Mozart-L'enlèvement au Sérail-Cordoliani / Hermus-Rouen- 04/2018

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pingpangpong
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Mozart-L'enlèvement au Sérail-Cordoliani / Hermus-Rouen- 04/2018

Message par pingpangpong » 04 avr. 2018, 17:52

L'enlèvement au Sérail
Singspiel en trois actes
Livret de Johann Gottlieb Stephanie
Création au Burgtheater de Vienne le 16 juillet 1782

Direction musicale
Antony Hermus
Mise en scène
Emmanuelle Cordoliani
Scénographie Emilie Roy
Costumes Julie Scobeltzine
Chorégraphie, assistanat à la mise en scène Victor Duclos
Lumières Pierre Daubigny

Belmonte Blaise Rantoanina
Konstanze Katharine Dain
Blondchen Pauline Texier
Pedrillo César Arrieta
Osmin Nils Gustén
Selim Bassa Stéphane Mercoyrol
Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie
Chœur de l’Opéra Grand Avignon 


Assurément, voici un Enlèvement au Sérail qui ne plaira pas à tout le monde. L'action est située sur la terrasse du dernier étage du Sérail Cabaret, à en croire les lettres au néon qui nous éclairent sur ce lieu pour le moins étranger au livret de J.G.Stephanie. Une imposante affiche annonce un spectacle intitulé Aus dem Sérail, d'après le fameux singspiel de Mozart, “starring Belmonte“.

Dans une note d'intention reproduite dans le programme, il s'avère que Belmonte est un chanteur de charme ayant œuvré au Sérail, devenu acteur de cinéma, retour d'Hollywood ; que Selim, qui n'a de Pacha que le sobriquet, est le propriétaire dudit cabaret où un public très “smart“ se presse mais ne peut en partir qu'après y avoir laissé une “rançon somptuaire“ (sic !). La soirée, privée, est consacrée à l'opéra de Mozart et permet aux invités d'y entendre la troupe reconstituée, et assister aux retrouvailles de Belmonte et Konstanze, meneuse de revue séquestrée par le Pacha. Pour couronner le tout, on nous précise, toujours dans les notes d'intention, que l'action serait située à Vienne en 1930.

Le problème est que tout ceci ne sont que des intentions, car on pourrait tout aussi bien être à Singapour ou Knokke-le-Zoute qu'à Istanbul. On ne comprend pas comment, en 1930, à Vienne, un homme, fusse-t-il turc, pourrait réduire en esclavage les artistes et les clients de son cabaret.
Le choc des cultures, qui est un des moteurs de l'action mise en musique par W.A.Mozart, est évacué au profit de tours de passe-passe et de dialogues souvent longs, réécrits en anglais (pour Blonde bien sûr), en espagnol, en persan, en italien ou en français. Le passage d'une langue à une autre ne se fait pas toujours aisément et le recours aux surtitres s'avère indispensable. L'ensemble donne quelque chose d'assez indigeste, et la soirée s'étire sur trois heures quinze, avec un entr'acte de trente minutes, placé incongruement à l'acte II après le “Martern aller artern“ de Konstanze.

Malgré tout, la direction d'acteurs, soignée et pensée, évite l'ennui. La tonalité générale est sombre et parfois perturbante, comme la scène de séduction de Konstanze par Selim ou l'endormissement des clients du cabaret lors du numéro de mesmérisme de Konstanze.
Les différents numéros de ce cabaret animent la scène intelligemment, malgré parfois l'inadéquation avec le texte qui est chanté ; le trio de marionnettes, façon The Band Wagon, sur “Marsch, marsch, marsch !“ remporte un franc succès, et l'usage qui est fait des échelles prévues pour l'évasion du III, se muant en barreaux de prison, est bien vue.

Surtout, les personnages sont bien caractérisés et chaque interprète se doit d'être félicité pour son investissement dramatique. Konstanze a de la classe, Blonde du peps et du sex-appeal ; leurs amoureux sont croonesque pour l'un, clownesque pour l'autre ; le tourmenté Selim inquiète et domine, servi par un zélé Osmin mi-prestidigitateur, mi-travesti.

La satisfaction musicale est grande aussi qui permet d'entendre de jeunes chanteurs sélectionnés lors du concours de chant lyrique de Clermont-Ferrand.
On a certes connu Osmin de plus ample volume, mais toute la tessiture est parcourue sans faillir y compris dans les graves les plus abyssaux, et la voix est chaleureuse ; le Pedrillo de César Arrieta brille par sa voix claire et bien timbrée, l'intonation seule étant un poil perfectible ; Blaise Rantoanina est dans le type du ténor mozartien, l'organe est séduisant à souhait, et sa Konstanze, l'américaine Katharine Dain, nous laisse sans voix tant son rôle paraît ne lui poser aucune difficulté, que ce soit pour projeter les aigus de “Ach!Ich liebte“ ou détailler un “Martern aller artern“ du plus bel effet. Pauline Texier n'est pas en reste en Blonde, kilt et perruque bleue, pour nous emballer par ses deux arias de l'acte II.
Le Pacha est intensément incarné par un Stéphane Mercoyrol qui a fort à faire avec un texte alambiqué pour dire son mal-être, ses déchirements, ses errements.
A la baguette, Antony Hermus est l'homme de la situation, transmettant son énergie et sa passion pour l'œuvre du compositeur à un orchestre d'une grande souplesse, aux coloris multiples.
A noter, un piano-forte discret mais subtil osant même un clin d'œil à la Shéhérazade de Rimsky-Korsakov, ainsi qu'à Cosi fan tutte et d'autres œuvres de Mozart.
Le chœur de l'opéra Grand Avignon s'inscrit dans le spectacle avec professionnalisme et efficacité.

Après être passé par Clermont-Ferrand et Avignon( lire ici viewtopic.php?f=6&t=19952&p=340832&hili ... i#p340832 ), ce “Cabaret-Sérail “ sera visible à Massy en mai prochain, puis en janvier 2019 à Reims.

E.Gibert
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
Jules Renard

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