Purcell : King Arthur-L.Garcia Alarcon/M. Di Fonzo Bo-Genève-05/2018

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Purcell : King Arthur-L.Garcia Alarcon/M. Di Fonzo Bo-Genève-05/2018

Message par petitchoeur » 10 mai 2018, 00:06

Henry Purcell (1659-1695) : King Arthur or The British Worthy
(Le Roi Arthur ou le Héros britannique).

« Masque » en 1 prologue, 5 actes et un épilogue
Livret de John Dryden. Adapté par Marcial Di Fonzo Bo à partir de la nouvelle traduction française de l’Avant-Scène Opéra (n° 163-1995).
créé au Théâtre de la Reine, Dorset Garden, à Londres en mai ou juin 1691.

Direction musicale : Leonardo García Alarcón
Mise en scène : Marcial Di Fonzo Bo

Assistant mise en scène : Maxime Contrepois
Scénographie : Catherine Rankl
Costumes : Pierre Canitrot
Perruques & Maquillage : Cécile Kretschmar
Lumières : Yves Bernard

Comédiens :
King Arthur : Simon Guélat
Merlin / Albanact : Cédric Leproust
Osmond : Thomas Scimeca
Oswald / Guerrier / Aurélius : Benjamin Jungers
Conon / Albanact / Guillamar : Stéphane Comby
Aurelius / Philidel : Sylvain Dufour
Emmeline : Laure Aubert
Mathilde / Grimbald : Paul Laurent

Chanteurs :
Prologue / Guerrier / Berger / Sylvain : Ed Lyon
Cupidon / Sirène / Vénus / Elle : Bernarda Bobro
Prêtre / Génie du Froid / Éole / Il : Grigory Shkarupa
Philidel / Sirène / Nymphe / Honneur : Keri Fuge
Grimbald / Homme / Comus : Ivan Thirion
Prêtresse / Guillamar / Homme : Anders J. Dahlin
Prêtresse / Bergère / Esprit de Philidel / Nymphe / 1ère Sirène : Chloé Chavanon*
Esprit de Philidel / Bergère / Nymphe / 2ème Sirène : Iulia Elena Preda*
Esprit de Philidel / Nymphe : Mi-Young Kim*
Prêtre / Esprit de Philidel / Homme : Nauzet Valerón*
Sylvain / Paysan : Phillip Casperd*
Esprit de Philidel / Paysan : Harry Draganov
*Membres du Chœur du Grand Théâtre de Genève

Chœur du Grand Théâtre de Genève
Direction Alan Woodbridge
Cappella Mediterranea


Au Théâtre des Nations à Genève le 8 mai 2018.

King Arthur est le modèle du masque anglais qualifié aussi de semi-opéra. C’est une forme de divertissement comprenant des scènes parlées, de la danse et du chant soutenus par des instruments. Au XVIIème siècle le masque est la tentative de créer un opéra anglais. C’est donc un spectacle dramatique, mélange de mythes antiques et de légendes médiévales, rehaussé d’une musique de scène. Au XVIIIème siècle l’opéra italien s’impose en Angleterre avec Haendel principalement et le masque disparaît.
King Arthur n’est pas la seule collaboration entre Purcell et Dryden (1631-1700), poète et dramaturge catholique anglais : en effet Purcell a accompagné de musiques de scène de nombreuses tragédies de Dryden comme Indian Queen et mis en musique un de ses poèmes : l’Ode à Sainte Cécile. King Arthur est un grand succès en 1691/1692 mettant Purcell financièrement à l’aise. Malheureusement, la partition originale n’a pas été conservée dans son intégralité, d’où les rajouts (pas toujours de Purcell) dans les représentations qui suivirent jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. Ce n’est qu’en 1994/1995 que William Christie au Châtelet et à Covent Garden -avec enregistrement Erato- tente de rétablir la partition originale.
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Il est impossible de résumer un livret fort complexe en quelques lignes. Il célèbre les victoires d’Arthur et des Bretons sur les Saxons et la naissance de l’Angleterre tandis que l’intrigue amoureuse raconte l’expédition qu’Arthur, aidé par Merlin, organise pour libérer Emmeline, prisonnière du chef saxon Oswald et de son magicien Osmond. Dans sa version du Roi Athur, Dryden n’insère pas la quête du Graal. C’est Emmeline qui est le centre de l’histoire. Arthur et son rival Oswald se battent pour elle : pour l’un elle représente l’amour, pour l’autre le pouvoir, par la couronne d’Angleterre.

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Les rôles principaux sont parlés : le Roi Arthur, Merlin, Osmond, Oswald et Emmeline. Tandis que chantent Philibel et Grimbald -esprits de l’air et de la terre qui incarnent le bien et le mal- ainsi que Vénus, les nymphes, les bergers, les prêtres, les guerriers, les sirènes, le Génie du Froid, Cupidon, Pan et les Néréides, Sylvain et Eole. Deux rôles sont à la fois joués et chantés : Philidel et Grimbald. L’ensemble forme une féérie musicale. Purcell utilise magistralement la langue anglaise et se révèle un maître à danser particulièrement inventif. Le tremolando vocal de l’acte 3 : tho’ quiv’ ring with cold, we chatter and tremble (« pourtant nous tremblons de froid, nos dents claquent et nous frémissons ») est le passage le plus célèbre de l’oeuvre. Pour Leonardo Garcia Alarcon, les influences françaises (Lully, les chansons de cour), italiennes (les chansons populaires) et de la musique sacrée (dans les parties de chœur) sont nombreuses dans l’oeuvre de Purcell. En revanche les dissonances et les tournures mélodiques imprévisibles et surprenantes pour l’époque sont typiques de l’art de Purcell. Certaines répliques des comédiens sont soulignées par de la musique instrumentale de Purcell rajoutée par Leonardo Garcia Alarcon (qui la connaît bien pour l’avoir entendue à la maison dans sa jeunesse) et extraite de Dioclesian, de The Virtuous Whife, de Abdelazer, de Trumpet Tune ou d’une chaconne en sol mineur. Leonardo Garcia Alarcon justifie cette option en rappelant qu’à l’époque de Purcell, les luthistes et les consorts de violes ou de flûtes jouaient instinctivement pendant que les acteurs parlaient. Cette superposition –texte et musique, comédiens et orchestre- est fort réussie : l’orchestre accentue l’action, renforce les sentiments des acteurs et accompagne l’histoire. On est très proche de la musique de film. La mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo permet à ce spectacle hybride -théâtre, chant, danse, drame, divertissement- de fonctionner. La forêt (d’après des gravures de Gustave Doré) constitue l’essentiel du décor de Catherine Rankl. Les lumières d’Yves Bernard, les perruques et les maquillages de Cécile Kretschmar, comme les costumes de Pierre Canitrot jouent sur le merveilleux et le fantastique de la légende arthurienne. En mêlant les époques, ils rendent universels les thèmes de l’amour et du pouvoir.
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Belle performance de tous les comédiens, particulièrement Simon Guétat (Roi Arthur), Cédric Leproust (Merlin), Thomas Scimeca (Osmond), Benjamin Jungers (Oswald), Laure Aubert (Emmeline). Beau plateau vocal. Bernarda Bobro (Cupidon, Vénus, Sirène, Elle) est une soprano au très beau timbre, à la voix bien projetée. Elle est une Vénus épanouie dans l’épilogue. Keri Fuge (Philidel, Sirène, Nymphe et Honneur) chante avec conviction d’une voix puissante et pleine d’autorité le grand air final de l’Honneur à la gloire de Saint Georges et de l’Angleterre. Ed Lyon , ténor, est un excellent comédien dans le prologue (dit en anglais) et un ténor héroïque dans tous ses autres rôles. Grigory Shkarupa, basse profonde et cuivrée, obtient un triomphe en Génie du Froid dans un décor de neige et de fourrure éblouissant. Ivan Yhirion, baryton (Grimbald, Homme, Comus), Anders J.Dahlin, ténor (Prêtresse, Homme, Guillamar) ainsi que les six membres du chœur qui tiennent des petits rôles complètent cette distribution avec brio. Le Chœur du Grand Théâtre de Genève, préparé par Alan Woodbridge, est omniprésent : puissant et très à l’aise dans ses métamorphoses permanentes, tour à tour Bretons, Saxons, bergers et bergères, nymphes et sylvains, Peuple du froid, Esprits de Philidel ou de Grimbald , se coulant avec gourmandise dans des costumes les plus variés et des mouvements incessants .
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Ancien élève de Christiane Jaccottet à Genève, claveciniste de l’Ensemble Elyma dirigé par Gabriel Garrido, dont il devient l’assistant, Leonardo Garcia Alarcon fonde la Cappella Medirerranea en 2005 et, en 2010, est nommé directeur artistique du Chœur de chambre de Namur. Révélé par le Festival d’Ambronay, il est, avec ses ensembles, invité dans le monde entier à faire entendre et voir Haendel, Purcell ou Monteverdi…, ou à découvrir des auteurs peu joués ou inconnus comme Cavalli ou Draghi. Avec Leonardo Garcia Alarcon, la musique prend corps : vivacité, changements de tempi, accélérations et ralentis, nuances du PPP au FFF. L’auditeur est continuellement aux abois : quand on a la chance de voir le chef (comme ici à Genève où la fosse est à peine enfoncée) solliciter, manœuvrer, « sculpter » les chanteurs et les instrumentistes, on ne s’ennuie pas une seconde et on est subjugué. Comme l’est La Cappella Mediterranea qui répond à toutes les sollicitations, les inflexions, les nuances de son chef.
Immense succès, multiples rappels avec reprise du dernier chœur par tous les artistes. Comme le dit Alarcon : « Avec Purcell, on est face à un Shakespeare de la musique ! »
Pierre Tricou

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