Debussy-Pelléas et Mélisande- Levy-TCE- le 02/05/18

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pingpangpong
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Debussy-Pelléas et Mélisande- Levy-TCE- le 02/05/18

Message par pingpangpong » 03 mai 2018, 11:34

Pelléas et Mélisande, opéra en cinq actes
musique de Claude Debussy, livret de C.Debussy d'après la pièce de Maurice Maeterlinck
créé le 30 avril 1902 à l'Opéra Comique

Guillaume Andrieux Pelléas
Sabine Devieilhe Mélisande
Alain Buet Golaud
Sylvie Brunet-Grupposo Geneviève
Jérôme Varnier Arkel
Camille Poul Yniold
Virgile Ancely Le médecin

Benjamin Levy direction
Orchestre de Chambre Pelléas
Jeune Chœur de Paris


En mars dernier, Jean-Claude Malgoire dirigeait le chef-d'œuvre de Claude Debussy à Tourcoing. Sabine Devieihle y était Mélisande et Guillaume Andrieux, Pelléas ; les mêmes qui, en avril 2015, endossaient pour la première fois ces rôles déjà sous la direction du chef disparu il y a trois semaines.
C'est donc tout naturellement, et avec une émotion palpable, que Michel Franck, directeur du Théâtre des Champs Elysées, a souhaité dédier cette soirée unique, à la mémoire de Jean-Claude Malgoire, les applaudissements nourris du public complétant l'hommage.

S'il se passe d'images, donné en version de concert, l'opéra de Debussy sollicite, peut-être plus que tout autre, l'imagination du spectateur auquel un temps d'adaptation est nécessaire pour entrer dans le drame symboliste. C'est dire l'importance qu'il y a à en saisir le texte avant tout.
Le casting réuni pour ce concert est, sur ce point, totalement irréprochable, tant chacun a à cœur de soigner son élocution. L'orchestre a cependant couvert, lors des moments paroxystiques, les voix, toutes les voix; les moins amples en faisant les frais évidemment, à commencer par celle de G.Andrieux, Pelléas de fort belle facture mais d'envergure vocale peu ample lui conférant une fragilité certaine, le contraignant à l'effort dans les “forte“.
Le personnage est touchant dans sa fébrilité et l'innocence toute juvénile dont il le pare mais on attendra de le voir à la scène, avec un orchestre en fosse, a priori moins étouffant, pour juger au mieux sa prestation.
Parfaitement accordée, physiquement comme dramatiquement, sa Mélisande est la lumière même, vocalement radieuse, déterminée comme peut l'être une enfant au premier acte, terriblement vulnérable et confuse face à la colère de Golaud dans la scène de la bague au deuxième acte, rayonnante dans celle de la tour, évanescente dans son agonie finale. Espérons que Sabine Devieihle ne se lasse pas trop vite de ce rôle en or.
Sylvie Brunet -Grupposo, au phrasé exemplaire, confère à Geneviève musicalité et humilité.
Camille Poul est un Yniold tout de naturel, sans jamais forcer le trait, voix claire et ferme.
Quant aux clés de fa, elles rivalisent de noirceur, et le cinquième acte où les trois basses sont au chevet de Mélisande, semble être une cimaise présentant des tableaux de Pierre Soulage.
Le médecin de Virgile Ancely arbore des teintes plus charbonneuses que l'Arkel aux graves profonds de Jérôme Varnier qui fait preuve d'un hiératisme un peu excessif dans sa composition, mais de forte présence.
Golaud trouve en Alain Buet un chanteur accompli, voix ample à la projection idéale, subtil et divers dans la palette de couleurs, avec au moins cinquante nuances de gris, comme de jeu, qu'il offre tout au long de l'œuvre, osant la voix de tête avec aplomb dans son “Mélisande as-tu pitié de moi comme j'ai pitié de toi...“ au dernier acte, campant un homme aimant avec sa femme autant qu'avec son fils, avec lequel il sait faire preuve de douceur et de patience dans la scène IV de l'acte III, blessé puis contenu dans sa violence, humiliant Mélisande devant Arkel plus par principe que par haine, et, finalement, dévasté par la trégédie qu'il n'a pu éviter.
Hormis un volume sonore à contenir eu égard aux chanteurs auxquels pourtant il se montre attentif, Benjamin Levy dispose avec le bien-nommé orchestre Pelléas de l'outil ad-hoc, dont il sollicite à l'envi couleurs et souplesse, mettant l'expressivité de chaque pupitre au service de la musique de Debussy.
E.Gibert
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
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Re: Debussy-Pelléas et Mélisande- Levy-TCE- le 02/05/18

Message par Il prezzo » 03 mai 2018, 12:57

Globalement d'accord avec ce commentaire, en particulier concernant le Golaud d'Alain Buet, dont chaque intervention m'a scotché: que d'inflexions dans le phrasé, que d'investissement dans ce rôle central du drame de Maeterlinck-Debussy...
Mais un bémol sur Sabine Devieihe: quelque chose "clochait" dans ce qu'on voyait et entendait, que ma voisine a un peu radicalement résumé en un "elle manque de pureté, elle pervertit le rôle!". Je trouve de fait qu'on ne sentait pas trop la fragilité qu'évoque Pingpangpong, mais plutôt le contraire (sauf au dernier acte, bien sûr), une assurance, une juvénilité un peu composée, très loin de ce que fait Patricia Petibon par exemple. Mais c'est "une critique de riche", car la voix, plus ample que nécessaire, lui a permis au moins de passer le barrage de décibels de l'orchestre, aux forti wagnériens. Lecture très fine de la partition ceci dit, dont j'ai goûté peut-être pour la première fois toute la richesse (je pense à ce sujet, assez prosaïquement, que le confort de spectateur joue un rôle loin d'être négligeable dans notre perception -j'étais hier soir, royalement replacé à la corbeille...).

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Re: Debussy-Pelléas et Mélisande- Levy-TCE- le 02/05/18

Message par pingpangpong » 03 mai 2018, 14:56

S.Devieilhe m'a touché dans sa façon de suivre ces hommes qui finalement l'entraînent vers la mort : confiante face au Golaud du 1er acte, puis dépassée par les évènements, de bonne foi, sans arrière pensée ou perversité, une vraie pureté (dramatiquement et vocalement aussi) et soumise, subissant ses colères qui étaient plus de l'ordre du père qui gronde (ou gourmande) sa fille; complice et éblouie avec Pelléas, comme deux ados naïfs et ravis (au sens religieux du terme, sensible dans “Mes longs cheveux“ comme une prière intense); respectueuse et sage face à Arkel; sans volonté face au médecin. Tout ceci avec une grande économie de moyens, excepté ce timbre rayonnant.
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
Jules Renard

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Re: Debussy-Pelléas et Mélisande- Levy-TCE- le 02/05/18

Message par muriel » 03 mai 2018, 21:15

j'ai adoré cette version concert qui met en valeur cette superbe musique et la partie orchestrale.
public très concentré et attentif, ça fait plasir.
scotchée aussi par Alain Buet que je ne connaissais pas.

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Re: Debussy-Pelléas et Mélisande- Levy-TCE- le 02/05/18

Message par cosimus » 04 mai 2018, 13:02

muriel a écrit :
03 mai 2018, 21:15
j'ai adoré cette version concert qui met en valeur cette superbe musique et la partie orchestrale.
public très concentré et attentif, ça fait plasir.
scotchée aussi par Alain Buet que je ne connaissais pas.
Tout à fait d'accord avec toi et les messages précédents. Je veux juste insister sur l'excellent "duo" du premier acte Geneviève/Arkel (S.Brunet-Grupposo/J.Varnier, très impressionnants tous les deux, avec un je-ne-sais-quoi de magnétique.)
Cette version de concert n'avait rien de figé et les personnages étaient vraiment incarnés, surtout dans la deuxième partie, très émouvante. On sentait la marque de la mise en scène de C. Schiaretti à Tourcoing, qui réunissait déjà les protagonistes de cette soirée.
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Re: Debussy-Pelléas et Mélisande- Levy-TCE- le 02/05/18

Message par fred78 » 09 mai 2018, 12:51

Bonjour,


Pour ma part je suis resté un peu sur ma faim en sortant de la salle.
D'abord, j'ai trouvé intéressant d'assister à une version de concert, même si je préfère largement Pélleas mis en scène.
J'ai apprécié la prestation de l'orchestre, que je ne connaissais pas, sensible et colorée, ainsi que celle du chef B. Levy qui était attentif aux chanteurs. Il y avait certes certaines voix un peu couvertes mais je pense qu'on devrait plus reprocher un manque de moyens aux chanteurs pour le coup....
Côté vocal, j'ai beaucoup apprécié le Golaud d'Alain Buet, surtout dans la scène avec Yniold (remarquable Camille Poul). Une grande variété de moyens mis au service d'une grande musicalité. C'est lui qui m'a souvent sorti de l'ennui qui guettait.
Sylvie Brunet, toujours excellente en Geneviève. Jérôme Varnier, qui ne m'a pas passionné plus que ça en Arkel.
Et puis il y a le couple Pelleas/Mélisande, et je ne serai pas aussi dithyrambique que vous.
G. Andrieux souvent couvert par l'orchestre, un gros manque de volume quand même flagrant, même s'il possède une musicalité innée. Mais avec de telles limites on se demande bien vers quels rôles il pourra s'orienter à l'avenir.
J'ai un petit souci avec S. Devieilhe, c'est qu'elle ne me touche pas. Certes, le timbre est pur, la technique parfaite, la diction irréprochable, tout ce que vous voudrez, mais elle ne me touche pas, quel que soit le rôle dans lequel je l'ai entendue jusque là. Je n'ai ressenti ici aucune fragilité scénique, juste une voix légèrement modifiée mais pas d'incarnation. Pas de changement dans les émotions dégagées.
C'est personnel, mais j'ai entendu quelques Mélisande récemment qui m'auraient autrement ému.

Une soirée pas inoubliable pour moi.

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Re: Debussy-Pelléas et Mélisande- Levy-TCE- le 02/05/18

Message par Christophe2017 » 09 mai 2018, 16:14

fred78 a écrit :
09 mai 2018, 12:51

J'ai un petit souci avec S. Devieilhe, c'est qu'elle ne me touche pas. Certes, le timbre est pur, la technique parfaite, la diction irréprochable, tout ce que vous voudrez, mais elle ne me touche pas, quel que soit le rôle dans lequel je l'ai entendue jusque là. Je n'ai ressenti ici aucune fragilité scénique, juste une voix légèrement modifiée mais pas d'incarnation. Pas de changement dans les émotions dégagées.
C'est personnel, mais j'ai entendu quelques Mélisande récemment qui m'auraient autrement ému.

Une soirée pas inoubliable pour moi.
Pour avoir vu et entendu Sabine Devieilhe à Tourcoing (dirigée par jean-Claude Malgoire , hélas dans une de ses dernières directions) dans une mise ne scène superbe de Christian Schiaretti, j ai été de mon côté bouleversé par l'incarnation sa Mélisande. Bouleversé et intrigué car Mélisande doit rester un mystère; on ne saura jamais , comme Golaud, la vérité sur ce personnage.
Chaque chanteur vibre avec chaque spectateur (et inversement) et selon la personnalité de chacun , c'est comme en amour, ça passe ou pas.. De mon côté , je suis parfois surpris de ne pas être touché par un interprète qui est presque unanimement salué par son pouvoir émotionnel ... d'où les débats sans fin ni réponses ...

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Re: Debussy-Pelléas et Mélisande- Levy-TCE- le 02/05/18

Message par muriel » 09 mai 2018, 21:12

je la trouve aussi fragile, fraiche, jeune, sincère, innocente et touchante

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