Rabaud - Mârouf - Minkowski / Deschamps - OC- 04/2018

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HELENE ADAM
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Re: Rabaud- Mârouf- Minkowski / Deschamps- 04/2018

Message par HELENE ADAM » 26 avr. 2018, 14:34

C’est la composition musicale que j’ai trouvée vraiment passionnante ; j'ai pensé tour à tour à Debussy celui de Pelléas et Mélisande bien sûr (dans l’écriture musicale des dialogues) mais aussi celui de la "Mer", pendant le récit de sa traversée et de son naufrage par Mârouf (que Minkowski dirige magnifiquement d'ailleurs, c'est un moment fort de l'opéra). Puis l’opéra m’a rappelé Ravel à la fin de l'acte 3 on entend presque le boléro mais aussi à Rimsky-Korsakov pour les incrustations orientalistes (Shéhérazade) et parfois Puccini (incursions dans les lointaines contrées évoquées par des airs exotiques du style de ceux de Turandot et de Madame Butterfly).
La direction très colorée et très soutenue de Marc Minkowski à la tête de « son » orchestre de l’opéra de Bordeaux, fait merveille au service de ce répertoire chatoyant et jubilatoire même si les deux derniers actes font preuve de moins d’imagination dans les nouveautés musicales.

Le plateau vocal est dominé par l’incroyable performance de Jean-Sébastien Bou dans le rôle-titre. Depuis que j’ai découvert ce baryton français dans le fameux « Claude », opéra contemporain de Thierry Escaich et Robert Badinter, je n’ai cessé de l’apprécier dans tous les rôles où je l’ai entendu depuis depuis Pelléas jusqu’à Don Giovanni en passant par son Raimbaud dans le Comte Ory en début de saison dans cette même salle Favart. Il campe si bien ce rôle (qu’il a créé dans la production Deschamps en 2013) qu’on peine à imaginer Mârouf sous les traits d’un autre chanteur d’opéra. Bou vit intensément ses personnages et leur donne une épaisseur touchante et naturelle. Son Mârouf, qui n’a pas beaucoup de chance, accepte son destin à chaque fois qu’il bifurque dans la mauvaise ou la bonne direction avec beaucoup de philosophie et de sagesse et non sans humour.
Car le livret malgré ses faiblesses, offre de bien jolies répliques au milieu de banalités, qui font mouche comme cette histoire de miel des abeilles ou de canne à sucre, de femme « calamiteuse », de menaces pittoresques, de clins d’œil et de jeux de mots, où les paroles dansent parfaitement avec la musique, surtout quand elles sont chantées par des artistes dont la diction est impeccable. Bou en est. Tout comme il se montre à chaque fois un acteur exceptionnel. Mais sa voix est elle aussi magnifique dans la salle de Favart, la bonne taille pour que son instrument se déploie sans forcer et avec toute la beauté d’un timbre clair et sonore, capable de Forte impressionnants tout comme de pianos fort jolis.

La basse Jean Teitgen est le deuxième grand interprète de cet opéra : la voix est grave, timbre rond, notes basses assumées avec insolences mais « aigus » tout aussi beaux dans une grande régularité sur toute la tessiture, il a en plus, cette bonhomie qui sied au rôle et cette manière de fondre devant sa fille qui nous fait fondre à notre tour. Un très grand interprète.

Dans la série « voix qui sonnent bien et juste », j’ai été très impressionnée également par le Le Fellah de Valerio Contaldo. Le rôle n’est pas facile en ce qu’il exige du ténor des acrobaties vocales peu confortables et Contaldo donne l’impression d’une promenade de santé, régularité du timbre fort beau lui aussi, incarnation du personnage qui devient le « geni » parfaite. Rôle court mais vocalement intense.

La Princesse Saamcheddine de Vannina Santoni est délicieuse, toute en beauté et en espiéglerie, très bien campée par la soprano et globalement bien chantée. On regrettera une impression persistante tout au long de la représentation, d’une voix un peu forcée, craintive sur ses aigus et manquant de legato. Mais Santoni est jeune et très prometteuse ne serait-ce que par cet engagement résolu sur scène qui rend totalement crédible son personnage.

Très bel Ahmad de Luc Bertin-Hugault (comme toujours avec ce baryton qu’on entend toujours dans des rôles trop courts hélas…).

J’ai davantage de réserves pour les trois autres personnages que sont : Le Vizir de Franck Leguérinel (voix qui ne sonne pas toujours très bien et parait usée), l’Ali de Lionel Peintre (même remarque) et la Fattoumah d’Aurélia Legay (que j’ai trouvée trop « criée »). Ce qui ne retire rien à leurs talents d’acteurs sur scène.
Il faut se dépêcher d’aller voir cette œuvre rare et originale qui met de bonne humeur en plus d’aiguiser la curiosité musicale….

Détails :
http://passionoperaheleneadam.blogspot. ... abaud.html

PS totalement annexe : de temps en temps il est bon de corriger (et de compléter) les pages opéra sur Wikipédia. Celle concernant Marouf est d'une pauvreté indigente et comportait un "résumé" à peu près totalement faux, que j'ai réécrit. Il commençait par "Marouf est un coordonnier qui décide de suivre des marins et qui fait naufrage." Juste avant était écrit : L'action se passe au Caire....
Bref.... :wink:
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

Mon blog :
https://passionoperaheleneadam.blogspot.fr

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Re: Rabaud- Mârouf- Minkowski / Deschamps- 04/2018

Message par Lucas » 29 avr. 2018, 21:06

Le plus mauvais opéra de l’histoire de l’Art lyrique ? C’est vraiment l’impression que m’a laissé ce sinistre Marouf. De la musique au kilomètre sans l’ombre d’une idée mélodique qui vous chante « Bonne nuit les petits » pendant trois heures. C’est simple, David Guetta, c’est du Mozart en comparaison.

Et que dire de cette mise en scène pour gamins de moins de trois ans et de ces décors en carton-pâte sentant la naphtaline ? Finalement, dans ce naufrage, on ne peut sauver que les chanteurs en se demandant « que diable allaient-ils faire dans cette galère ».

« Cerise sur le gâteau », on m’a proposé très officiellement à la billetterie un ticket de dernière minute à moitié prix. Sans rire, 35 euros au lieu de 70 pour être en réalité placé au « paradis » de côté, assis sur un siège de guingois aussi horizontal qu’un toboggan avec, en cadeau bonus, un torticolis à l’entracte. Remarquez, pour ce qu’il y avait à voir …

Moralité de l’Histoire : pour avoir ainsi enduré un tel calvaire musical, je la mériterais bien ma place au paradis. Mais le vrai, cette fois !

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