Bizet - Carmen - Molino/Grinda -Capitole Toulouse - 04/2018

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jeantoulouse
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Bizet - Carmen - Molino/Grinda -Capitole Toulouse - 04/2018

Message par jeantoulouse » 04 avr. 2018, 11:03

Andrea Molino direction musicale
Jean-Louis Grinda mise en scène
Rudy Sabounghi décors
Rudy Sabounghi, Françoise Raybaud Pace costumes
Laurent Castaingt lumières
Gabriel Grinda vidéo

Clémentine Margaine Carmen
Charles Castronovo Don José
Dimitry Ivashchenko Escamillo
Anaïs Constans Micaëla
Charlotte Despaux Frasquita
Marion Lebègue Mercédès
Christian Tréguier Zuniga
Anas Seguin Moralès
Olivier Grand Le Dancaïre
Luca Lombardo Le Remendado
Frank T’Hézan Lilas Pastia

Orchestre national du Capitole

Chœur et Maîtrise du Capitole
Alfonso Caiani direction

Du 6 au 19/04/2018

jeantoulouse
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Re: Bizet - Carmen - Molino/Grinda -Capitole Toulouse - 04/2018

Message par jeantoulouse » 09 avr. 2018, 11:23

Compte rendu Représentation dimanche 8 avril

« Une vraie Carmen », confiait Clémentine Margaine dans l’entretien qu’elle nous a accordé ( viewtopic.php?f=21&t=20181) . «Une vraie Carmen »,se réjouissaient les spectateurs à l’issue d’une représentation qui a remporté un énorme succès. Malgré ses audaces, la mise en scène que signe Jean Louis Grinda comprend en effet son juste lot de repères : l’action se situe à Séville au XIX° siècle. Carmen est cigarière, Don José soldat, Escamillo torée. Comme s’en indignait Montherlant : « Tous les mêmes ces Français ; des « toréadors » et des joueuses de castagnettes, voilà ce qu’ils demand(ai)ent à l’Espagne ! ». Mais nous sommes ici bien loin du folklore convenu. Le beau décor rude et mobile de Rudy Sabounghi , les costumes du même et de sa complice Françoise Raybaud Pace, les beaux éclairages sombres de Laurent Castaingt nous emportent vers une Espagne fière, difficile, âpre, nerveuse et on sait gré à la direction fiévreuse d’Andrea Molina de nous offrir de la partition de Bizet la même image, moins folklorique, que fougueusement sévère et violente.
Pendant l’ouverture, se joue une sorte de pantomime qui représente en raccourci le dénouement. Après le meurtre, un Don José prostré se dédouble (joli effet vidéo) pour se remémorer l’arrivée de Micaëla et nous plonger alors à l’acte I. Cachant ou révélant les hauts murs en briques qui closent l’espace scénique, d'austères parois mi cylindriques manipulées à vue tout au long de la pièce délimitent les lieux où s’enfermera la tragédie jusqu’à l’arène finale. Par cette dramaturgie, par le choix même de la version originale avec dialogues parlés, Jean Louis Grinda, dérogeant aux conventions qui privilégient la version dite Guiraud, souligne la théâtralité de l’œuvre et l’impose comme une tragédie moderne. L’enchainement sans baisser de rideau des actes I et II, III et IV, accentue la pression, la force d’emportement fatal. Une direction d’acteurs dans la très forte confrontation de l’acte IV pousse jusqu’au bout ce point de vue que les deux protagonistes défendent avec conviction et efficacité. On peut regretter que le metteur en scène n’ait pas été aussi inspiré dans le traitement des autres personnages et offre une Micaëla effacée, un Escamillo empoté, et des chœurs trop statiques, il est vrai coincés par un dispositif contraignant. Les vidéos signées Gabriel Grinda qui parsèment la représentation ouvrent des perspectives fugaces sur le hors scène tragique en renforçant le dramatisme des situations (Escamillo priant avant d’aller toréer, vues sur le théâtre de la corrida). Deux interprètes de premier plan concourent au succès de cette conception par leur engagement dramatique, la puissance de leur interprétation vocale, l’énergie qu’ils insufflent à leurs personnages

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Crédit Patrice Nin

La Carmen de Clémentine Margaine a été applaudie à New York, Paris, Berlin… Elle possède des moyens vocaux considérables. La voix s’avère sonore, forte et ses graves impressionnent. Magnifique aux actes II et IV notamment, elle est la vie même, proche du personnage de Bernadette Lafont dans Une belle fille comme moi, franche, gaie, défendant farouchement ses choix de vie, sa liberté, ses plaisirs, ses passions du jour. Il y a en cette jeune femme fougueuse incarnée avec spontanéité par Clémentine Morgaine un salutaire élan vital. Elle est moins la flamme qui consume qu’évoque Grinda dans sa note d’intention qu’un torrent indompté. Convainc –t-elle totalement ? Le matériau vocal reste encore un peu brut. L’Air des cartes gagnerait à être plus intériorisé, plus tragique que dramatique, plus classique que romantique si j’ose dire. L'effacement de quelques ports de voix excessifs, des respirations moins audibles poliraient avec bonheur cette fière nature et cette voix vraiment impressionnante. Mais la prestation reste remarquable.
Après Fenton dans Falstaff en 2002, Mylio du Roi d’Ys (2007), et le Des Grieux de Massenet (2013), Charles Castronovo retrouve les planches du Capitole pour son deuxième Don José de la saison… et de sa carrière. L’évolution de ses rôles toulousains dit assez celle de sa voix. Il triomphe dans le lyrisme des premiers actes avec un duo avec Micaëla d’une rare distinction vocale et un Air de la Fleur, très bien conduit et porté avec émotion. Les actes plus dramatiques le voient assurer une redoutable confrontation avec Escamillo où explose une virilité combative du meilleur effet et une ultime scène avec Carmen dont le pathétique bouleverse. Avec des moyens vocaux qui n’oublient pas la ligne du beau chant, il s’impose comme un grand Don José, un des meilleurs, d’autant mieux que sa prononciation du français s’avère exemplaire et la silhouette et le jeu dramatique convainquent aisément.

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Crédit Patrice Nin

Dimitry Ivashchenko réussit l’exploit, sans doute unique dans les annales du Capitole, de ne pas faire applaudir l’air du Toréador. Sa prestation dessert considérablement la représentation : voix éraillée, absence de ligne, ports de voix intempestifs, prononciation molle, on ne voit pas quoi sauver ni ce qui peut justifier l’engagement du chanteur dans ce rôle français. On ne sera guère plus indulgent pour le Zuniga chevrotant de Christian Tréguier. La Micaëla d’Anaïs Constans a fort heureusement plus de tenue et d’atouts. Mais sacrifiée dramatiquement, angoissée de se produire peut-être devant son public, elle n’impose pas grand-chose du personnage et quelques sons stridents inquiètent un peu. Marion Lebègue et Charlotte Despaux campent des compagnes de Carmen de bon aloi et on remarque l’intéressant Moralès du jeune baryton Anas Seguin. Les chœurs toujours magnifiques du Capitole déploient leurs fastes vocaux et leur précision rythmique, alors que les jeunes de la Maitrise du Capitole, tous placés sous la direction impeccable d’Alfonso Caïani paraissent plus à l’aise dans le dernier acte que dans une « garde montante » plus hésitante.
Dans une partition qu’ils connaissent par cœur, les musiciens de l’Orchestre National du Capitole portent la musique de Bizet à incandescence, sans oublier d’en faire briller les joyaux sonores raffinés (prélude du III). Andrea Molino dirige avec fougue et rigueur, malgré un quintette et un trio féminin parfois un peu précipités et hasardeux.
D’innombrables saluts marquent la fin d’une représentation dramatiquement réussie, vocalement marquée par les performances des deux héros tragiques et qui redonne à l’opéra sa pleine expression, sa force, sa tension, son audace, son pouvoir émotionnel.

Jean Jordy

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Crédit Pattrice Nin

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