés sur la toile de fond de scène semblent bien erratiques. Bumerli, deux ex machina, tombe du ciel en parachute aux couleurs de la Suisse dans la chambre de Nadina. A plusieurs reprises des objets arrivent par la voie aérienne. Ainsi d'une boîte de chocolats qui viennent très à propos rassasier un Brumeli mort de faim. Une troupe de soldats traverse la scène (et donc la chambre de Nadina) en rampant, et cette scène se répète tout au long de l'opérette. Le personnage d'Alexius est traité par le stéréotype, avec une gestuelle raide et saccadée qui renforce l'impression de sa stupidité et de son manque d'héroïsme. Des guerriers de pacotille, des amours qui n'en sont pas, on est bien dans la légèreté viennoise. Les couples disparaissent en s'enfonçant dans le sol pour aller faire l'amour, les symboles sexuels sont omniprésents. Le deuxième acte est traité comme un ballet des trois femmes autour du général Popoff, pendant lequel elles essayent, avec succès, de récupérer les photos qu'elles ont glissé dans les poches du vêtement du général qui avait été prêté à Bumerli.

Tout change au troisième acte: une guerre véritable a éclaté et une pluie d'obus dévastateurs se sont écrasés sur la scène, causant d'énormes dégât . Peter Konwitschny transforme les femmes en infirmières, les protagonistes et le choeur ont leurs vêtements en loques et sont couverts de blessures, avec de superbes grimages. On peut ici apprécier toute l'étendue du beau travail de Johannes Leiacker qui a conçu décors et costumes. Le mariage est annulé, le voile de la mariée, descendu du ciel avec le haut de forme du marié, a pris feu avant même d'aboutir sur la tête de Nadina. Konwitschny réécrit le livret de la fin de l'opérette en annulant le happy end final: lorsque Bumerli annonce qu'il est un riche marchand d'armes et qu'il possède une immense fortune, Nadina refuse de l'épouser et quitte le plateau. C'est au public de décider de la fin de l'histoire: la jeune femme reviendra-t-elle sur sa décision? On n'en saura rien. Le metteur en scène souligne le double caractère guerrier de l'oeuvre: au conflit armé qui oppose deux peuple correspondent les petits conflits domestiques qui pourrissent la vie des familles, le tout étant traité avec humour.

L'orchestre, dirigé par Anthony Bramall, rend avec entrain la belle orchestration de l'oeuvre, avec le roulement de tambour de l'ouverture. suivi du choeur guerrier des soldats et d'une musique de marche, les rythmes amusants et les beaux ensembles du premier acte, le final valsé et enlevé du deuxième acte ou le passage gracieux du duo de la lettre au troisième. Anthony Bramall restitue bien ce qui constitue la spécificité de la musique de Straus, et sa différence avec celle des autres compositeurs d'opérette de son époque. cette opérette aux accents guerriers faisant moins dans le sentimental habituel du genre. Ainsi Bramall parvient-il fort bien à rendre les passages plus agressifs et tendus de la partition. Il se montre aussi très heureusement attentif aux transitions entre les passages parlés et chantés.

Cette opérette mi jouée mi chantée exige des interprètes qu'ils soient aussi bons acteurs que chanteurs, et c'est heureusement le cas pour cette oeuvre qui demande qu'on rende avec finesse les dialogues rapides et primesautiers. Sophie Mitterhuber fait preuve d'une exquise vivacité dans son interprétation de Nadina Popoff, avec une voix bien placée et de jolis aigus, Ann-Katrin Nadu joue la générale, une maîtresse femme pleine d'allant et d'entregent, Jasmina Sakr est elle aussi convaincante en pauvre parente Mascha. Daniel Prohaska fait à nouveau preuve d'un excellent sens de la scène, avec un phrasé séduisant, et Maximilian Mayer, comédien très doué, donne un Alexius drolatique chanté avec son beau ténor percutant. Hans Gröning réussit un général Popoff fort bien campé et drôle à souhait. Le Massakroff d'Alexander Franzen a moins d'étoffe, avec une voix qui reste quelque peu en retrait. Côté figuration, il faut souligner la performance des soldats rampants figurant l'armée, contraints de se contorsionner au sol pour traverser la scène à de nombreuses reprises, te témoignant d'une belle endurance.

Une soirée martiale à souhait, où le son des canons le dispute à la fureur amoureuse, à la tendresse et à la drôlerie, menée tambour battant et chantée avec un bel entrain par une troupe soudée!

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