Concert Mozart/Schubert - Jacobs/Johannsen – Halle aux Grains Toulouse. 08/03/2018

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jeantoulouse
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Concert Mozart/Schubert - Jacobs/Johannsen – Halle aux Grains Toulouse. 08/03/2018

Message par jeantoulouse » 10 mars 2018, 16:07


René Jacobs
, direction
B’Rock Orchestra
Robin Johannsen, soprano

Schubert
Symphonie n°1, en ré majeur, D. 82
Mozart
Arie "Ah se in ciel, benigne stelle", KV 538
Mozart
Rezitativ "Ah, lo previdi!", Arie "Ah, t'invola" et Cavatine "Deh, non varcar", KV 272
Mozart
Rezitatik "Misera, dove son!" et Arie "Ah, non son io che parlo" KV 369
Mozart
Arie der Ilia "se il padre perdei" de "Idomeneo" KV 366
Schubert
Symphonie n°6, en ut majeur, D. 589

Beau programme. Affiche prometteuse. Concert bien décevant.

Le concert conçu par René Jacobs dans le cadre des Grands Interprètes affiche une parfaite cohérence. D’abord par l’association évidente des deux compositeurs et les échos que leurs œuvres entretiennent. Ensuite par le climat général d’un programme où devraient rayonner la lumière, l’élégance raffinée, la tendresse. L’admiration de Schubert pour Mozart s’est exprimée tout au long de sa courte vie. Son journal d’adolescent créatif résonne des émotions que font sur lui l’écoute et l’étude des symphonies de son aîné : « Ces belles impressions que le temps ni les circonstances n’effacent, restent dans notre âme et agissent utilement sur notre existence. Dans les ténèbres de notre vie, elles font apparaître un lumineux, clair et bel avenir en lequel nous espérons avec confiance. Mozart, immortel Mozart, combien, ô combien de bienfaisantes impressions d’une vie plus lumineuse et meilleure que celle-ci as-tu déposées en nos âmes ! »

Sertis dans l’écrin de deux symphonies de jeunesse de Schubert, quatre grands airs de Mozart sont servis par la soprano américaine (USA) Robin Johannsen. Elle a interprété Suzanne, Blonde, Pamina, nombre d’héroïnes d’opéras baroques (Haendel, Cavalli, Caldara, Vinci, Purcell…) et chantait Konstanze de l’Enlèvement à Salzbourg en janvier dernier sous la direction de René Jacobs qui l’avait déjà choisie pour son enregistrement de l’œuvre en 2015. C’est dire sa familiarité avec le chef et… avec l’œuvre du compositeur aujourd’hui élu. Sa prestation, saluée par des applaudissements plus polis qu’enthousiastes, témoigne de réelles qualités techniques, d’une voix qui sait être puissante, d’un engagement dramatique. Mais lui font défaut ce soir le rayonnement, la lumière, l’émotion, le charme. L’ensemble reste trop prudent, sage, réglé et manque de folie ou d’abandon. Rien ne mérite l’opprobre, rien non plus ne s’avère attachant, habité, touchant. Papillon trop vite envolé ou encore chrysalide fragile ? Absence d’une soirée ou faiblesse plus fondamentale ? L’avenir et d’autres jugements le diront. Sans doute, cette jeune artiste a-t-elle besoin de la scène, des échanges avec ses partenaires, de la longueur d’une représentation pour faire exister ses personnages, donner vie et couleurs à la partition, pour faire naître ce frémissement ou le ravissement que l’on attend des œuvres choisies. Certes, les vocalises et la virtuosité sont quasi irréprochables dans le premier air de concert de Mozart K 538, toujours plus brillant que profond. Mais la voix comme contrainte ne permet pas l’expression d’une espérance et l’imploration que portent le texte et la musique. Dans le deuxième, le plus long composé par Mozart, la véhémence du discours, l’âpreté des invectives trouvent chez l’interprète des accents tranchants ; mais la sublime cavatine Deh, non varcar quell onda la laisse non indifférente bien sûr, mais comme détachée, sans l’investissement du cœur, l’épanouissement de l’âme que l’on espère : le fait est qu’on n’est pas touché.
Ce manque vient –t-il du grain d’une voix peu lumineuse, ombrée ou d’une jeunesse qui n’a pas su encore trouver totalement la discipline de la ligne et la pureté du style nécessaires pour chanter Mozart ? Ces qualités, on les trouve dans l’accompagnement du B’Rock Orchestra, dénomination moderniste à nos yeux peu heureuse pour un orchestre par ailleurs remarquable. Le dialogue instauré entre le cor, le basson ou la flûte et la voix dans l’air d’Ilia d’Idoménée fait ainsi ressortir la musicalité et la saveur colorée des instrumentistes.
Et si la déception venait aussi, venait surtout de la direction de René Jacobs ! Nul ne songerait à dénier au musicien des qualités d’artiste. Mais certains soirs, la fatigue, les circonstances, la salle, que sais-je ?, et le charme n’opère pas. Monolithique, quasi immobile, les bras assurant une battue atone, le chef surprend. Ni Mozart, ni les deux symphonies de Schubert ne « fonctionnent » comme elles devraient. Cela ronronne au lieu de surgir. Cela ennuie au lieu de ravir. Heureusement le chef ne parvient pas totalement à brider une formation jeune, enthousiaste, gorgée de sucs, vivifiante (les bois, les cuivres, le timbalier, les contrebasses en majesté, les cordes) qui par exemple dans le Scherzo de la 6° font jaillir l’énergie d’un Schubert adolescent qui regarde vers Mozart et Beethoven avec gourmandise.
On sort du concert un peu triste, plus triste encore de l’écrire.

Jean Jordy

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