Bizet - Les Pêcheurs de perles - Tuohy/ Pisani - Limoges - 04/2018

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Markossipovitch
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Bizet - Les Pêcheurs de perles - Tuohy/ Pisani - Limoges - 04/2018

Message par Markossipovitch » 21 avr. 2018, 21:44

Les Pêcheurs de perles - Limoges - Tuohy Pisani

Robert Tuohy, direction
Élisabeth Brusselle, chef de chant

Bernard Pisani, mise en scène
Sergio Simón, assistant à la mise en scène
Alexandre Heyraud, scénographie
Jérôme Bourdin, costumes
Nathalie Perrier, lumières

Hélène Guilmette, Leïla
Julien Dran, Nadir
Alexandre Duhamel, Zurga
Frédéric Caton, Nourabad


Guillaume Barre, Damien Bougas, Florent Cardinale, Calogero Cammilleri, Grégoire Lugué, danseurs

Orchestre de l’Opéra de Limoges
Chœur de l’Opéra de Limoges | Direction Jacques Maresch

Pimène
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Re: Bizet- Les Pêcheurs de perles- Tuohy/ Pisani - Limoges- 04/2018

Message par Pimène » 28 avr. 2018, 10:52

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Crédits photographiques : © Eric Bloch

Pimène
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Re: Bizet- Les Pêcheurs de perles- Tuohy/ Pisani - Limoges- 04/2018

Message par Pimène » 28 avr. 2018, 10:54

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© Eric Bloch

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Re: Bizet- Les Pêcheurs de perles- Tuohy/ Pisani - Limoges- 04/2018

Message par Pimène » 28 avr. 2018, 10:58

Il fait frais ce jeudi 26 avril dans les rues de Limoges pour la dernière des Pêcheurs de perles dans une nouvelle production présentant la version originale de 1863, mise en scène par Bernard Pisani, vingt ans après les derniers Pêcheurs montés en ces lieux. Tant mieux pour les chanteurs qui ont dû affronter un temps quasi-estival en début de production, comme pour les spectateurs, la salle étant déjà bien assez chaude comme cela.
Accédant par la rue des Combes, on se trouve accueilli par la mélopée d'un trombone qui s'échauffe, jaillie d'une fenêtre restée ouverte. Cela n'est pas désagréable.

Quand l'orchestre fait ses exercices un bon quart d'heure avant le début de la représentation, on peut percevoir les vocalises du ténor, offrant un avant-goût discret mais appréciable des agapes à venir.

Le rideau s'ouvre après la courte introduction orchestrale délicatement posée par le chef Robert Tuhoy, qui n'aura de cesse, dans une gestuelle large et souple, d'accompagner les chanteurs avec une pondération presque frustrante au début, mais qui se révélera payante au fur et à mesure du développement du spectacle par son efficacité discrète et son absence totale d'esbroufe. Jamais, d’ailleurs, il ne couvre les chanteurs.
Il laisse au choeur de l'Opéra de Limoges le soin de frapper l'auditeur par sa première intervention "Sur la grève en feu", fulgurante. Ce choeur nombreux ne sera pas sans poser quelques problèmes lors du début du premier acte, la scénographie d'Alexandre Heyraud choisissant de réduire l'espace de la scène par des cadres certes esthétiques et centrant l'attention sur un soleil central quasi omniprésent (quand il n'est pas remplacé par une statue de Bouddha) mais peu pratiques tant pour la projection des premières phrases de Zurga que pour les déplacements des nombreux occupants de la scène. Le choeur, formidablement homogène, ne manque pas d'impressionner tout au long de l'ouvrage, par le subtil étagement des plans des différentes catégories de chanteurs, par leur diction irréprochable, partagée par tous les acteurs de la soirée, rendant vain le recours aux surtitres, et s'impose comme l'élément majeur que l'oeuvre exige. Les sopranos, point faible de tant de prestations de choeurs, sont sans faille dans leurs difficiles interventions. Quatre danseurs dynamisent l’ensemble avec une saine vigueur.

Une fois le plateau vidé, la mise en scène révèle son efficacité, celle-ci grandissant jusqu'à la fin de l'oeuvre dans un crescendo absolument prenant, comme dans l'Otello de Verdi…

Après que Zurga s'est fait élire chef et qu'Alexandre Duhamel a imposé son éclatante autorité face aux pêcheurs avec la puissance de son noble baryton, le duo impose un couple de chanteurs phénoménaux sur la scène limougeaude. Julien Dran, fort élégant avec son costume orangé et portant le turban avec grâce (ce qui n'est pas toujours facile, ni pratique) offre une prestation admirable dès la première note. La couleur de son ténor, chaude et lumineuse à la fois, l'excellence de sa diction, le legato sans faille, la projection de la voix, appuyée sur un corps souple et toujours bien implanté dans le sol, emportent l'adhésion d'emblée. Son jeu d'acteur sans excès mais d'une grande concentration fait de lui un Nadir idéal, charmeur mais aussi puissant, autant que sa voix de lyrique/lyrique léger le permet. Car Nadir est un "coureur des bois" et cela ne doit pas être totalement pris à la légère : il ne fait pas bon s'y frotter, et derrière l'ami se cache l'amoureux transi prêt à tout. Ce portrait complet offre à Nadir une richesse assez inusitée, et on ne voit pas beaucoup de ténors contemporains sur les scènes françaises qui en soient capables.
Alexandre Duhamel lui offre une réplique sobre et chaude, leur duo est un premier sommet, même si la version originale offre en seconde partie "Amitié sainte", que beaucoup considèrent comme plus faible que la reprise du célèbre refrain ("Oui c'est elle, c'est la déesse"). Le tapis de legato du baryton dès "C'était le soir" offre au ténor un écrin pour une réplique tout en souplesse, lumineuse. Leurs timbres s'apparient de façon excellente, et réveillent autant que possible un public somnolent et souffreteux, qui ne manquera pas de tousser et crachoter toute la soirée, sauf pendant l'air de Zurga au troisième acte.

Frédéric Caton quant à lui impose d'emblée une présence mutique très effrayante. Débarrassé de la coiffe initialement prévue par le costumier, le crâne rasé, le regard noir, souvent de face, il cloue le spectateur sur son siège, affrontant parfois Zurga d'un oeil sombre. Sa basse chaude et ductile est sans faille, et fait vivre avec componction un rôle plus difficile qu'il n'y paraît, assez court et sollicitant beaucoup le haut médium de la basse.

L'entrée de Leila fait redescendre un peu l'attention. Passive comme il se doit, elle est peu mise en valeur par sa position sur une vague imitée de celle de Kanagawa, qu'on verra souvent tout au long de la représentation, se parant de différentes couleurs selon les moments, et la voix d'Hèlène Guilmette, constamment sollicitée dans l'aigu, peine à se projeter en ce début d'ouvrage. Le voile de dentelle dont elle est affublée manque peut-être aussi de vaporeux et de mystère.

La romance de Nadir qui suit cette entrée ne manque pas de nous hisser à nouveau vers les sommets. Toujours bien projetée, la voix de Julien Dran s'envole sans effort, jusqu'à la reprise finale avec diminuendo de "charmant souvenir" en voix mixte. Un très beau moment, même si le tempo a semblé le gêner un peu, nous laissant à côté de l'extase, mais tout près.

Dès le début du second acte, Hèlène Guilmette se reprend et la projection de son médium, soudain percutante, lui permet de reprendre la main et de tisser enfin avec le spectateur un lien fort. Le premier trille à la fin de son air est meilleur que celui, à peine esquissé, de la fin du duo du premier, mais des notes aigües difficiles montrent que la partie n'est pas encore gagnée et que la jeune maman doit lutter avec un instrument qui n'a pas encore récupéré toute sa souplesse. Mais elle a sauvé la situation et le public lui en saura gré.

Les scènes plus intimistes sont admirablement servies par la mise en scène qui, de symbolique au premier acte avec ses costumes pastel de jaune et orange, avec son soleil central et son bleu ciel des cadres ne cherche en rien la couleur locale ou le réalisme cru (heureusement, car de Nancy à New-York ce réalisme n'a pas donné que des satisfactions dans cet ouvrage) mais plutôt l'évocation et l'atmosphère. La direction d’acteurs de Bernard Pisani permet le resserrement progressif du drame.
Le retour de Nadir nous offre, après une chanson tout en apesanteur ("De mon amie fleur endormie") un duo assez équilibré, porté cependant par le ténor, radieux, amoureux. La progression dramatique est de plus en plus sensible, grâce aux efforts conjugués de la direction d'orchestre et à l'élan que le ténor imprime à la reprise du motif ("Ton coeur avait compris le mien", moment magique, peut-être le plus réussi de la soirée pour le ténor), mais surtout au climax causé par la découverte par Nourabad de la trahison. Le choeur encore une fois imprime sa marque, et le drame se noue au milieu du décor de vagues.

C'est alors que Zurga fait son retour et impose une présence de plus en plus forte, dans la menace, l'imprécation, l'anathème ("Ni pitié ni grâce"). Campé solidement sur ses pieds nus, Alexandre Duhamel projette sa voix au centre de la scène avec un évident plaisir (communicatif) et se fait catapulte sonore, sans rien d'excessif cependant, toujours contrôlé, se riant des notes aigües de la partition. Le finale est explosif, mais maîtrisé par tous.

L'acte trois commence par un orage évocateur mais sobre. Allongé sur un canapé, Zurga semble sortir d'un rêve. Les premières phrases sont subtilement colorées, jusqu'à ce qu'il se relève et laisse de plus en plus de place à la rage. La montée en puissance est phénoménale: débarrassé de son turban, le baryton laisse éclater sa jalousie avec une fougue éperdue, avant que l'amertume ne prenne le relais. Un grand moment. A peine peut-on lui reprocher une tendance à abuser du bras droit tendu vers le public comme pose trop traditionnelle.
A l'arrivée de Leila, après un échange de regards et poses malignes entre le grand prêtre et le chef qui sont du meilleur effet, le duo entre Zurga et Leila ne laisse aucun répit au spectateur. L'implacable avancée dramatique est rendue sensible par la direction d'acteurs comme par celle de l'orchestre: c'est un huis clos des âmes où le drame se noue. On parlait d'Otello tout à l'heure et justement, le duo/duel sur le canapé évoque celui d'Otello et de Desdémone, la fureur de Zurga calquant celle du Maure déchainé, tandis que Leila se défend comme elle peut, émouvante mais bridée par une montée à l'aigu qui se refuse à elle. Le "pour t'aider à mourir" de Duhamel est aux antipodes du caractère méphistophélique qu'y mettait un Bacquier. C'est l'aveu d'un amour brisé qui émeut par sa pudeur et son déchirement sans pathos, et par ricochet nous touche bien plus. Un des meilleurs moments de la soirée.

Le second tableau de l'acte précipite la catastrophe attendue, le choeur et Nourabad apportant la sauvagerie nécessaire en contrepoint du chant sacrificiel de Nadir. Le finale enfin s'ouvre avec à nouveau des jeux de lumière doux qui évoquent les flammes à partir du soleil central très présent au cours de l'ouvrage, et après une saisissante chorégraphie appelant à la mort de la part des danseurs, Zurga détourne le couperet de la tête des victimes désignées, qui fuient, le laissant pantelant dans un adieu touchant, puis subtilement emporté par le retour d'une vague inattendue. Les derniers accords, donnés sans rage, closent l'oeuvre avec tact.

On sort saisi de cette soirée, car pour une fois on n'avait pas envie de suspendre le temps et juste profiter de l'instant opératique mais on avait hâte de laisser se dérouler l'action dans son caractère inéluctable, preuve s'il en est d'une mise en scène réussie dans un oeuvre souvent raillée pour son simplisme supposé et ses invraisemblances.

La production sera rejouée en mai à Reims puis en septembre à Nice du fait de la coproduction avec l'opéra de Limoges. Ce sera pour beaucoup l'occasion d'aller voir cette production à laquelle on souhaite de tourner plus longtemps encore. Elle porte haut le chant français, défendu autrement mieux sur les scènes régionales qu’à l’ONP, convenons-en.

Ceux qui ne le connaissent pas doivent courir entendre le Nadir de Julien Dran, peu médiatisé, lui qui se voit proposer toutes sortes de petits rôles peu dignes de son talent par les grandes maisons, et d'entendre un des meilleurs barytons de la jeune génération française dans un rôle qui devient peu à peu une signature pour lui. Tous deux d'ailleurs approfondissent ici des rôles déjà tenus ensemble à Massy en 2014. Pour découvrir aussi une basse comme Frédéric Caton qui gagne à être connue, pour donner sa chance à Hélène Guilmette de prouver que le rôle peut lui convenir (il sera tenu à Nice par Gabrielle Philiponet).

Philippe Manoli

AUDIBERT
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Re: Bizet- Les Pêcheurs de perles- Tuohy/ Pisani - Limoges- 04/2018

Message par AUDIBERT » 28 avr. 2018, 16:18

Merci pour cet article plus que parfait cher Philippe Manoli ! J ai assisté à 3 représentations de ce magnifique ouvrage,et toutes les fois le même enchantement ! Mise en scène sobre mais efficace tout comme les décors épurés,un exotisme qui donne plus dans l onirique,et vous faites parfaitement ressentir toute la subtilité du travail accompli par le Metteur en scène!En ce qui concerne les interprètes masculins en totale adéquation avec vous,les dignes représentants du beau chant français,et je vous suis infiniment reconnaissant de souligner le sort injuste réservé à ces deux merveilleux artistes qui n ont pas la place qu ils méritent dans nos grandes maisons !!

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