Donizetti – Lucia di Lammermoor – Lanzilotta/Brockhaus – Toulon 03/2018

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Torquemada
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Donizetti – Lucia di Lammermoor – Lanzilotta/Brockhaus – Toulon 03/2018

Message par Torquemada » 14 mars 2018, 20:11

Lucia di Lammermoor

Direction musicale Francesco Lanzillotta
Mise en scène & lumières Henning Brockhaus
Chorégraphie Valentina Escobar
Décors Josef Svoboda
Réadaptation des décors Benito Leonori
Costumes Patricia Toffolutti

Lucia Serenad Uyar
Alisa Julie Pasturaud
Edgardo Roberto De Biasio
Raimondo Jean Teitgen
Enrico David Bizic
Arturo Mark Van Arsdale
Normanno Pierre-Emmanuel Roubet

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Toulon

Coproduction Teatro Comunale di Modena, Fondazione Teatri di
Piacenza, Fondazione “I Teatri” di Reggio Emilia, Teatro Regio di
Parma, Fondazione Pergolesi Spontini di Jesi

Représentation du 13/03/2018 (dernière)

Il m’a fallu quelques recherches pour saisir ce que j’ai réellement vu hier soir, et qui ne m’a guère plu – mais peut-être étais-je mal luné, par un effet inconnu du « pallido raggio di tetra luna » du premier air de Lucia ?… Le programme annonce une mise en scène d’Henning Brockhaus sur des décors de Josef Svoboda réadaptés par Benito Leonori, coproduction de nombreux théâtres italiens (Modène, Piacenza, Reggio Emilia, Parme et Jesi). Il fallait comprendre que Brockhaus et Svoboda (mort en 2002) avaient réalisé une mise en scène de Lucia en … 1993 pour le Sferisterio de Macerata, vaste arène à ciel ouvert dont on sait les dimensions hors-norme. La scénographie reposait notamment sur un gigantesque voile, tantôt diaphane, tantôt opaque, support de projections vidéo variées et proprement spectaculaires, permettant également d’intéressants jeux d’opposition entre les chanteurs présents de part et d’autre. Si je n’ai évidemment pas vu le spectacle de Macerata, je m’en suis fait une idée grâce à un compte rendu enthousiaste dans lequel ont été publiées de nombreuses images du spectacle original, mélangées à quelques clichés d’une reprise identique à celle de la soirée toulonnaise :
https://nonsolobelcanto.com/2013/02/02/ ... -di-sposa/

Car le spectacle a été remonté au début des années 2010 à l’initiative de la Fondazione Pergolesi Spontiti de Jesi qui souhaitait l’adapter à la scène de théâtres couverts. Faudrait-il ajuster ainsi une mise en scène prévue pour les Chorégies d’Orange aux modestes dimensions d’un théâtre à l’italienne ? Henning Brockhaus, Benito Leonori, Valentina Escobar et Patricia Toffolutti ne se sont pas contentés de découper un mouchoir de poche dans le grand voile scénique de Macerata : ils ont revu les costumes (qui mélangent plusieurs époques dans un étrange bric-à-brac), changé les projections vidéo et modifié de nombreux éléments de mise en scène. Hélas, les nouvelles projections d’un champ de marguerites ou d’un mur de bougies qui se consument (n’est pas Bill Viola qui veut…) m’ont semblé tout simplement ratées, de même que les chorégraphies ou les nouvelles idées scéniques, comme l’absurde partie de badminton sur laquelle s’ouvre la deuxième scène ou, au début de la scène de folie, le cadavre d’Arturo dévalant les escaliers façon Cuirassé Potemkine et préludant à un moment grand-guignolesque assez cocasse.

L’ensemble a rapidement englouti le délicat romantisme de Luciaet savonné la planche (ou plutôt les marches) sur laquelle devaient s’avancer les malheureux chanteurs. Difficile de rendre crédibles des silhouettes aussi fragiles que Lucia ou Edgardo dans ces circonstances, d’autant que la direction d’acteurs brillait par son absence – les cours de récréation voient des duels à l’épée moins inoffensifs (et de meilleures parties de badminton). Si les chanteurs maîtrisent leur partie, les individualités peinent à émerger de la faillite scénique. Ce sont peut-être les clefs de fa qui s’en tirent le mieux, notamment la belle basse de Jean Teitgen (en Raimondo) et le souple baryton de David Bizic (Enrico). Dans les deux amoureux, Roberto De Biasio et Serenad Uyar assurent sans guère émouvoir (à mes yeux du moins, mais le pouvaient-ils en tel contexte ?) : le premier, déjà entendu à Toulon en Pinkerton, a des élans à la Di Stefano (en plus sobre) mais il claironne un peu ; la seconde fait preuve d’une louable vaillance, mais sa folie a les deux pieds sur terre, quand bien même elle chanterait couchée sur le dos (ce qu’elle fait d’ailleurs). Malgré ses louables efforts à la direction, Francesco Lanzillotta ne peut à lui seul racheter une cohérence au spectacle. Dommage, parce que l’orchestre est plus discipliné et suggestif que de coutume, et que son flûtiste épaule poétiquement Serenad Uyar dans son moment de bravoure – joli geste de cette dernière, qui apporte une rose au méritant souffleur au moment des saluts.
"Totor est de Torquemada le diminutif plein de charme!"

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