Saint Saens - Samson et Dalila – Armiliato/Liedtke - Wiener Staatsoper - 05/2018

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PlacidoCarrerotti
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Re: Saint Saens - Samson et Dalila – Amiliato/Liedtke - Wiener Staatsoper - 05/2018

Message par PlacidoCarrerotti » 16 mai 2018, 11:34

La Juive, Vasco, Le Cid... Il était plus ou moins malade et il y avait de mauvais soirs.
En revanche, depuis 2017, chaque fois que je l'ai vu (Cav & Pag, Turandot, Carmen, Cyrano et j'en oublie) c'était superbe.
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Re: Saint Saens - Samson et Dalila – Amiliato/Liedtke - Wiener Staatsoper - 05/2018

Message par Loïs » 16 mai 2018, 12:03

PlacidoCarrerotti a écrit :
16 mai 2018, 11:34
La Juive, Vasco, Le Cid... Il était plus ou moins malade et il y avait de mauvais soirs.
En revanche, depuis 2017, chaque fois que je l'ai vu (Cav & Pag, Turandot, Carmen, Cyrano et j'en oublie) c'était superbe.
Pas encore le temps d'écrire le CR complet (mes nuits et jours sont très chargés cette semaine :lol: )mais petit message écrit d'un comptoir de bar slovène: je suis Alagna depuis Traviata Orange (1993?) et je tombe chaque fois dans le panneau (et là ce fut XXL pendant le "Seigneur voit ma misère"): P.... comment fait il pour avoir un phrasé pareil? A côté de cela les aigus sont ahurissants (la phase initiale de chauffage passée , cela débute à l'exhortation du I et ne lachera plus) et son "Dalila je t'aime" qui conclut "mon coeur s'ouvre à ta voix" est le plus long entendu avec en plus un diminuendo sur "me" où je l'ai littéralement entendu bander . il a mis une force d'émotion sur l'ultime note en piano qui annonçait l'extraordinaire finale de l'acte (géniale idée du metteur en scène ; description à venir.....ça c'est du teasing :lol: )

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Re: Saint Saens - Samson et Dalila – Amiliato/Liedtke - Wiener Staatsoper - 05/2018

Message par MariaStuarda » 16 mai 2018, 16:49

Loïs a écrit :
16 mai 2018, 12:03
(...) où je l'ai littéralement entendu bander . il a mis une force d'émotion sur l'ultime note en piano qui annonçait l'extraordinaire finale de l'acte (géniale idée du metteur en scène ; description à venir.....ça c'est du teasing :lol: )
Tu te Hierotise toi ! :lol:
Oui ben pas de teasing hein, j'y vais dans 10 jours !!!!

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Re: Saint Saens - Samson et Dalila – Amiliato/Liedtke - Wiener Staatsoper - 05/2018

Message par Loïs » 17 mai 2018, 10:51

MariaStuarda a écrit :
16 mai 2018, 16:49
Tu te Hierotise toi ! :lol:
Y a encore de la marge et on ne joue pas avec les mêmes jouets!
Sinon Alagna devient "le ténor dont le monde a besoin"
https://kurier.at/kultur/samson-et-dali ... /400034929

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Re: Saint Saens - Samson et Dalila – Amiliato/Liedtke - Wiener Staatsoper - 05/2018

Message par Loïs » 17 mai 2018, 17:31

MariaStuarda : ne lis pas ce qui suit si tu ne veux pas voir ton plaisir défloré

Un des évènements de la saison était sans conteste la double prise de rôle de Garanca & Alagna dans Samson et Dalila (pour Alvarez, je me demande s’il a déjà chanté le rôle) et dans une version scénique (le TCE le mois prochain sera en version concert).

Vous l’avez compris ce fut une magistrale réussite. Même si je ne venais pas inquiet suite à l’avant-goût très prometteur donné l’an dernier au TCE par Alagna qui avait abordé « Seigneur vois ma misère » en concert, les premières minutes m’ont impressionné par la vaillance et la puissance de la projection sur le médium. Le connaissant depuis sa Traviata à Orange en 1993, je suis bluffé par l’évolution de sa voix et ce sans trace d’usure, avec une complète palette de couleurs (qui ne sont bien sur plus forcément les mêmes) et sans le vibrato envahissant de ceux qui sont allés trop loin et/ou trop vite. Dès l’exhortation, l’ampleur vocale intègre les aigus et l’image correspond au son : jeunesse, virilité et puissance. Si le début le révèle scéniquement pavarottien en diable : jambes et bras écartés, tête inclinées pour libérer le thorax et poses de cador, l’entrée de Garanca le métamorphose en amoureux passionné, viscéralement attiré par Dalila mais incontestablement sincèrement épris. Il ne s’agit pas uniquement d’une violente et incompressible attirance physique mais d’un embrasement général des sens et de l’esprit tout en restant conscient de la lutte inhumaine entre son amour de Dalila et celui de Dieu. L’amour chez lui est forcément douloureux, il déchire et torture.
Il faudra attendre le troisième acte pour connaitre l’apaisement. Le « Seigneur vois ma misère » par la classe de son phrasé nous emmène dans une autre dimension. Ce n’est déjà plus une plainte mais la jouissance de l’anéantissement (la torture c’est l’amour pour Dalila et l’écartèlement entre elle et Dieu, pas les conséquences de sa déchéance) qui donne la force de se dresser au dessus des misérables contingences du monde. Il ne peut que conclure par une fin de domination, il est au dessus de tout et de tous. On oublie le spectaculaire de la phrase finale (et pourtant quelle phrase , quelle vaillance!), on ne garde que la logique de cette ponctuation finale.

Fabuleuse prise de rôle pour Garanca aussi, pas tant pour l’adéquation vocale et technique, la somptuosité du timbre et la volupté de l’émission, nous le pressentions trop à l’avance pour être surpris (quoique les première voyelles -encore froides- démesurément ouvertes m’ont fait craindre la résurrection d’Obratsova), mais plutôt pour l’interprétation et la création du personnage. Dès sa première Dalila elle compose (voire elle réinvente) un personnage d’une grande complexité. Elle est bien sur séductrice mais aussi totalement amoureuse et son tourment/écartèlement pour elle sera entre Samson et son devoir de Philistine et encore plus femme qui domine et détermine son destin. Le fait que le metteur en scène soit une femme a peut-être contribué à cette Dalila qui choisit son amour, assume sa destinée et résiste à la société (à aucun moment elle ne plie devant le Grand Prêtre et refuse par deux fois d’obéir, sans rébellion, juste car « libre elle est née et libre elle mourra »). Si on ajoute une beauté et une présence spectaculaires (voir photos), le bonheur serait absolu sans cette négligence dans la diction, dommage de renoncer à la perfection.

Très belle performance d’Alvarez d’une justesse stylistique et interprétative sans faille. Il ne tombe jamais dans le débraillé où se sont effondrés des barytons trop testostéronés, on ne peut que regretter une absence d’éclat qui le rendrait définitivement inquiétant.

Les utilités et seconds rôles sont irréprochables (nous sommes à Vienne) mais je voudrais faire une mention particulière pour Dumitrescu : en quelques phrases que lui confère le rôle : la classe, la sobriété, l’humanité.

Très belle ovation pour Armiliato qui lui aussi offre une direction de grande classe (décidemment c’est la soirée) avec un soucis de tous les détails (j’avais l’impression d’entendre chaque pupitre). Mais ce que je retiendrai sera l’évolution de la couleur de l’orchestre au cours de la soirée : grise lors de la plainte des hébreux, le grenat du sang et du sexe au II, le noir de Dagon puis la lumière de la rédemption.

Le problème avec Samson et Dalila c’est l’absence d’action qui transforme le premier acte et le début du troisième en en oratorio. Si on ajoute que le deuxième n’est qu’une suite d’airs qui peuvent s’enfiler comme on enfile des perles…La production de Bastille l’an dernier n’avait pu se dresser au-dessus du néant. Celle de Vienne flatte l’œil dès le début (avec un sommet au II avec ces ouvertures lumineuses dans un espace noir) et offre une remarquable succession de photos.
L’entrée de Dalila crée l’action : en Marie Madeleine venant laver le héros (puis le supplicié dans sa prison au III), elle est la pêcheresse qui choisit son destin. Son amour n’est pas guidé par l’intérêt au début mais s’y heurtera à armes égales par la suite et vaincra méprisant la gloire à la fin. La palette d’expressions de Garanaca au II est complète et dévoile toutes les étapes de son conflit intérieur. La face à face avec Samson est saisissant de violence et s’achève par une étreinte désespérée où Samson tombe à genou, tend ses cheveux à Dalila qui les coupe avec le poignard du Grand Prêtre en embrassant avec la force de la passion et du désespoir la bouche de son amant. Si on appelle l’acte d’amour la petite mort, il n’y eut jamais plus criante illustration ; c’est à se demander comment les planches ne s’enflamment pas.
Les deux ballets sont intelligemment illustratifs avec pour le premier des philistins portant des Dalila (même costume, portées en triomphe et offertes en don au héros) et pour le second l’histoire racontée avec les codes de la danse où les Dalila(s) se dévêtent, coupent la toison pendant que les philistins torturent le double de Samson.
La scène finale que tout le monde attend : le double s’enflamme (vision saisissante) et l’apocalypse du feu se déchaine sur le plateau
Une transposition en entre deux guerres nous avait fait craindre la n-ième réédition des juifs/nazis mais que non. Elle est en lien avec les phrases de Freud affichées lors des intervalles et la modernisation pousse à une lecture intemporelle et non confessionnelle (les « Hébreux » portent des cierges, Samson un Crucifix, le Grand Pretre tend une pomme à Dalila, les Philistins jettent méprisamment leurs chaussures à Samson). La classe je vous dis depuis le début !

Message perso au chef des choeurs : bravo, ils sont à l'unisson de la lecture détaillée de l'orchestre
Message perso au répétiteur / à la répétitrice des choeurs (ou chef(e) de chant): devant tant d'incompétence à leur apprendre à prononcer le français: dégage

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Re: Saint Saens - Samson et Dalila – Amiliato/Liedtke - Wiener Staatsoper - 05/2018

Message par Epsilon » 17 mai 2018, 18:05

Merci pour ce CR passionné et passionnant! Te lire est toujours un plaisir et encore plus dans ce cas!
J’attend le Samson d’Alagna depuis longtemps et cette double prise de rôle depuis le Carmen new-yorkais, vraiment contente de cette grande réussite...

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Re: Saint Saens - Samson et Dalila – Amiliato/Liedtke - Wiener Staatsoper - 05/2018

Message par Bernard C » 17 mai 2018, 19:55

Merci Loïs, c'est réjouissant.

On retrouvera ce couple au Met à l'automne , avec Laurent Naouri.

Bernard
"L'amour infini, sans autre aliment qu'un objet à peine entrevu dont mon âme était remplie , je le trouvais exprimé par ce long ruban d'eau qui ruisselle au soleil entre deux rives vertes, par ces lignes de peupliers qui parent de leurs dentelles mobiles ce val d'amour..." Le Lys

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Re: Saint Saens - Samson et Dalila – Amiliato/Liedtke - Wiener Staatsoper - 05/2018

Message par MariaStuarda » 17 mai 2018, 22:47

Loïs, j’ai suivi ton conseil et ne lirait ta prose qu’après la représentation du 25.

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Re: Saint Saens - Samson et Dalila – Amiliato/Liedtke - Wiener Staatsoper - 05/2018

Message par Loïs » 18 mai 2018, 00:00

Bernard C a écrit :
17 mai 2018, 19:55
Merci Loïs, c'est réjouissant.

On retrouvera ce couple au Met à l'automne , avec Laurent Naouri.

Bernard
j'avais pas vu! avec Naouri cela promet
en attendant j'attends avec impatience la confrontation parisienne avec Lemieux (et en plus ils m'offrent cela en cadeau d'anniversaire :lol: )

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Re: Saint Saens - Samson et Dalila – Amiliato/Liedtke - Wiener Staatsoper - 05/2018

Message par paul » 18 mai 2018, 07:57

Je n'ai entendu que la retransmission audio et je me suis très ennuyé... pb de prise de son? les voix de Garanca et Alagna me sont apparues très peu phonogéniques... diction très mauvaise du choeur et moins bien que passable de Garanca, diction merveilleuse d'Alagna mais gros pb d'intonation et difficultés en fin de phrase, aigus souvent à l'arrache...

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