Verdi - Nabucco - Ráth/Mast - Nice- 05/2018

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Verdi - Nabucco - Ráth/Mast - Nice- 05/2018

Message par romance » 26 mai 2018, 10:38

Opéra en quatre actes de G. Verdi
Livret de Temistocle Solera d’après Nabuchodonosor (1836), drame d'Auguste Anicet-Bourgeois et Francis Cornu
Création le 9 mars 1842 à la Scala de Milan

Direction musicale : György G. Ráth
Mise en scène : Jean-Christophe Mast
Décors et costumes : Jérôme Bourdin
Lumières : Pascal Noël

Abigaille : Raffaella Angeletti
Anna : Florina Ilie
Fenena : Julie Robard-Gendre
Nabucco : Serguei Murzaev
Ismaël : Jesús León
Zaccaria : Evgeny Stavinsky
Le Grand prêtre : Nika Guliashvili
Abdallo : Frédéric Diquero

Orchestre Philharmonique de Nice
Chœur de l'Opéra de Nice dirigé par Giulio Magnanini

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crédit photo Dominique Jaussein

Nice, le 24 mai 2018

VERDI, Nabucco… troisième opus de Verdi. Il est ainsi des œuvres dont le titre vous murmure, parfois, à voix très basse, un : « Oui, bon… », un peu détaché, … suivi d’un ferme « … Oui, mais quand-même… Verdi ! ». Et vous voilà assis dans la salle, à constater que nous sommes en semaine, qu’il fait beau et que la salle est quasi pleine. Parce que si Nabucco évoque la résistance d’un peuple à l’envahisseur, au travers de l’histoire d’Israël face aux Babyloniens, nous savons que ce n’est pas seulement cela. Nabucco, c’est cette vibration particulière qui, en l’espace d’une représentation, nous dit l’homme en général et le génie de Verdi en particulier.

D’entrée, de manière purement manichéenne, les décors et costumes de Jérôme Bourdin annoncent que nous allons être en présence de méchants et de gentils, revêtus pour les uns de noir, pour les autres de blanc-crème. Dans son ensemble, le décor sera constitué, entre autres, de colonnes que l’on fait descendre des cintres, d’un cube de pierre noire, d’une volée de marches noires, structures géométriques qui en constituent l’ossature et qui seront « animées » par les très belles lumières de Pascal Noël, belles parce que bien choisies, belles aussi parce qu’elles ont du sens.
Les tissus, souple comme le lin clair, rigide, pour les uniformes noirs des Nippo-Babyloniens, suggèrent ainsi, en fonction de leur texture et de leur couleur, la nature profonde de ceux qui le portent. Les Samouro-babyloniens agrémenteront leur tenue de guerriers par de belles lances très hautes et très jaunes, du plus bel effet géométrique.

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crédit photo Dominique Jaussein

La concentration peut être optimum…. Hélas ! …. car il faudra attendre quelques longues minutes pour que György Rath arrive à coordonner ce qui apparaît au départ comme une espèce de relâchement de l’orchestre. Mais le chef sait ce qu’il veut et il finit par l’obtenir ; l’orchestre est enfin au diapason ; la représentation peut vraiment commencer.
Les différents thèmes se font entendre, le Chœur « dialogue » avec Zaccaria, les tableaux sont réussis, colonnes noires, femmes en blanc, l’angoisse du peuple hébreu est là, parfaitement évoquée.
Si la direction d’acteurs de Jean-Christophe Mast dépasse la vision dualiste suggérée par les décors, elle aurait cependant tendance à « désincarner» le propos. Nous passons de tableau en tableau, où chacun « tient son rôle », un peu comme si nous feuilletions un bel album, avec de belles images, sans que ces images ne révèlent la profondeur des tourments des différents personnages…
Pour compenser cet effet esthétisant, les voix, elles, sauront parfaitement exprimer les effets de cette « fable sur le pouvoir et la foi, au sens large », comme indiqué par JC Mast dans sa note d’intention.
Ainsi, lorsque Fenena, incarnée par la très belle et très brillante Julie Robert-Gendre et Ismaël, campé par Jésús Léón se redisent leur amour, le timbre somptueux de Julie Robert-Gendre réussit à s’unir plutôt harmonieusement avec le timbre assez clair, non dénué de vibrato du ténor.
La surprise viendra de l’Abigaïlle de Raffaella Angeletti, une Abigaïlle à la voix puissante, à l’ambitus étonnant, qui nous fait partager sa passion, ses révoltes, sa colère. En osmose avec l’orchestre, elle nous donne à vibrer à ses doutes, à ses émotions, avec une maîtrise totale de la voix.
Le côté « tournons la page de ce si beau livre d’images» s’annihile enfin, pour éprouver l’émotion que nous venons chercher à l’opéra.
Evgeny Stavinski interprète avec conviction un Zaccaria profond et lumineux, qui signe ainsi son personnage de chef religieux. Très beau « Sperate, o figli ». Sa voix appelle et apaise ; la ligne est stable, la présence physique indéniable : il est le Prêtre, le Passeur, à la fois ferme et apaisant.
Le Nabucco de Serguei Murzaev, d’abord tyran aux accents violents et torturés, sera, après sa chute, celui qui, en fauteuil roulant mais animé par sa nouvelle foi religieuse, occupe à nouveau l’espace à la fois temporel et spirituel. Il apparaît alors, sur le plan vocal, plus puissant que jamais avec une très belle interprétation de « Dio di Giuda ».
Très belle voix de basse de Nika Guliashvili, le Grand Prêtre et interprétation non moins réussie d’Abdallo, le fidèle soldat de Nabucco, par Frédéric Diquero.
Enfin, saluons le Chœur de l’Opéra de Nice, dirigé par Giulio Magnanini ; un seul mot : Bravo ! Bravo d’avoir réussi à transmettre ainsi le génie de Verdi.

Au total, Nabucco fait un retour réussi à l’Opéra de Nice, onze ans, quasiment jour pour jour, après la production précédente avec Hasmik Papian et le très regretté Franck Ferrari.

(Le spectacle sera repris le mois prochain à Toulon).

Aurélie Beltrame-Cristiani

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crédit photo Dominique Jaussein

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