Matshikiza/Montag - La Voix d'un Voyage - ONR - 22/03/2018

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Piero1809
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Matshikiza/Montag - La Voix d'un Voyage - ONR - 22/03/2018

Message par Piero1809 » 28 mars 2018, 07:38

Récital
Pumeza Matshikiza, soprano
Paul Montag, piano
Festival Arsmondo, Strasbourg-Opéra
Jeudi 22 mars 2018

Reynaldo Hahn (1874-1947)
Venezia Six chansons en dialecte vénitien

Fernando Obradors (1897-1945)
Canciones Clasicas Espagnolas

Benjamin Kahn et Judith Charron
In Heaven's River Melodies Japonaises

Claude Debussy (1862-1918)
L'Isle joyeuse, pièce pour piano seul.

Negro Spirituals

South African Folk Songs


Un Tour du monde en musique

Départ de Venise avec six chants vénitiens de Reynaldo Hahn, escale en Espagne en compagnie de Fernando J. Obradors , en route vers l'Extrême Orient avec quatre mélodies japonaises de Benjamin Kahn et Judith Charron, cap vers l'Amérique et quelques Negro Spirituals et retour à la maison avec quatre chants populaires d'Afrique du sud. Le voyage n'était pas sans risques car il fallait passer par des contrées, des cultures, des styles et des langues très divers. L'usage de mélodies populaires dans les quatre continents visités était le dénominateur commun de ce programme.

Pumeza Matshikiza se présente avec une robe noire évasée très stricte. D'emblée on remarque la fierté de sa démarche mais aussi une réserve qui ne la quittera pas pendant tout le récital et qu'on pourrait prendre pour un manque d'engagement, impression qui se dissipera rapidement en cours de route.

Le récital commençait avec Venezia de Reynaldo Hahn, occasion pour moi de découvrir cinq mélodies magnifiques de ce musicien tellement doué, écrites sur des textes en dialecte vénitien. Dans La barcheta, chaque strophe s'achève par des vocalises. La chanteuse qui m'avait paru un peu tendue au début s'est libéré avec ces vocalises qu'elle a émises avec beaucoup d'art ainsi qu'avec La biondinetta in gondoleta, une ravissante chanson. Ce cycle s'achèvait avec Che pecà, une mélodie d'une verve irrésistible que la chanteuse interpréta avec humour.

Fernando J. Obradors m'était totalement inconnu et Pumeza Matshikiza m'a permis de découvrir un compositeur très attaché au folklore de l'Espagne. La mia sola, Laureola commence par un chant a capella, se continue curieusement par un fugato au piano mais la chanteuse ne poursuit pas dans cette veine scolastique et nous gratifie d'un chant très poétique et très doux. Berceuses et chants d'amour se succèdent, notamment Del cabello màs sutil, un chant dont la traduction du mot alcarraza par cruche ne rend pas justice au caractère très sensuel et à la puissance expressive de la langue espagnole . La chanteuse s'est montrée très convaincante dans ce cycle.

Les mélodies japonaises composées par Benjamin Kahn et Judith Charron (présents dans l'assistance) sur des poèmes de Enkü, moine bouddhiste japonais ayant vécu au XVIIème siècle, faisaient écho au spectacle Le Pavillon d'or donné à l'ONR. Tandis que la ligne mélodique pouvait dériver de chants authentiques nippons, l'harmonisation, franchement occidentale, m'a paru imprégnée de post-romantisme. En tout état de cause ces chants sont agréables et souvent émouvants et Pumeza Matshikiza en a donné une interprétation sensible d'une voix très douce, notamment dans Hatsu Yuki (Première neige).

Paul Montag a ensuite donné un aperçu de son grand talent dans une exécution magistrale de L'Isle joyeuse de Claude Debussy.

Ensuite Pumeza Matshikiza a régalé l'assistance avec trois Negro spirituals très connus. Avec sobriété et retenue, elle a donné une interprétation très émouvante de ces chants en allant à l'essentiel sans aucune affectation.

Ce voyage dans l'espace et dans le temps se terminait avec cinq mélodies populaires d'Afrique du sud chantés en Swahili et en Xhosa, une langue bantoue dont trois consonnes, c, q, x se prononcent d'un claquement sonore de la langue appelé clic, permettant créer une pulsation à l'intérieur du chant. En s'exprimant dans sa langue, la chanteuse s'est alors totalement libérée de sa réserve et avec l'aide d'un piano très entreprenant, m'a permis de découvrir une musique nouvelle et des rythmes particulièrement entrainants.

Pumeza Matshikiza a une voix superbe et d'une grande noblesse, le timbre corpulent et chaleureux donne l'illusion d'une musique plus grave que celle écrite. La ligne de chant est pure, harmonieuse, l'intonation parfaite.
Paul Montag l'a accompagnée avec autorité. Dans tous les chants la partie de piano est riche et souvent indépendante du chant ce qui permettait au pianiste de s'exprimer tout en maintenant une cohésion parfaite avec le chant..

Un tour du monde enrichissant et la découverte de contrées inexplorées en compagnie de deux guides remarquables. Que demander de plus !

Le public n'était peut-être pas de cet avis car son accueil m'a paru froid.

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