Récital Nigl/Vichard - O Mensch! - Dusapin - ONR -14/02/2018

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Piero1809
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Récital Nigl/Vichard - O Mensch! - Dusapin - ONR -14/02/2018

Message par Piero1809 » 19 févr. 2018, 08:19

Georg Nigl, baryton
Sébastien Vichard, piano

Pascal Dusapin
O Mensch !
Poèmes de Friedrich Nietzsche

1. O Mensch! Gib Acht!
2. Ein Spiegel ist das Leben
3. Ehrgeiz
4. Der Wanderer
5. Das eherne Schweigen
6. Zürnt mir nicht
7. 1er interlude
8. Heiterkeit
9. Was geschieht?
10. Auf Höhen
11. Ehrgeiz (2)
12. 2e interlude
13. Das Nachtlied
14. Das Wort
15. Desperat
16. 3e interlude
17. Das nächtliche Geheimnis
18. Lied des Ziegenhirten
19. 4e interlude
20. An Richard Wagner
21. Ehrgeiz (3)
22. „Die fröhliche Wissenschaft“
23. Wer hier nicht lachen kann...
24. Seine Gesellschaft zu finden wissen
25. Aus der Tonne des Diogenes
26. Ruhm und Ewigkeit
27. Still!

Pascal Dusapin caressait depuis longtemps l'idée de composer quelques Lieder pour Georg Nigl, son interprète privilégié. Très tôt attiré par les poèmes de Nietzsche, son projet initial comportait un petit nombre de mélodies. Très rapidement l'idée d'un grand cycle bien plus ambitieux s'imposa à lui. Il composa donc, à partir de 2009, vingt trois Lieder sur des textes de l'écrivain, poète et philosophe et intercala quatre interludes pour le piano seul. L'humeur du musicien suit évidemment celle du poète. Les passions nietzschéennes sont largement représentées, le désespoir et l'accablement alterne avec l'excitation et la joie, la colère avec la dérision. Cette dernière attitude est très présente dans les textes de même que celle de la volonté de puissance, chère au philosophe.

La musique de Pascal Dusapin, presqu'ascétique à certains moments (Heiterkeit), se dépouille pour provoquer l'émotion la plus directe, elle vogue sur le temps et l'espace, en multipliant les tenues longues, où le temps est prêt de s'arrêter, et en variant les intervalles, souvent très réduits mais parfois d'une amplitude vertigineuse. Cette musique est très accessible, jamais agressive avec parfois, m'a-t-il semblé, des incursions dans l'univers tonal. Des références ou clins d'oeil au romantisme allemand y sont détectables. Le poème O Mensch n'a-t-il pas servi de support au quatrième mouvement de la troisième symphonie de Gustav Mahler ? Das Nachtlied n'a-t-il pas été donné comme surnom à la septième symphonie du même compositeur? Dans le Lied An Richard Wagner, c'est le Prélude de Tristan et Isolde qui est cité textuellement par trois fois, dans son plus simple appareil. On notera que dans ce Lied, Nietzsche brûle ce qu'il avait adoré. En effet ce Lied est une critique à peine voilée de Richard Wagner, accusé de s'être effondré au pied de la Croix. Toi aussi....un vaincu !. Le thème de l'errance, cher aux romantiques est également omniprésent tout au long du cycle et évidemment dans Der Wanderer.

Georg Nigl est en même temps l'inspirateur de Pascal Dusapin et la chambre d'enregistrement des passions du compositeur. Il est aussi, comme le dit ce dernier,….un corps expérimental. Il est mon corps (1). On rappelle ici que le corps est aussi un fil conducteur de la pensée nietzschéenne (2). En fait le baryton a collaboré aux principaux opéras de Dusapin et notamment à Penthesilea, monté en 2015 à l'ONR, dans lequel il joue de manière hallucinée, le personnage d'Achilles, victime et(ou) bourreau de la reine des Amazones (3). Le gros du récital se déroule dans le medium de la voix du chanteur avec un ambitus réduit où la voix peut se montrer hypnotique (Heiterkeit, Das Nächtliche Geheimnis)) ou bien se parer de couleurs les plus séduisantes (Der Wanderer). Parfois le registre grave du baryton est utilisé de manière spectaculaire (Lied des Ziegenhirten). Dans les moments de vive émotion, de colère ou de moquerie virulente (Das Wort, Ehrgeiz 2 et 3)), il utilise une voix de tête étonnament aigüe et ne dédaigne pas les vocalises acrobatiques (Das Wort, Die Frölichen Wissenschaft). Tous les registres de sa tessiture sont utilisés dans Das Nachtlied, cœur du récital. Même dans les moments de colère et de révolte, cette voix n'est jamais dure, elle garde un timbre rond tandis que sa projection est toujours lumineuse.

Sébastien Vichard, en tant que membre de l'Ensemble InterContemporain depuis 2006, est profondément engagé dans l'exécution et la diffusion de la musique de notre temps. Son interprétation sobre et souvent pointilliste vise à la fois à mettre en valeur le chanteur qui dans ses pianissimos subtils ne doit pas être couvert par le piano mais en même temps, il doit participer à établir l'ambiance très spéciale souvent mystérieuse et crépusculaire qui entoure les chants. De temps à autres, comme dans Der Wanderer le piano est plus en dehors et navigue sur des suraigus percussifs. De même dans Ruhm und Ewigkeit et dans Still, le piano se manifeste par un ostinato, en fait un fa grave, répété, parfois asséné, tout au long des deux Lieder.

Le public strasbourgeois a assisté à un récital passionnant de deux artistes exceptionnellement engagés, il a adhéré à leurs propositions en manifestant chaleureusement son enthousiasme. Un des trois Ehrgeiz a été donné en bis avec humour.

(1) Sonia Hossein-Pour, O Mensch ou l'homme qui marche, Programme du récital de Georg Nigl à l'ONR, février 2018.
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Friedrich_Nietzsche
(3) http://www.odb-opera.com/viewtopic.php? ... ea#p259214

Pierre Benveniste

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