Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

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JdeB
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Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par JdeB » 20 mai 2018, 07:31

chef d'orchestre Diego Fasolis
Metteur en scène Robert Carsen
Décors, Costumes Tobias Hoheisel
Lumières Robert Carsen, Peter van Praet
~
Orfeo Philippe Jaroussky
Euridice Patricia Petibon
Amore Emőke Baráth

Nouvelle coproduction avec Château de Versailles Spectacles et Lyric Opera of Chicago

Représentation du 28 mai 2018.


Le Théâtre des Champs-Élysées porte un nom prédestiné à accueillir l’Orfeo de Gluck, ce qui fut fait sous son triple avatar. La version originale de 1762, pour le castrat Guadagni, y a été donnée en 1985 par René Jacobs dirigé par S. Kuijken puis en 1994 par James Bowman sous la direction du très regretté JC Malgloire. La version de Paris de 1774 pour Legros a été servie en 1994 par le ténor Stefano Ferrari avec Jérémie Rhorer au pupitre. Mais seule la version Berlioz de 1859, pour Pauline Viardot, a eu droit à deux productions scéniques ; la première dans la cadre d’une tournée de l’Opéra de Francfort, sous la baguette de Georg Solti, le 29 février 1956, puis en février 1988 avec M. Horne sans oublier les concerts de janvier et février 1951 dirigés par le compositeur Henri Tomasi avec Maria Feres.

On attendait cette saison l’exhumation et la création en France de la version napolitaine de 1774, remaniée pour un castrat aigu et avec insertions de Diego Noselli, qui sort chez Erato avec la même équipe (sauf P. Petibon) mais, finalement, c’est bien la version originale de 1762 qui est jouée et filmée ce soir. Il reste donc au TCE à la programmer un jour, ainsi que celle de Parme (analysée ici joomfinal/index.php/les-dossiers/50-oeu ... s-reformes ) qu’on mettrait bien volontiers en regard avec l’Orfeo de Bertoni (1776), d’une virtuosité confondante, sur le même livret et crée par le même Guadagni.

Pour sa vingtième et unième mise en scène d’opéra présentée à Paris (un record !), Robert Carsen a repris sa production créée à Chicago en 2006 et remise au théâtre à Toronto cinq ans plus tard. Il s’agit sans doute de son travail le plus épuré et qu’il faut probablement rapprocher de l’art d’un Brook ou d’un Strosser (on pense à son Idomeneo aixois en particulier) et lire dans la continuité de ses sublimes Dialogues des Carmélites (pour la scène des Enfers) et de son Siegfried de Cologne (2002) pour le cercle de feu, de sa Flûte version Baden-Baden aussi pour le traitement du chœur. L’Amour se fait anima et animus et double à la fois Orphée et Eurydice, les choristes sont identifiés à une foule de la Méditerranée aride et tout prend ici une dimension assez intemporelle qui renvoie bien à celle du mythe. Saluons le raffinement des lumières et l’intense acuité de la direction d’acteur.

Philippe Jaroussky, enfant chéri de cette maison, n’a jamais été aussi juste comme acteur, livrant toutes ses forces dans la bataille, corps et âme. Sur le plan vocal, il mise plus sur sa grande musicalité et son art de coloriste que sur la virtuosité et gagne, au cours de la soirée, en projection, en morbidezza et en ductilité avec un Che faro de haut lignage.

Patricia Petibon est la plus tourmentée et racinienne des Eurydice et on espère que cette œuvre lui sera cathartique tandis qu'Emöke Barath confirme les espoirs placés en elle avec cet Amour tout de fraîcheur et de grâce.

Les Chœurs de Radio-France ne peuvent rivaliser dans ce répertoire avec celui de Namur ou les Eléments mais sont loin de démériter pour autant.

Diego Fasolis fait pâle figure face aux lectures telluriques d’une Equilbey ou d’un Rousset mais trouve une osmose avec le propos de Carsen basé sur les quatre éléments en nous faisant entendre les murmures des ruisseaux, le souffle de la brise et comme des senteurs de sous-bois.

Salle comble et comblée.

Jérôme Pesqué
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Re: Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par HELENE ADAM » 22 mai 2018, 16:56

Minutage : 1h30 sans entracte. (c'est l'anti-Parsifal :lol: )

Choeurs :
Chœur de Radio France

Orchestre :
I Barocchisti

Orfeo ed Euridice fait l’objet d’une captation télévisuelle réalisée par François Roussillon, coproduite par le Théâtre des Champs-Elysées, François Roussillon et associés et NHK, avec la participation de France 2 et de TF1 et le soutien du CNC.


France Musique diffuse cet opéra le dimanche 10 juin 2018 à 20h.
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Re: Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par cosimus » 22 mai 2018, 21:58

Ovations enthousiastes d'un public apparemment ravi par ce spectacle bien funèbre (oui je sais le sujet s'y prête) entre cimetière, linceuls et vêtements de deuil. Le noir est de rigueur... Certains y verront sans doute une grande concentration , une "épure". Après les tombes de la Flûte enchantée à la Bastille, je trouve que Carsen manque d'inventivité.
Pour les voix et l'orchestre on peut se contenter du CD qui vient de sortir (sauf pour les fans de Patricia Petibon, excellente Euridice ici - dans le CD c'est Amanda Forsythe) Comme beaucoup ce soir j'y allais pour Philippe Jaroussky (et Emöke Barath) Je n'ai pas été déçu, sans être enthousiasmé. Je cède la place aux contradicteurs habituels. :wink:
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Re: Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par HELENE ADAM » 23 mai 2018, 07:29

Beaucoup de problème de justesse surtout lors de l'ouverture pour l'ensemble "I Barocchisti " qui a peiné à accorder ses instruments au début de l'opéra. Par la suite c'est mieux et quelques solistes sortent du lot (harpe divine).
La mise en scène manque d'imagination ; elle m'a paru être un recyclage de celle de la Flûte par bien des aspects : cercles des choeurs, tombes creusée dans un sol désertique, passage aux enfers par descente dans la tombe, uniformité des costumes noirs, recherche de la beauté esthétique avec évolution des lumières de fond de scène en fonction du déroulé. Mais rien n'est vraiment convainquant à mon avis...
L'opéra est un tout : avec un orchestre qui démarre mal, une mise en scène un peu pauvrette, et seulement trois chanteurs, c'est un pari de réussir la soirée. Jarrousky est trop uniforme pour moi (et un rien nasillard hier soir), il connait et maitrise parfaitement son rôle (Cosimus a parlé du CD qui sort), mais il ne me transporte pas. Il est possible que la mise en scène ne lui facilite pas la tâche, lui proposant des postures très convenues qui ne permettent pas toujours de transmettre la peine infinie du héros qui a perdu son amour... Patricia Petitbon est excellente dans le court rôle d'Euridice et Emőke Baráth, son double parfait dans la mise en scène, est parfaite en Amore (la plus belle voix AMHA).

Image

C'est sans doute les Choeurs (de Radio France, ceux qui nous ont donné récemment cet extraordinaire Requiem de Berlioz à la PP sous la direction de Franck) qui tirent le mieux leur épingle du jeu. C'est un personnage (la foule) à part entière, c'est très bien chanté et très bien joué.
Ovation finale en effet très appuyée mais public assez peu enthousiaste pendant la séance m'a-t-il semblé. C'était la Première, certains défauts peuvent disparaitre lors des séances suivantes...
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Re: Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par cosimus » 23 mai 2018, 10:14

D'accord avec les réserves d'Hélène sur l'orchestre... et même sur Jaroussky, surtout dans le premier acte, où de plus il est un peu perdu sur ce plateau grisâtre et sa voix paraît alors un peu faible, mais je l'ai vite retrouvé (vocalement) par la suite.
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Re: Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par PlacidoCarrerotti » 23 mai 2018, 11:31

Air colorature à la fin de l’acte I ?
"Quant à Madame Sonya Netrebkheros, je tiens à vous rassurer, chers mécènes : elle est à Paris et elle a commencé les répétitions !". Liz Nerves.

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Re: Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par nikita » 23 mai 2018, 13:07

Pour le personnage d'Orfeo ?
Non, puisque c'est la version de 1762.

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Re: Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par Christophe2017 » 27 mai 2018, 21:04

Très belle représentation cet après-midi (27-05) dans un TCE plein à craquer. J' ai pour ma part apprécié cette mise en scène de Robert Carsen , sobre et dépouillée , émouvante du début à la fin . Les éclairages en particulier apportaient une illustration très belle des différents actes. Egalement, très belle distribution: certes Philippe Jaroussky peine dans les graves au premier acte mais il chante le reste du temps avec un magnifique legato et des demi-tentes sublimes. Patricia Petibon est une belle Euridice et elle n a pas abusé de ces quelques maniérismes bien à elle (son décoloré sur des attaques blanches) . Et quel plaisir de découvrir en Amore la remarquable Emőke Baráth !! Une chanteuse plus qu'à suive. Même si I barocchisti de Diego Fasolis et le Choeur de Radio France ne m'ont pas fait oublier l'interprétation du Balthazar-Neumann-Chor & - Ensemble de Thomas Hengelbrock au Palais Garnier en mars-avril (ce sont eux d'ailleurs qui feront le prochain Gluck du TCE : "Iphigénie en Tauride"), ils ont été remarquables et les choeurs surtout m'ont donné des frissons.

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Re: Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par pingpangpong » 28 mai 2018, 06:17

Carsen raconte l'histoire, rien que l'histoire. Il ne la retranscrit pas sous la forme d'un concept, n'induit pas des éléments qui ne sont pas dans le livret, en cohésion avec la ténuité de celui-ci, laissant au spectateur toute latitude pour s'émouvoir ou non selon sa sensibilité. C'est effectivement l'anti-Parsifal de Jones pas seulement point de vue minutage.
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
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Re: Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par JdeB » 29 mai 2018, 11:03

Je viens de publier ma critique en tête de ce fil.
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
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