Gounod- Faust -version originale- Rousset- TCE- 14/06/2018

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JdeB
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Gounod- Faust -version originale- Rousset- TCE- 14/06/2018

Message par JdeB » 12 juin 2018, 08:26

Gounod – Faust (1859)

Benjamin Bernheim — Faust
Véronique Gens — Marguerite
Andrew Foster-Williams — Méphistophèles
Jean-Sébastien Bou — Valentin
Juliette Mars — Siébel
Ingrid Perruche — Dame Marthe
Anas Séguin — Wagner

Chœur de la Radio flamande (Martin Robidoux)
Les Talens Lyriques
Christophe Rousset - direction musicale

Théâtre des Champs-Elysées, 14 juin 201.
Coproduction Palazetto Bru Zane et Théâtre des Champs-Elysées.



Et Rousset conduit le bal…

Dire qu’il aura fallu attendre le bicentenaire de la naissance du compositeur pour réentendre la première mouture de son opéra ! Ce n’est pourtant faute de pouvoir entendre la version de 1869, puisque Faust est, encore et depuis toujours, l’un des opéras les plus joués du répertoire. Pourtant cette version initiale ne manque ni d’éclat, ni d’appâts : plus ouvertement théâtrale avec ses dialogues parlés et ses mélodrames, prenant le temps de camper ses personnages et de leur créer contexte et personnalités distinctes (au prix de ralentissements de l’action, pourra-t-on objecter), ce Faust princeps mêle sans vergogne le rire franc et les abysses mélodramatiques, les élans amoureux et les tableaux de foule.
Si l’on en avait eu quelques aperçus alléchants par la gravure de référence de Michel Plasson en 1991 (lequel avait donné en annexe « A l’étude, mon bon maître », « Adieu, mon bon frère ! », « Maître Scarabée » et « Du courage, je veux tout lui dire »), c’est bien à la politique de défrichage lyrique salutaire du Palazetto Bru Zane que nous devons d’entendre à nouveau le premier état d’un des ouvrages les plus immédiatement séduisants du répertoire lyrique. Sous sa forme d’opéra-comique, ce Faust ainsi réveillé prend le temps d’approfondir son sujet, au lieu de plonger in media res dans l’irruption perpétrée par un Faust conduit par Méphisto dans la vie de personnages ordinaires dont la vie ne s’en remettra pas, versant dans le sordide… Si cette approche a la vertu de son unité, elle n’en bouscule pas moins les habitudes d’écoute : pour des ensembles riches d’attraits et de subtilités, le Veau d’or manque désormais à l’appel et moult détails d’orchestration sonnent parfois bien différents.

Il faut également imputer cette écoute revivifiée à la direction de Christophe Rousset. Très loin du répertoire baroque dans lequel il s’illustre habituellement, il apporte son instinct de dramaturge et sa science des affects à cette partition tellement Second Empire, dont le clinquant est ici surligné d’or, et dont les ornements irriguent les veinures d’un bois dont se chauffent ces Enfers. Cet allégement de la pâte orchestrale lui conserve néanmoins toutes ses teintes ; le bouillonnement des élans, les enchaînements des thèmes et leurs prestes métamorphoses sont enlevés avec un brio et une vigueur parfois satirique qui sait aussi s’alanguir et s’épancher en des douceurs parfois trompeuses. Tout aussi irrésistible est l’impulsion dont témoigne la grande valse au vertige communicatif. Les Talens lyriques, affrontant l’un des plus gros défis de leur parcours, après une ouverture en demi-teinte, triomphent des chausse-trapes d’une partition hérissée de pièges dynamiques et coloristes, en empoignant avec sincérité et passion ce récit naïf et tragique bien éloigné du récit goethéen.

Face à cette splendeur orchestrale, on peut regretter que les solistes, très homogènes et vaillants, ne soient pas réellement de l’étoffe dont on fait ces personnages. Déployant une admirable ligne de chant, de beaux pianissimi et une musicalité irréprochable, le Faust de Benjamin Bernheim reste un rien trop impavide, engoncé dans la solitude du savant que même ses aventures ultérieures ne peuvent décorseter. Véronique Gens apporte toute son élégance et le galbe raffiné de son chant à une Marguerite où les aigus font parfois défaut. Un peu en retrait tout d’abord, elle délivre un remarquable « roi de Thulé » et une enflammée prière finale, mêlant espérance et ardeur dans un « Anges purs » flamboyant. Décidemment bon diable d’opéra-comique, Andrew Foster-Williams n’illustre ainsi qu’une facette de Méphisto, celui de la gouaille et de l’ironie, qu’il surjoue avec un côté bon enfant tout à fait réjouissant et un abattage qui emporte l’adhésion. Cette présentation univoque du personnage contrarie les abîmes nécessaires de la scène de l’église : le vertige métaphysique blasphématoire si bien creusé par Gounod y fait absolument défaut. Ni l’ampleur de la partition, ni sa profondeur ne se creusent d’ombres, malgré la toile de fonds de l’orchestre et la présence inquiétante de l’orgue (ici bien aigre…) Gloire en revanche au Valentin somptueux de Jean-Sébastien Bou : loin de la caricature à laquelle on réduit souvent le personnage, l’art du chanteur et l’aisance du comédien nous en brosse un portrait aux dégradés de gris bien loin de son manichéisme apparent. Il y est aidé par de très beaux adieux à Marguerite et son dialogue avec les soldats, au prosaïsme assumé (« Chaque jour, nouvelle affaire ! »). Juliette Mars est un charmant Siebel, qui témoigne de beaucoup de juvénilité dans sa romance inédite, « Versez vos chagrins dans mon âme ! », et qui parvient à rendre crédible la transition entre l’amant malheureux et l’ami fidèle, malgré le raccourci du livret. Ingrid Perruche s’empare avec gourmandise et une savoureuse exagération théâtrale de la voisine si curieuse, instillant lentement dans cette figure comique tant d’ambiguïtés et de malaise qu’elle en fait un portrait redoutable de l’Opinion Publique… Quant à Anas Séguin, tard venu sur le projet, il donne une autorité inattendue à Wagner qui le rend digne d’attention, dans un rôle beaucoup plus étoffé que dans la version illustre. Les interventions mémorables du Chœur de la Radio flamande, conférant au texte une clarté qu’on ne lui connait habituellement pas, fait preuve d’une retenue louable dans les passages les plus tonitruants, les sauvant du débraillé dans lequel ils sont souvent réduits, et distille menace et élévation avec une conviction communicative.

Une très belle soirée, tout aussi instructive que jubilatoire, que l’on sera heureux de retrouver prochainement au disque.

Jérôme (et Emmanuelle) Pesqué

En attendant la sortie du CD, on trouvera sur le site du Palazetto Bru Zane,
Le livret intégral (http://bruzanemediabase.com/fre/Documen ... bier-Carre), des textes de présentation et la presse d’époque : http://bruzanemediabase.com/fre/AEuvres ... rre-Gounod
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
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Re: Gounod- Faust -version originale- Rousset- TCE- 14/06/2018

Message par Igguk » 12 juin 2018, 10:09

Ce sera Anas Séguin dans le rôle de Wagner et du mendiant, ainsi que Ingrid Perruche pour Dame Marthe.

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Re: Gounod- Faust -version originale- Rousset- TCE- 14/06/2018

Message par JdeB » 14 juin 2018, 09:46

1ère partie : 1h50
Entracte : 20 min
2nde partie : 1h10
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Re: Gounod- Faust -version originale- Rousset- TCE- 14/06/2018

Message par Emmanuelb » 14 juin 2018, 23:33

Long spectacle, beaucoup de recitatifs !
Je ne connais pas assez l'oeuvre pour évaluer avec précision la direction de Rousset, mais concernant les voix et assez vite :
- Bernheim remplace donc Borras dans ce rôle, et ça tombe pas mal il vient de le faire à Chicago.
C'est vraiment beau, et un ut de salut demeure très personnel, vraiment de haut effet, mixté et doux, un peu dans la logique Osborn. La vaillance ne faiblit pas, peut être un peu plus de fatigue vocale au 4, et avec des litres d'eau absorbés en continu ! Rarement vu ça, c'est encore plus le cagnard sur scène qu'ailleurs? J'ai par ailleurs l'impression qu'il contrôle beaucoup, ca fait pas très lacher prise, mais bon c'est un détail.
- Gens a de gros problèmes a partir du sol ou la, et les aigus sont forcés voire criés, un peu embêtant. Un rôle pour elle actuellement ...? Sinon, beau medium qu'on lui connait. Pas archi sonore forcément.
- Méphisto a une certaine projection mais pas de graves, et surtout fait plus bouffon que diabolique, faisant rire par ses pitreries... le comble :)
- beau Bou, pas archi nuancé mais ça envoie..

Bonne nuit

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Re: Gounod- Faust -version originale- Rousset- TCE- 14/06/2018

Message par philopera » 15 juin 2018, 07:30

Emmanuelb a écrit :
14 juin 2018, 23:33
Long spectacle, beaucoup de recitatifs !
Je ne connais pas assez l'oeuvre pour évaluer avec précision la direction de Rousset, mais concernant les voix et assez vite :
- Bernheim remplace donc Borras dans ce rôle, et ça tombe pas mal il vient de le faire à Chicago.
C'est vraiment beau, et un ut de salut demeure très personnel, vraiment de haut effet, mixté et doux, un peu dans la logique Osborn. La vaillance ne faiblit pas, peut être un peu plus de fatigue vocale au 4, et avec des litres d'eau absorbés en continu ! Rarement vu ça, c'est encore plus le cagnard sur scène qu'ailleurs? J'ai par ailleurs l'impression qu'il contrôle beaucoup, ca fait pas très lacher prise, mais bon c'est un détail.
- Gens a de gros problèmes a partir du sol ou la, et les aigus sont forcés voire criés, un peu embêtant. Un rôle pour elle actuellement ...? Sinon, beau medium qu'on lui connait. Pas archi sonore forcément.
- Méphisto a une certaine projection mais pas de graves, et surtout fait plus bouffon que diabolique, faisant rire par ses pitreries... le comble :)
- beau Bou, pas archi nuancé mais ça envoie..

Bonne nuit
Assez d'accord avec tout cela
Représentation dominée par Bernheim ; c'est très beau mais complètement désincarné ; Faust même en version de concert n'est pas un oratorio
Bou est un Valentin,viril,mordant ; quel dommage de ne pas avoir entendu le " Avant de quitter ses lieux"
Foster Williams est plus un bon pote que Satan ; sa voix est sous dimensionnée dans le rôle de Mephisto mais au moins il a mis un peu d’ambiance sur le plateau
Pour Gens ce n'est pas un "peu embêtant" c'est très gênant cette incapacité à donner des aigus corrects ; pourtant elle s'est pas mal sortie de l'air des bijoux grâce à sa diction parfaite et son impeccable musicalité mais la note finale ressemblait un cri d'effroi. Elle a beaucoup souffert évidemment dans l'apothéose finale de "Anges purs" (heureusement pour elle tronqué me semble t'il et bien couvert par l'orchestre) Ai je le droit de dire que distribuer Veronique Gens dans la jeune et pure Marguerite est une aberration totale ?
La direction de Rousset est précise mais les tempi sont parfois bizarres : la valse ressemblait à une polka et les ralentissements extrêmes dans le duo d'amour sont assez pénibles je trouve.
Bref une soirée mitigée ; les différences par rapport à la partition habituelle m'ont un peu frustré ; c'était tout de même intéressant :D

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Re: Gounod- Faust -version originale- Rousset- TCE- 14/06/2018

Message par enrico75 » 15 juin 2018, 08:07

Soirée inégale sans doute à cause du choix de la version avec dialogues qui ont du mal à passer au 21eme siècle;je vais peut être dire une bêtise mais cette version me rappelle beaucoup Weber .
Il manque quelques tubes:le veau d'or,gloire immortelle..mais on a droit à la place au scarabée.
chapeau aux cors naturels qui s'en sont bien tiré(trés peu d'incidents) et au choeur de la radio flamande.
Par contre les cordes avec boyaux souvent désaccordées et sans homogénéité ,c est dur à supporter ,je sais bien que ça fait authentique mais c'est dur pour les oreilles.Direction assez surprenante de Rousset entre alanguissements et accélérations démentes.
Vocalement:Marguerite assez inspirée mais aux aigus criés,Méphisto au registre trop clair sans graves plus bouffon que diable,Faust que j'entendais pour la première fois:de gros moyens vocaux,une diction parfaite,une belle projection mais je trouve le timbre un peu artificiel avec peu de nuances et pas vraiment de mezzo vocce(je vais me faire insulter par Hélène);Valentin trés correct.

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Re: Gounod- Faust -version originale- Rousset- TCE- 14/06/2018

Message par PlacidoCarrerotti » 15 juin 2018, 08:32

D’accord avec ce qui précède. En fait, j’ai trouvé que chaque artiste était incomplet.

Bernheim chante sans effort, la voix est claire bien projetée et articulée, mais il récite le bottin, de manière souvent métronomique (des restes du sponsoring Rolex ?). Il chante « tu me brises le coeur comme s’il disait « beau temps, n’est-ce pas ? ». Bizarrement, il ne fait pas toujours les liaisons et fait des erreurs comme prononcer « vôtre » au lieu de « votre ».

Beaucoup d’émotion chez Gens, mais c’est la panique dans les aigus : criés, ratés ou omis (« cédez à ma prière », par exemple).
J’ai beaucoup aimé le dialogue :

- Margueriiiiiiiteu !
- …ah ? (au lieu de : "HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !")

Foster-Williams ne joue que sur le registre comique, mais au moins il joue : ça fait beaucoup rire Bernheim. Au rang 4, j’étais gêné par un graillon incessant dans le bas médium.

Bou très bien, mais on voit bien qu’il est à ses limites dans les aigus de son premier air.

Sinon, deux questions :

- Pourquoi entend-on « Avant de quitter ses lieux » à la fin de l’ouverture alors que cet air n’est pas dans cette version ?
- Pourquoi avoir utilisé un orgue électrique abominable plutôt que celui du TCE ? Ca aurait eu une autre gueule.

PM : le tempo rapide est une marque de fabrique Bru Zane basée sur des études sur la durée originale des représentations. Ils en ont conclu qu’on dirigeait obligatoirement plus vite à l’époque.
« L’essentiel est d’être bien avec soi-même et de regarder le public comme des chiens qui tantôt nous mordent et tantôt nous lèchent » Voltaire, lettre au duc de Richelieu.

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Re: Gounod- Faust -version originale- Rousset- TCE- 14/06/2018

Message par philopera » 15 juin 2018, 08:39

PlacidoCarrerotti a écrit :
15 juin 2018, 08:32


PM : le tempo rapide est une marque de fabrique Bru Zane basée sur des études sur la durée originale des représentations. Ils en ont conclu qu’on dirigeait obligatoirement plus vite à l’époque.
Ben dis donc si on dansait la valse sur ce tempo à l'époque j'imagine que beaucoup ont fini à la morgue :lol:

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Re: Gounod- Faust -version originale- Rousset- TCE- 14/06/2018

Message par PlacidoCarrerotti » 15 juin 2018, 09:06

philopera a écrit :
15 juin 2018, 08:39
PlacidoCarrerotti a écrit :
15 juin 2018, 08:32


PM : le tempo rapide est une marque de fabrique Bru Zane basée sur des études sur la durée originale des représentations. Ils en ont conclu qu’on dirigeait obligatoirement plus vite à l’époque.
Ben dis donc si on dansait la valse sur ce tempo à l'époque j'imagine que beaucoup ont fini à la morgue :lol:
:lol: Justement, la mortalité était bien plus importante au XIXe siècle !!!
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Re: Gounod- Faust -version originale- Rousset- TCE- 14/06/2018

Message par philopera » 15 juin 2018, 09:10

Je vais me faire gronder mais je conseille pour se remettre de cette soirée de (ré) écouter comme je le fais ce matin la soirée du Met Soderström/Bjorling/Siepi/Merrill/Morel...quelle merveille

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