Stravinski/Ramuz : Histoire du soldat-A.Ollé/La Fura dels Baus/S.Dutrieux- Lyon-04/2018,

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petitchoeur
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Stravinski/Ramuz : Histoire du soldat-A.Ollé/La Fura dels Baus/S.Dutrieux- Lyon-04/2018,

Message par petitchoeur » 04 mai 2018, 16:40

Igor Stravinski : Histoire du soldat (1918).
Spectacle en deux parties, destiné à être lu, joué et dansé.
Livret de Charles-Ferdinand Ramuz


Mise en scène : Alex Ollé / La Fura dels Baus
Collaboration à la mise en scène : Ramon Simo, Valentina Carrasco
Décors et costumes : Lluc Castells
Vidéo : Emmanuel Carlier
Lumières : Elena Gui, Urs Shönebaum
Son : Josep Sanou
Dramaturgie : Valentina Carrasco, Ramon Simo, Àlex Ollé, Júlia Canosa
Assistante à la mise en scène : Sandra Pocceschi

Narrateur/Diable/Soldat : Sébastien Dutrieux

Orchestre de l'Opéra de Lyon
Kazimierz Olechowski, violon
Jorgen Skadhauge, contrebasse
Jean-Michel Bertelli, clarinette,
Carlo Colombo, basson
Pascal Savignon, cornet
Eric Le chartier, trombone
Christophe Roldan, percussions

Production : Opéra de Lyon, Opéra de Lausanne, Opéra de Montpellier
En co-réalisation avec le Radiant-Bellevue de Caluire

Au Radiant-Bellevue à Caluire (banlieue de Lyon) le 25 avril 2018.

C’est à Lausanne le 28 septembre 1918 que l’Histoire du soldat a été créée sous la direction d’Ernest Ansermet dans des décors du peintre suisse René Auberjonois avec Elie Gagnebain en récitant, Jean Villard en diable (comédien vaudois formé par Jacques Copeau et chansonnier, le futur Gilles du cabaret parisien éponyme, auteur des Trois Cloches et de nombreuses chansons interprétées par les Frères Jacques) et les Pitoëff (Ludmilla et Georges) comme figurants-danseurs. La tournée prévue en Suisse est annulée du fait de l’épidémie de grippe espagnole. La reprise n’a lieu qu’en 1923 à Paris. Stravinski s’est réfugié en Suisse, chassé de Russie par la Révolution de 1917. C’est Ernest Ansermet qui le présente à Charles-Ferdinand Ramuz : de cette rencontre naît l’Histoire du soldat, sorte de commedia dell’arte sur tréteaux ambulants utilisant de faibles moyens du fait de la dureté de ce temps de guerre : un orchestre réduit à 7 solistes, clarinette et basson, cornet à pistons et trombone, violon et contrebasse, percussion (grosse caisse, caisse claire, tambours, tambour de basque, cymbales, triangle). Deux parties de trois scènes courtes chacune. Charles-Ferdinand Ramuz, considéré comme le Giono suisse, s’inspire d’une tradition orale russe, compilée par Alexandre Afanassiev, à laquelle il donne une dimension universelle : c’est une sorte de mythe de Faust. Rentrant en permission dans son village, le soldat vend son âme (représentée par son violon) au diable en échange d’un livre qui prédit l’avenir et qui le rend fabuleusement riche et… fabuleusement pauvre de bonheur et d’amour. Désespéré, il déchire le livre et arrive à récupérer son violon en enivrant le diable. Le bonheur semble retrouvé: par sa musique il guérit une princesse qu’il épouse. Rentrant chez lui avec elle, il retombe sous le pouvoir du diable qu’il suit sans résister en lui abandonnant son violon. Morale de l’histoire : « il ne faut pas vouloir ajouter à ce qu’on a ce qu’on avait, on ne peut pas être à la fois qui on est et qui on était. On a pas le droit de tout avoir : c’est défendu. Un bonheur est tout le bonheur ; deux, c’est comme s’ils n’existaient plus » (scène VI).

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« Ce qui nous intéresse est d’éclairer la complexité humaine -le bon et le mauvais côté. Ainsi on part du principe que le démon n’habite pas en dehors mais à l’intérieur du soldat ; et que les astuces qu’il utilise pour dévier notre personnage du droit chemin ressemblent à celles qu’utilisent nos propres démons quand nous sommes tentés de remplacer le chemin de la raison par d’autres sentiers, plus risqués et moins sensés » (Alex Ollé, metteur en scène, dans le programme de salle). Ce point de vue est tout à fait légitime. Mais je ne suis pas convaincu par sa réalisation sur scène : pourquoi le soldat a-t-il son double en blessé sur un lit d’hôpital intubé de toute part dont le lit apparaît et disparaît régulièrement ? Pourquoi des vidéos nombreuses, heureusement floues, présentant des scènes de tortures particulièrement sadiques ? Pourquoi tant de figurants qui détournent l’attention du spectateur de cette lecture pertinente du metteur en scène ?

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Tous les artistes intervenant dans ce spectacle, jusqu’au plus modeste des assistants et au … constructeur de masque, sont cités dans la distribution sauf le nom de Stravinski (qui n’apparaît que dans le commentaire) et celui du personnage principal qui joue, danse et le récitant, et le diable et le soldat ! Sébastien Dutrieux (il a quand même droit à une biographie en 3ème page du programme !) est remarquable dans ce triple rôle qui est conçu, à l’origine, pour trois acteurs différents. Il tient la scène de bout en bout se coulant dans la peau de chacun de ses personnages avec justesse, finesse et intelligence. C’est avec les sept musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon les héros de la soirée. La partition est un tournant dans l’art de Stravinski : « L’Histoire du Soldat marque ma rupture finale avec l’école orchestrale russe dans laquelle j’avais été élevé » précisera –t-il. Eléments de jazz, danses (ragtime, tango…), dissonances, richesse rythmique, virtuosité dont les sept solistes se jouent avec brio et gourmandise. Cette œuvre eut une immense influence sur la musique d’entre-deux guerres, particulièrement sur le groupe des Six.
Pierre Tricou

Photos: copyright: Les Photos Manouches- Opéra de Lyon, 2018

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