Donizetti - Maria Stuarda - Bramall / Sturminger- Munich - 03 /2018

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Luc ROGER
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Donizetti - Maria Stuarda - Bramall / Sturminger- Munich - 03 /2018

Message par Luc ROGER » 28 mars 2018, 15:57

Bel canto frontal au Gärtnerplatztheater de Munich

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Matija Meić (Sir William Cecil), Nadja Stefanoff (Elisabetta)
© Christian POGO Zach

Gaetano Donizetti avait fort rapidement composé la partition de cet opéra inspiré de la pièce de Friedrich von Schiller dont est tiré le livret de Giuseppe Bassari, un très jeune écrivaillon qui avait alors 17 ans, et qui écorne la rivalité politico-religieuse et la réalité historique du conflit qui oppose les deux cousines pour mettre surtout en scène la rivalité amoureuse supposée des deux reines qui convoitent toutes deux le beau Roberto, comte de Leicester. Elisabeth Ier ne tergiverse pas fort longtemps à faire exécuter son altière rivale, Marie Stuart. Cette focalisation donne surtout l'occasion d'une joute belcantiste entre les deux sopranos qui incarnent les deux reines. Le programme du Theater-am-Gärtnerplatz, qui vient de donner la première de sa nouvelle production dans la mise en scène de Michael Sturminger, reproduit heureusement l'éclairage qu'a donné Stefan Zweig de la personnalité de la reine écossaise.

La Renaissance anglaise est essentiellement évoquée par les très beaux costumes conçus par Andreas Donhauser et Renate Martin, qui ont également réalisé les décors. Si les matières sont contemporaines, elles évoquent la richesse des tissus de la seconde moitié du 16ème siècle, et les formes s'inspirent de la mode élisabéthaine. Les hommes portent des pourpoints rembourrés et pourvus d’un col montant et d’une fraise, et des "galligaskins" , ces hauts de chausse courts et bouffants ornés parfois d’un braguette ostentatoire. Les femmes ont des corsages serrés en pointe et la taille très ajustée, avec des manches à crevés et des jupes maintenues dans une forme conique rigidifiée par le port du vertugadin. La fraise se porte sur un col montant. L’ensemble de la tenue est orné de broderies et de bijoux. Les manches sont terminées par des volants de dentelle. C'est pour les spectateurs un plaisir de voir ces silhouettes très architecturées. Les costumes d'Elisabeth sont de loin les plus riches et les plus marquants, un magnifique travail des décorateurs sans doute en partie inspiré par les nombreux portraits de la reine par Nicolas Hilliard. Sa coiffure et son maquillage, un chef d'oeuvre du genre, soulignent l'extrême rigidité de son caractère.

Les décors sur plateau tournant sont par contre tout à fait contemporains. Sturminger et ses décorateurs ont conçu un palais de cristal dont les parois transparentes sont animées de motifs lumineux tracés au laser et qui se modifient selon l'endroit où se déroule l'action: géométriques pour le palais de Westminster, avec un grand escalier qui permet de structurer les grands ensembles et des lustres de cristal qui descendent des cintres, ils suggèrent des frondaisons pour le deuxième tableau du parc de Fotheringay, près du château où Marie Stuart est retenue prisonnière et où arrive la chasse organisée par Elisabeth. Pour la scène de la prison, un hideux bunker noir en forme de parallélépipède rectangle surgit du sol. Pour la scène finale de la décapitation de Marie Stuart, la reine écossaise tourne le dos au public et gravit les escaliers, cheminement mortel qui se termine par l'apparition en deux ex machina d'Elisabeth haineuse et triomphalement éclairée, une solution réussie à l'épineux problème du final.

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Les choeurs au palais de Westminster

Le contraste des décors et des costumes focalise l'attention sur l'action: la gestuelle des personnages et leurs déplacements sur scène ont été traités de manière conventionnelle. Sans doute le belcanto demande-t-il une présence frontale, face au public, et c'est ce qui est privilégié, mais on aurait pu espérer un travail d'expression corporelle plus en finesse qui sorte des clichés de la main sur le coeur ou des gestes conventionnels de la supplication, pour les partisans de Marie Stuart, et du refus pour la reine Elisabeth et ses sbires. Sans doute l'éparpillement du travail du metteur en scène, qui s'est aventuré à monter en parallèle une Tosca pour le festival de Salzbourg et la Maria Stuarda de Munich , n'est-il pas étranger à l'impression d'assister, surtout au premier acte, à un travail stéréotypé de théâtre de marionnettes, la mise en scène munichoise ayant été réalisée en partenariat avec Ricarda Regina Ludigkeit, qui a pris la relève en l'absence du concepteur. La deuxième partie, avec la montée en puissance de l'émotion et un plateau nettement plus peuplé, est heureusement plus captivante.

La distribution est cependant des plus réussies par la nature des voix des deux sopranos mises en opposition: Jennifer O'Loughlin donne avec son soprano lyrique une Marie Stuart toute en douceur et détaille au second acte les nuances de la douleur jusqu'à la transcendance du pardon, les beautés de et les finesses de son colorature compensant un certain manque de puissance; Nadja Stefanoff prête la force de la belle ligne de chant d'un soprano dramatique bien projeté au personnage d'Elisabeth, pour lequel elle compose un masque terrifiant. Le ténor roumain Lucian Krasznec a le physique musclé et une voix sonore de stentor qui convient fort bien pour jouer les fiers-à-bras, avec un jeu de scène qui manque toutefois de nuance et ne parvient pas à convaincre, mais la voix est ample, un peu sombre, avec des brillances, et le chant compense ce que le jeu ne dit pas. Les seconds rôles sont eux aussi bien occupés, avec la basse pleine de chaleur et d'humanité de Levente Páll en Talbot, un jeune chanteur dont la voix est dotée d'une belle étendue et qui peut aisément monter vers des registres plus élevés, et le baryton basse très prometteur de Matija Meić en Sir William Cecil, encore un peu engoncé dans un jeu de scène fort conventionnel, mais dont la voix est une des révélations de la soirée.

La direction musicale d'Anthony Bramall, après une ouverture pleine de séduction, pèche par un trop plein d'énergie, et n'hésite pas à certains moments à couvrir la voix des chanteuses, Elaine Ortiz Arandes (Anna Kennedy) en fait les frais au premier acte, et même Jennifer O'Loughlin peine parfois à passer l'orchestre. On aimerait trouver aux côtés des parties plus dramatiques davantage de souplesse, d'élégance et de légèreté italiennes. La belle performance des choeurs entraînés par Felix Meybier compte parmi les plus beaux musicaux d'une soirée généreusement applaudie.

Prochaines représentations: les 2 et 13 avril, 6, 25 et 31 mai.

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